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The Wrenchies, BD noire et folle

Publié le 21 juin 2016 par 7bd @7BD
The Wrenchies, BD noire et folle Titre: The Wrenchies Auteur : Farel Dalrymple (dessin) Editeur : Delcourt Collection : Hors Collection Année : 2016 Page : 304 Prix : 17,95€

Résumé : Orson et Sherwood sont deux jeunes frères. Alors qu'ils jouent ensemble, ils tombent sur une vieille grotte. Une fois rentrés à l'intérieur, une rencontre surnaturelle va chambouler le cours de leur vie. Dans un futur lointain, une bande d'enfants tentent de survivre dans un monde où la magie détruit petit à petit la science et où des êtres surnaturels détruisent les enfants quand ils se rapprochent de l'âge adulte ! Les jeunes en fuite se sont baptisés les « Wrenchies ». Dans un futur moins lointain, Hollis est un garçon en léger surpoids, il aime jouer au super-héros et porte d'ailleurs un costume d'un rouge très flashy. Il s'entend bien avec un fantôme muet croisé par hasard... Trois histoires que tout sépare et qui ont pourtant un dénominateur commun. Mais lequel ? Où sont la réalité et la fiction entre ces trois époques ? Et quel est la cause de quoi ? Et tant d'autres questions dont les réponses sont disséminées tout au long de cette histoire ! Mon avis : Une histoire complètement folle, déjantée, horrible, où les démons décident d'enfoncer leur tentacules digitales dans les yeux des enfants, où la guerre peut être menée contre les dits démons grâce à un scientifique au look de Frankenstein (la créature, hein, pas le docteur), où les super-héros ne savent plus trop où ils en sont, en tout cas, quand on fait appel à eux et où le voyage dimensionnel flirte avec le voyage intérieur pour nous laisser l'impression que la folie s'est répandue dans la tête de Darel Dalrymple, l'auteur de tout ce chaos. Mais au fur et à mesure de la lecture, une fois passé le côté dérangeant et violent, on se rend compte que l'histoire tient. Tout se justifie au fur et à mesure, d'une manière étonnante mais aussi détonnante. C'est d'ailleurs un des petits reproches que je pourrais faire à cette BD : ces longs discours explicatifs. En effet, l'univers est tellement dense, tellement barré, mais dans le fond tellement cohérent dans toute son incohérence et tout son mélange de pop culture, de SF, de fantastique et autres, que pour nous l'expliquer Darel Dalrymple a recours à de grandes tartines mystico-philosophico-logiques. Et il faut bien suivre. Alors c'est formidable de comprendre les enjeux et la logique qui sous-tend et lie ces trois époques mais c'est parfois lourd à digérer. L'histoire étant répartie en six chapitres, quatre épilogues et une histoire courte (liée à cent pour cent avec le reste), vous aurez le loisir de faire des pauses dans votre lecture. Le souci, c'est que tout est si lié et les détails si importants que vous risquez d'avoir du mal à reconnecter si vous reprenez votre lecture quelques jours plus tard !

Sherwood et Hollis pourraient être les personnages principaux de cette histoire. Bon, Hollis arrive tard dans l'aventure et semble plus un témoin narratif clé qu'un héros (malgré son costume) au sens dramatique du terme. Certes, il a à certains moments une action importante mais ce n'est guère suffisant pour dire qu'il est le personnage portant le plus de conflits en lui. Orson traverse presque trop de choses dans sa vie pour qu'on puisse le prendre comme modèle et il est également absent un – très - long moment. Il ressort qu'avec la multitude de personnages secondaires qui entourent ces deux protagonistes, il est difficile de s'y retrouver. Certains n'ont pas de caractères clairement définis et du coup, ils pourraient presqu'être interchangeables. D'autres ont des traits forts et on les retient rapidement. Et surtout, on s'y attache. Mais dans l'ensemble, en réfléchissant bien, on ne sait pas trop ce qu'ils cherchent dans la vie. Mais que chercher quand l'espoir a fui le monde et que vous savez qu'une mort certaine et horrible vous attend ? Dans ce joyeux bazar – d'apparence seulement, le bazar joyeux est ironique car c'est un monde très sombre et construit que nous livre Wrenchies -, il est donc parfois difficile de se repérer. Un personnage disparaît, son nom ne sera pas forcément un élément clé pour vous en rappeler. Mais j'avoue que cet univers baroque, sombre et pop m'a beaucoup intrigué et même touché. Car au-delà de ses personnages, Darel parle un peu de ce qui pourrait bien attendre notre monde, enfin, si l'on parvient à lire au-delà des métaphores démoniaques. La pollution, le passage à l'âge adulte, la folie, le désespoir devant une société qui n'a rien pour elle, et qui ne peut aller que de mal en pis ou même, encore, la lueur d'espoir. Tout cela se mélange avec un regard naïf – au bon sens du terme – dans ce récit que l'on pourrait croire en apparence enfantine mais dont la complexité révèle un gros travail d'auteur. The Wrenchies, BD noire et folle Au dessin, Darel donne un look peu réaliste à son histoire. Mélangeant un souci très précis de réalisme dans les décors, mais pouvant être léger avec par exemple la morphologie des personnages, l'anatomie, son style pourrait être qualifié de naïf si ce n'était la noirceur pesante qui règne. Les décors sont magnifiquement fous. Il n'y a qu'à décortiquer les dessins en coupe de grands complexes souterrains du monde des enfants, regarder les plans d'ensemble de la ville où habite Hollis ou encore la forêt où courent Sherwood et Orson pour se rendre compte du travail graphique de Darel Dalrymple. Les personnages des démons révèlent aussi de belles et horribles surprises. Les couleurs restent dans des tons très ocres, durs, peu de couleurs claires ou éclatantes et ça va avec la noirceur de ce monde. Les compositions semblent de temps en temps avoir un modèle de planches de trois bandes de deux cases, mais Darel prend un malin plaisir à éclater ce gabarit pour offrir des dessins pleine page, des cases immenses encadrant de petites bandes de trois cases et d'autres jeux de cases tout au service de la narration. Les cadrages sont aussi parfois assez originaux, comme ces vues en coupe dont je parlais plus haut. Alors the Wrenchies a, selon moi, ses lourdeurs explicatives, peut-être un aspect dérangeant dans le dessin mais quand j'ai refermé ce livre, j'ai été heureux de ne pas être passé à côté de cette histoire baroque, qui peut se révéler, au fond, n'être qu'une simple vision de la schizophrénie dans tout ce qu'elle a de plus irrationnellement rationnel.  Donc, bonne lecture !
Zéda, dans son costume d'Ultiman, l'homme ultime, rencontre un autre super-héros, Hollis... The Wrenchies, BD noire et folle David
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