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Culture : Grenoble, ville ouverte ?

Publié le 23 juin 2016 par Ep2c @jeanclp

- UN-

Grenoble, la déception de l’écologie culturelle

Par Joel Pommerat, Dramaturge, metteur en scène. — Libération 2 juin 2016

Le maire a, en effet, un petit souci avec «le logiciel de pensée Malraux-Lang» (comme il dit) des gens de la culture en général et du monde des arts vivants en particulier, synonyme de politique dispendieuse et élitiste. (…) Voilà ce que je retiens de cette politique qui se vante d’en être une et d’avoir de l’ambition. C’est un cocktail, un bazar, un agglomérat de pièces hétéroclites, foutras idéologiques...
(…)
Un tout finalement compliqué, contradictoire et paradoxal, mâtiné de suffisance et d’arrogance, de naïveté, à la Bouvard et Pécuchet, qui fait honte à ce parti dont je me sentais un proche et un sympathisant. Une politique culturelle qui a cette particularité de se rapprocher tristement de toutes les politiques en vigueur dans notre pays, celles déjà en action, et celles qui aspirent à prendre le pouvoir.

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Lire la tribune de Joël Pommerat

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-DEUX-

La réaction de François Deschamps sur Facebook (qui aurait pu être la mienne...)

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Waouh !... c'est une charge violente assénée par Joël Pommerat, de passage une semaine à Grenoble, contre la politique culturelle actuelle de la ville. 
Sans vouloir m'insérer ni prendre parti dans une situation locale que je ne connais pas assez, le lecteur que je suis aurait aimé que la situation exposée soit mise en perspective avec le fait que les baisses de dotation de l'État touchent toutes les collectivités, qui doivent s'en dépatouiller (avec des choix qu'elles savent justifier...ou non, là est aussi le problème ; et félicitons bien sûr au passage celles qui décident courageusement de ne pas baisser leur budget culturel, ce qui est, au passage, le cas dans ma collectivité) ; avec aussi, dans le cas grenoblois, la problématique d'un nombre important d'équipements culturels structurants dont la charge est encore portée aujourd'hui par la ville-centre (162 780 hab) et non par la Métropole (450 494 h). 
Qu'il faille faire évoluer le modèle culturel actuel est une chose, c'en est une autre que le fait de ne pas savoir comment s'y prendre, savoir l'expliquer, voire laisser à penser que la solution est de jeter le bébé avec l'eau du bain... En tout cas c'est cela qu'a ressenti Pommerat : il voit bien ce qui est remis en cause, sans rien comprendre à ce qui est proposé et au discours qui l'entoure. Et sûrement un certain nombre de grenoblois sont aussi dans l'expectative.
Comme c'est une "tribune" dans la presse, on peut penser que le trait est peut-être un peu poussé, qu'il y a par exemple une marge entre défendre une place pour les amateurs dans la cité sans pour autant les opposer aux professionnels voire laisser penser que tout le monde est artiste ( il devrait y avoir de la place et des locaux pour tout le monde, leurs besoins respectifs ne sont pas les mêmes et ne sont pas comparables). J'attends avec impatience la réponse qui sera faite (je le souhaite) par les élus de la ville.
Cela faisait longtemps en tout cas qu'il n'y avait plus eu de débat sur les politiques culturelles territoriales dans l'espace public, cet article a le mérite de mettre les pieds dans le plat et de le relancer !

FD

-TROIS-

Écho aux paroles de Pommerat L’art et de la culture dans les politiques publiques.

Sur le blog de Jean Caune qui lui, au contraire, connaît bien Grenoble.


 

La déclaration de Pommerat examine ce qui, dans cet ensemble de décisions, en constitue la  signification profonde. Les mots qu’ils utilisent sont autant de jugements de pensée : populisme, pensée libérale, approximations, fatras idéologiques… Le maire de Grenoble s’étonne de les entendre. Ils avaient pourtant été évoqués lors de la dernière réunion des Chantiers de la culture, organisés par l’adjointe aux cultures en septembre 2015 dans une déclaration d’acteurs culturels ... Ces “chantiers”, morts-nés, faute d’avoir été construits avec les acteurs, témoignaient d’une curieuse conception de la démocratie citoyenne.
(...)
Il y a un populisme de droite qui feint de défendre le peuple contre les élites ; il y a un populisme de gauche qui manie l’invective et prétend parler au nom du peuple et de ses besoins. Il y a maintenant un écologie politique populiste qui distingue et oppose des spectacles élitaires destinés à cultiver l’entre soi des artistes et des intellectuels et des spectacles populaires qui ont pour fonction d’animer l’espace urbain, voyez La fête des Tuiles.

Lire la rigoureuse analyse de Jean Caune

-QUATRE-

A Grenoble, une culture ni populiste ni libérale

La réponse à la charge de Pommerat par Éric Piolle , Maire de Grenoble et Corinne Bernard , Adjointe aux cultures de Grenoble — Libération12 juin 2016

L’enjeu politique est que chacun soit reconnu dans sa dignité et son humanité et puisse exprimer ses pratiques et appartenances culturelles, que la liberté d’expression et de création artistique soit assurée, que des espaces de fabrication et d’échange s’inventent.
L’enjeu politique est aussi de s’atteler ensemble à construire du sens dans une société en profond questionnement. Pour cela, les espaces publics sont indispensables. La culture est un formidable espace public. Pour cela, les artistes sont indispensables.

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Perplexité.

Les termes de ce «débat » sont (ou devraient être) complexes.

L'artiste Pommerat est dans son rôle et son argumentation auréolée de la splendeur lumineuse de La chose artistique (1).

Les édiles politiques « alternatifs » qui ont ravi la ville aux sociaux-démocrates du PS semblent vouloir démontrer (sans doute malgré eux) que la recherche d'un nouveau référentiel pour les politiques de la culture et le recours aux grands principes ne suffisent pas à fonder une pragmatique de l'action publique qui fasse effectivement bouger les lignes comme c'est le cas dans d'autres contrées (dont il n'est évidement jamais question dans ce genre de polémique compte tenu de l’excellence du modèle français).

(1) 

J'ai tenté d'articuler quelques propositions sur ce que je nomme la chose artistiqueà savoir la place faite à l’artistique (et aux artistes) dans les discours et les pratiques sociales contemporaines, en m’intéressant aux situations concrètes, simples voire banales que produit l’habitus des acteurs du "monde culturel".

Il s'agissait de décrire cette chose en la libérant de l’aura exorbitante qui l’entoure surtout auprès de tous ceux qui vivent dans son intense et mystique clarté (politiques, fonctionnaires, directeurs d’institutions, journalistes, etc.). Avec le souci d’être profondément superficiel, c'est à dire d’interroger la surface des propos et des gestes de telle sorte que la question rebondisse sur le questionnement lui-même et produise une altération de la réflexion, une incertitude quant au sens communément admis des catégories logiques, sociales, esthétiques, politiques à l'aide desquelles nous décrivons ordinairement et commentons quotidiennement ce qu'il est convenu de considérer comme « la réalité ».

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-CINQ-

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Mais la ville de Grenoble qu'ils dirigent a bien de la chance.

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Forum des lucioles n°5

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Devoir de Culture : Diversité culturelle, Droits culturels

 Culture, éducation populaire : les politiques publiques face aux droits culturels

Avec

Luc Carton

Philosophe, inspecteur au Ministère de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Jean-Michel Lucas

économiste, universitaire, acteur critique des politiques culturelles

Patrice Meyer-Bisch

Coordonnateur de l’Institut interdisciplinaire d’éthique et des droits de l’Homme (IIEDH)

Rencontre avec trois des principaux acteurs de la pensée des droits culturels dans une confrontation unique.

Les droits culturels sont désormais inscrits dans la loi. Comment vont-ils s’appliquer ? Quelles responsabilités devons-nous partager ? Quelles conséquences sur les politiques publiques ?

 Ce 5ème forum se veut un point d’étape, de réflexion et de propositions, qui prolonge les précédents. Il s’inscrit dans une perspective d’action citoyenne et de co-construction des politiques publiques.

Nous avons choisi de faire appel à trois témoins de référence qui ont nourri et orienté  la démarche du Forum des lucioles.

Je ne manquerai pas de clouer le bec au premier gros malin qui s’amusera à déclarer que les droits culturels ont désormais leur Sainte trinité!, à la militante qui nous fera le coup de H/F ou au "décolonisateur des arts" qui trouvera que nos trois principaux acteurs sont des visages pâles.  

Non. Mais  l’essentiel est ailleurs.

Le Forum des lucioles est une structure implantée dans cette « bonne » ville de Grenoble qui a une longue et belle histoire en matière d'action culturelle. Si vous ne l'avez jamais fait, attardez vous un moment sur leur site.

Prenez connaissance de leur appel :

La nécessaire intervention des pouvoirs publics dans le domaine de la culture ne peut se faire sans la participation des acteurs culturels, des artistes, des citoyens. La dimension culturelle doit porter l’action politique. Les mutations de notre société lors de ces trente dernières années nécessitent de conjuguer transformation sociale et innovation culturelle. C’est pourquoi un changement de conception des politiques culturelles s’impose aujourd’hui. Celles-ci doivent nécessairement prendre en compte la personne et sa capacité d’expression, d’action et de décision. En ce qui concerne la vie dans la Cité, il s’agit d’un devoir de culture.

 L’action culturelle* doit redonner à l’art sa dimension relationnelle. Il appartient aux pouvoirs publics et aux institutions de construire les conditions de rencontres et d’échanges entre les équipes artistiques et les populations. L’enjeu est de permettre à chacun de se construire et de se reconnaître, individuellement et collectivement, dans une relation sensible et active au sein de l’espace public*, c’est à dire là où les hommes et les femmes peuvent agir en tant que citoyen-nes.

Lire la suite.

Prenez aussi connaissance  de leur glossaire.

Exemple : 

Espace public, notion de philosophie politique, construite par le philosophe allemand J. Habermas, dans sa thèse, L’espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, est fondée sur la distinction entre privé et public.
L’espace public se constitue comme médiation entre l’État et la société sous la forme d’une opinion publique susceptible de s’opposer à la pratique du secret du pouvoir absolu.

Pour Habermas, la publicité — le fait de rendre public — constitutive de l’État moderne, s’est transformée en processus de formatage de l’opinion et désamorçage de ses fonctions critiques. L’espace public s’est fractionné en de multiples espaces : espace public politique, espace public culturel, espace public scientifique, etc.

La notion d’espace ne peut évidemment pas se limiter à sa dimension d’espace territorial et doit se rapporter au processus de débat raisonné et argumenté.

Tout cela est de la belle ouvrage.

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Consultez aussi ces pages sur La Cité des sens.

Liens conseillés.

Lecture et bibliothèques.

Actualités des politiques culturelles.

Politiques culturelles(mon fil d’actualités sur Scoop'IT)

Création sociale et innovations culturelles

Politiques culturelles : ressources et documents

Culture : Grenoble, ville ouverte ?

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Votre blog a donné lieu à une création de notice bibliographique dans le catalogue de la Bibliothèque nationale de France.

Il lui a été attribué un numéro international normalisé

ISSN : 2270-3586

Type : document électronique, publication en série
Auteur(s) : Pompougnac, Jean-Claude (1946-.... ). Auteur du texte
Titre clé : La Cité des sens
Titre(s) : La Cité des sens [Ressource électronique] : le blog de Jean-Claude Pompougnac
Type de ressource électronique : Données textuelles et iconographiques en ligne
Publication : [Fresnes] : [Cité des sens], 2006-
Note(s) : Blogue. - Notice rédigée d'après la consultation de la ressource, 2013-11-14
Titre provenant de l'écran-titre
Périodicité : Mise à jour en continu
Indice(s) Dewey : 020.5 (22e éd.) ; 301.094 4 (22e éd.)
ISSN et titre clé : ISSN 2270-3586 = La Cité des sens
ISSN-L 2270-3586
URL : http://cite.over-blog.com/. - Format(s) de diffusion : HTML. - Accès libre et intégral. - Consulté le 2013-11-14
Notice n° : FRBNF43711075

http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb43711075f/PUBLIC

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