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La bête et sa cage de David Goudreault

Par Venise Landry @VeniseLandry
La bête et sa cage de David GoudreaultC’était su, David Goudreault allait écrire une suite à La Bête à sa mère. Bien sûr, il fallait une suite à cette bête qui, libérée, ne désirait plus se taire, ni se terrer. Pourtant, on la retrouve dans une cage. Cette cage est une prison, dans l’aile des dérangés ou, comme il est dit dans le roman, des coucous. Vous avouerez que ça sonne moins effrayant l’aile des coucous que l’aile des dérangés !
N’empêche que, coucous ou dérangés, ces compagnons de prison ne sont pas jojo mais plutôt débordants d’agressivité. Juste par les noms, on se doute que la faune hétéroclite possède chacun son déséquilibre en propre : Bizoune, Molosse, Papillon, Timoune, Louis-Honoré, Pédo et Philippe le Philippin. Notre petit dur à cuire n’est pas le moindre des dérangés mais, au moins, à lui on s’attache. Vaut mieux s’attacher à quelqu’un dans une prison sinon, on se sent seul.  Lui, la bête, se sent tellement seul qu’il va s’organiser, dans sa tête, pour ne plus l’être. Il va s’inventer un amour imaginaire à l'égard de son agente correctionnelle, supposément laide. Il finira par la trouver sublime mais surtout, il s’y attachera d’une manière si exclusive, ce qui engendra de spectaculaires scènes de vaudeville.
Qu’est-ce que fait un être seul, même dérangé ? Il essaie de se lier à un autre, même dérangé. La bête est seule, candide et mue par une ambition dévastatrice. Même fluet, distordu et victime plus souvent qu'à son tour, il veut être le chef incontesté du groupe. Une fois l’amour atteint (dans sa tête), il veut la gloire. Celle-ci lui sert de substance pour nourrir l’élue de son cœur qui l’admirera et donc l’aimera.
Convaincu d’en avoir les qualités, il fraye avec le chef de la place : Bizoune (oui, il arrive à le prendre au sérieux même avec un tel nom !) et son acolyte. Ceux-ci, bien entendu, profiteront de lui. C’est à voir pour le croire, pardon, c’est à lire pour le croire.
La bête a grandi d’un cran dans ce tome 2. Dans La bête à sa mère, c’était en quelque sorte une faible bête, un criminel malhabile, devenu meurtrier presque par la force des choses. En prison, il prend du poil de la bête, assume sa criminalité, ce qui lui retire une grosse part de sa candeur, laquelle, je l’avoue, m’a manquée. J’avais apprécié dans le premier tome me promener sur ce fil ténu d’ambigüité, où la bête ne tombait pas dans la notion de bien ou de mal. Ce deuxième tome a pris la tangente du « mal », à n’en plus douter, la bête fait plus qu’assumer son côté criminel, il veut le voir grandir. Il a trouvé sa branche et veut progresser. 
Cette constatation n’a atténué en rien mon plaisir devant ce florilège de situations où la manipulation et la prise de pouvoir prévalent haut la main. On vit à fond de train l’univers de la prison (au plus fort, la poche !), on fait plus qu’y croire, on y est. Les scènes loufoques donnent du contraste à la lourdeur des sujets.
Je ne suis pas prête de laisser partir la bête, je la veux encore dans mon entourage … littéraire (référence au troisième tome). 

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