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Daniel Tirat : "Il est impératif de protéger le cahier des charges bio pour éviter les dérives du bio industriel"

Publié le 22 juin 2016 par Bioaddict @bioaddict
Face à la forte hausse de la demande, le secteur des produits alimentaires bio se développe de manière très importante et très rapide ces dernières années : les exploitations agricoles et les entreprises grossissent et se regroupent. Doit-on craindre l'émergence du "bio industriel" ? " Faire croitre le secteur bio, en évitant les dérives du conventionnel, passe par une protection rigoureuse du cahier des charges bio " explique Daniel Tirat, directeur général de Distriborg, n°1 de l'alimentation bio en France.

Respect de la santé des consommateurs, respect de l'environnement et de la biodiversité, respect des producteurs et valorisation des circuits courts sont autant de valeurs et d'engagements qui font aujourd'hui le succès des produits biologiques. Alors que le marché bio connaît un essor sans précédent (+ 14,7 % de croissance en 2015 selon les chiffres de l'Agence Bio), les consommateurs craignent aujourd'hui l'émergence du "bio business" qui remettrait en question la qualité et les valeurs éthiques de ces produits. Daniel Tirat se veut exigeant, rassurant et enthousiaste. Pour que le marché bio évolue dans le bon sens et profite à tous, il nous explique comment et pourquoi la bio peut et doit éviter les dérives du modèle de l'agroalimentaire conventionnel.

Bioaddict.fr : Selon les chiffres de l'Agence bio, les produits bio ont le vent en poupe. Constatez-vous également un boom de la demande ?

Daniel Tirat : Le marché bio n'est plus un marché de niche, il devient un marché de masse. La bio est un des modèles d'avenir de l'agroalimentaire. Elle ne fait que se développer depuis une quinzaine d'années. Distriborg a connu une progression de l'ordre de 15% en 2015. Je suis convaincu que nous avons de belles années de croissance devant nous, pour nos entreprises et nos filières.

Bioaddict.fr : Comment voyez-vous l'évolution du secteur ?

Daniel Tirat : Le secteur va continuer à se développer en se concentrant car les responsables des entreprises créées il y a 20 ou 30 ans sont en train de passer la main. C'est le bon moment pour que la filière bio trouve une nouvelle dynamique. En ce sens, Distriborg vient d'acquérir Ineobio, un entreprise référence en cafés et thés biologiques avec ses marques "Destination" vendue exclusivement en magasins bio et "Naturela". Cette acquisition va dans le sens de cette dynamique constructive qui nous permet d'aller encore plus loin dans le développement de filières durables et dans la production bio de grande qualité.

Bioaddict.fr : Cette évolution du secteur soulève des questions. Le groupe Wessanen qui possède Distriborg, s'est restructuré et ne cesse de grossir. Le modèle économique conventionnel n'est-il pas en train de s'imposer dans la bio ?

Daniel Tirat : La croissance ne doit pas toujours être perçue comme négative, elle peut même permettre de grandes et belles choses quand elle va dans le bon sens. Une entreprise peut grossir tout en gardant ses exigences et ses convictions. Distriborg a basé son développement sur des valeurs positives et sur une envie : proposer des produits sains et de qualité au plus grand nombre. Nous alignons convictions individuelles, convictions collectives, et performance économique.

Bioaddict.fr : Ne peut-on craindre un affaiblissement de la bio dans le but de satisfaire cette croissance rapide de la demande ?

Daniel Tirat : La croissance de la demande expose la bio à un risque de relâchement des exigences. Pour que la bio ne perde pas son "âme", il faut être extrêmement vigilant. Ne tombons pas dans le piège du profit facile et rapide. Ne faisons pas les mêmes erreurs que dans le conventionnel depuis 40 ans. Il faut protéger le cahier des charges de la bio et ne pas céder à la tentation de faciliter les conversions par de mauvais moyens. Nous devons être rigoureux. Les négociations entre industriels et distributeurs montrent que la tendance est encore à la baisse des prix. Mais comment construire des filières durables avec des prix qui baissent sans bonne raison ? Pour que la croissance de la bio soit bénéfique sur le long terme et profite à tous, il est fondamental de s'engager à rémunérer l'ensemble des acteurs de la filière au prix juste. Distriborg, en tant que n°1 de l'alimentation bio en France, a la volonté, et même la responsabilité, de s'engager en ce sens.

Bioaddict.fr : Comment sont fabriqués les produits des différentes marques de Distriborg ? Le groupe travaille t-il en direct avec les producteurs ?

Daniel Tirat : 30% des produits de nos marques sont préparés dans nos ateliers, principalement en France, Italie et Allemagne. Le reste est produit par des partenaires, qui répondent aux cahiers des charges très stricts que nous avons définis en amont. Bonneterre travaille par exemple avec des petits producteurs et artisans depuis plus de 20 ans. Nous avons aidé bon nombre d'entre eux à se convertir à la bio. Pour autant, il faudrait que les pouvoirs publics accompagnent mieux et plus franchement les filières bio. Trop d'acteurs, y compris syndicaux, font pression pour que l'on ne change rien à la répartition des aides de la PAC. Même si tout nous montre que la bio est un des modèles d'avenir des filières agricoles.

Bioaddict.fr : Le groupe Wessanen a t-il un lien avec Monsanto comme le redoutent certains internautes ? Cherche-t-il lui aussi à profiter des paradis fiscaux dont on entend beaucoup parler aujourd'hui ?

Daniel Tirat : Notre réponse est claire : ni Distriborg ni Wessanen, ni son actionnaire de référence Delta partners, n'ont un lien avec Monsanto et n'en auront jamais. Nous n'avons pas davantage de filiale dans un quelconque paradis fiscal. Cela serait totalement contraire à la logique et aux valeurs de notre groupe.

Propos recueillis par Anne-Françoise Roger

Retrouver plus d'informations sur les produits, les valeurs et engagements du groupe Distriborg sur le site www.distriborg.com.


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