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Salon de thé #4 : Drag queens, café, Islande

Publié le 27 juin 2016 par Teazine
Salon de thé #4 : Drag queens, café, Islande Chaque quinzaine, TEA sélectionne ses sachets pour le Salon de thé, où l'on discute une petite sélection de liens qui nous ont intéressées dernièrement, ce qu'on a aimé ou encore ce qu'on a redécouvert. C'est totalement non exhaustif et arbitraire, et c'est ça qu'on aime. Bisous.
Illustration : Anne-Val
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Paysages islandais magnifiques et slow TV
Sigur Rós viennent de faire quelque chose d'absolument génial. Du lundi 20 au mardi 21 juin, pour le solstice d'été, le groupe islandais a décidé de faire un tour de 24 heures sur la route circulaire, qui fait, comme son nom le laisse deviner, le tour de leur si belle île. Une caméra a été installée sur leur véhicule, et pendant les 24 heures du jour le plus long de l'année, on pouvait suivre en temps réel, en streaming sur Youtube ou sur la télévision nationale, le voyage du groupe à travers les paysages grandioses d'Islande. En guise de fond sonore, une musique générée elle aussi en temps réel avec un programme de musique, des extraits de morceaux jamais sortis, et le morceau "óveður" (dont le clip a été diffusé en avant première à l'issue de ces 24 heures), ce qui donne un résultat très ambiant et apaisant. L'expérience, appelée "Sigur Rós Route One", était totalement hypnotisante. Maintenant, on a tous envie d'aller en Islande. J'espère que l'office du tourisme leur a remboursé l'essence, parce que là, Sigur Rós a fait un sacré boulot pour le rayonnement du pays. Il est prévu qu'une vidéo retrace l'entièreté de ces1332 km. On a hâte et bien sûr on vous tiendra au courant. En attendant, on peut voir quelques photos du périple sur le site du groupe et sur facebook, et quelqu'un a fait un time lapse d'un bout de trajet, mais c'est dix mille fois moins enchanteur qu'en réalité et surtout, ne correspond pas à l'idée du groupe avec le projet, à savoir, prendre le temps.
Parce qu'en fait, Sigur Rós ont fait ce qu'on appelle de la slow television. Quelque chose que je viens seulement de découvrir pour l'occasion. Il s'agit de diffuser en temps réel et dans toute sa longueur un événement somme toute plutôt banal, voire même un non-événement. L'idée est de prendre le temps, et donc le contrepied de presque tout ce qu'il se fait aujourd'hui, à la télévision ou sur internet. D'ailleurs, le chanteur Jónsi l'a ainsi formulé dans son explication sur le projet "Route One" : "A une époque de satisfaction instantanée et où tout bouge si vite, nous avons voulu faire l'exact opposé. La slow TV est l'opposé du monde dans lequel on vit, cela se passe en temps réel, et très longtemps." Ce genre a été popularisé à la fin des années 2000 grâce à la télévision norvégienne, qui a commencé par proposer un programme de sept heures d'un train de la ligne Bergen-Oslo, en temps réel. Cela a tellement marché qu'au final, 20% de la population norvégienne avait regardé le programme à un moment donné. La télévision nationale a donc refait cette expérience, avec beaucoup d'autres voyages en train, ou en bateau. 
Bref, tout ceci est fascinant et promet de belles journées et soirées à regarder de sublimes paysages sur un vidéo projecteur, à défaut d'avoir le temps ou l'argent pour voyager en vrai. - M
Concours de drag queens à Montréal
Dans le cadre du festival Fringe à Montréal, j'ai eu la chance d'assister à une authentique Drag Race. Sur le même principe que dans la série américaine de RuPaul (RuPaul's Drag Race) - mais en mieux dixit Mado, qui animait le show - la "course de Drag" était organisée par le cabaret Mado, une institution mythique du Village montréalais. En gros, il s'agit d'un concours de drag queen dans lequel on évalue les aptitudes nécessaires de la reine comme le maquillage, le catwalk, les cocktails et l'ultime lip synch! Dans cette épreuve finale, les drags doivent mimer passionnellement une chanson de diva et étaler tout leur talent en danse, mimiques et théâtralité lascive ou comique. Dans le cadre bucolique d'un petit parc, au soleil, en milieu d'après-midi, assister à la Drag Race était sans conteste l'activité parfaite pour un samedi, dans une ambiance bon enfant et même avec des enfants (dans le public). C'était à la fois captivant et vraiment drôle (un aperçu du truc, là). On a même pu assister à une performance d'un groupe de drag kings (l'inverse des drag queen) : les Backstreet Backs.
Au final, on donne raison à Mado : c'était mieux en vrai qu'à la télé. Je vous encourage tout de même à (re)découvrir RuPaul's Drag Race, la série. Comme on peut s'y attendre, l'émission regorge de punchlines cinglantes et de moments épiques - en même temps, ce qui fait sa différence c'est qu'elle laisse aussi la place à des récits touchant sur le parcours des concurrentes. Sans virer dans le pathos, c'est une téléréalité qui comporte à mon sens un bel esprit d'empowerment et encourage les candidates à exprimer leur personnalité et à se soutenir, quand bien même elles briguent toutes le même podium. La preuve dans les termes de Ru Paul qui clôt chaque épisode avec cette phrase : "If you don't love yourself, how the hell are you gonna love somebody else?"- AV

Prendre soin de soi = une conspiration ultra-libérale
Vous êtes peut-être déjà tombé sur des articles de ce livre dont on parle pas mal, Le Syndrome du Bien Être, de Carl Cederström et André Spicer, Il faut dire que le sujet a de quoi intéresser. Dans cet essai, sorti en 2015 (traduit cette année en français), les deux enseignants en commerce se penchent sur la question, donc, du bien-être, très à la mode depuis quelques années, au point de devenir une sorte de diktat. Oui, on nous oblige à être bien. Les personnes obèses ou les fumeurs sont mal vus, on célèbre les gens qui mangent sainement et font du sport, qui prennent soin d'eux. Moi même je me sens super mal quand, à la pause clope, je vois les collègues sortir en jogging à la pause dej, alors que je viens d’aller chez Paul m’acheter une baguette viennoise au chocolat, tout en fumant une clope sur le trajet, avant d’aller au distributeur m’acheter une canette de Coca. Dans leur essai, les deux auteurs dénoncent donc cette dictature du bien-être qui, pour eux, n'est ni plus ni moins que de l’ultra libéralisme (Cederström et Spicer se posant eux, on le devine facilement, bien bien à gauche). Ben oui, si on va bien, on travaille mieux, on produit donc plus de valeur. Et puis manger bien, faire du yoga, avoir des coachs de vie, ça pousse aussi à la consommation. Sans compter les dérives dans le monde de l'entreprise, dont le livre donne des exemples terrifiants. Par exemple, en Angleterre, l’entreprise de poids lourds Scania surveille les constantes vitales de ses employés H24. Ces derniers sont punis s'ils ne font pas assez de sport. A Chicago, des enseignants doivent surveiller leur cholestérol s'ils ne veulent pas payer une amende de 600 dollars... Les exemples ne manquent pas, bonjour Big Brother. Tout ceci entraîne en plus de la culpabilité et de l'angoisse, quand on n'arrive pas à atteindre ce bien-être, quand on est triste, quand on mange un burger. En fait, on n'a même plus le droit d'aller mal, et si on va mal, c'est entièrement de notre faute, on n'est vraiment des moins que rien. Nous devenons seuls responsables de tout ce qui nous arrive, que ce soit un licenciement ou une rupture sentimentale. On remarquera aussi qu'une telle logique implique un repli sur soi et donc une prise de distance avec le monde (la politique, l'économie, les problèmes). Bref, je n'ai pas lu le bouquin, mais il a l'air très intéressant (et drôle et moqueur) et vous trouverez pas mal d'extraits, résumés et critiques sur internet déjà, je vous propose celle très complète du Temps et une autre de Slate. - M

Les livres de Patti Smith sont super J'avais lu Just Kids un été en allant à Kassel. C'était la lecture ultime pour flatter l'envie d'aventure extraordinaire en s'en allant côtoyer - je l'espérais - des artistes à la documentA. Quelques étés plus tard j'acquiers le nouveau livre de Patti Smith, M Train et à nouveau il correspond à mon humeur. Cette fois-ci, la structure est plus contemplative. Ce sont des chapitres brefs, comme des nouvelles. Ils sont centrés sur l'observation de ces petits moment autour desquels on construit des significations. Incurable romantique, Patti a la plume admirative, rêveuse. Ce sont des rêveries solitaires, empruntes des souvenirs de la vie incroyable de l'artiste, de ses amis, d'objets porteurs d'histoires intimes et touchantes, de lectures et beaucoup de café. Elle l'aime noir. Et en décrivant ses petits rituels, elle réfléchit au processus de l'écriture :
"Les écrivains et leurs processus de création. Les écrivains et leurs livres. Je ne peux pas partir du principe que le lecteur les connaîtra tous, mais en fin de compte le lecteur me connaît-il? Le lecteur souhaite-t-il seulement me connaître? Je ne peux que l'espérer, tandis que j'offre mon monde sur un plateau rempli d'allusions. Comme celui tenu par l'ours empaillé dans la maison de Tolstoï, un plateau ovale, jadis débordant des noms des visiteurs, célèbres et obscurs, modeste carte de visite, une parmi tant d'autres." J'aime la lenteur et la nostalgie de ce livre. Sa foison d'anecdotes. J'aime son postulat : "ce n'est pas facile d'écrire sur rien". Ultimement, c'est juste une confirmation de plus sur le fait que Patti Smith est une personne incroyable, une poétesse qui sait s'entourer et chanter et déclamer, une photographe méticuleuse et attentive au détails. Je t'aime Patti - AV
Moment autopromo  :
Comme je l'avais expliqué il y a quelques semaines, j'ai lancé il y a peu Soromance, un fanzine féministe qui s'intéresse aux femmes, donc, à la culture et à la société. Notre premier numéro, sorti fin mars, s'intéressait aux groupies et plus généralement à la figure féminine dans la scène rock. Le numéro deux va parler de la nuit, un thème plus large, oui, mais qui touche tout le monde et nous permet d'évoquer pas mal de sujets, des rêves aux soirées alcoolisées, en passant par l'astrologie, le harcèlement de rue et le sexe. Il y a aussi à l'intérieur une interview absolument fascinante sur cette très chère Molly Nilsson, qu'on aime d'amour. Pour l'occasion, on fait une soirée de lancement ce jeudi 30 juin à Bruxelles avec deux groupes pas piqués des hannetons, les londoniennes de Ravioli Me Away et les bruxellois Glitter Vaseline, dont ce sera le premier concert. C'est à prix libre, l'événement est sur Facebook ici. Le flyer a été dessiné par la très talentueuse Eva May Chan. Pour suivre l'actualité de Soromance et commander des numéros, rendez-vous sur notre page ou écrivez à soromancefanzine (at) gmail (point) com. - M
Salon de thé #4 : Drag queens, café, Islande

Avec des amies de Montréal, nous avons récemment créé le collectif Clit Club, dont l'objectif est de promouvoir l'art fait par des femmes auto-identifiées. Ce mercredi (!) au Quai des Brumes aura lieu la soirée de lancement de notre premier fanzine dont la thématique est "le groupe". J'en reparlerai plus amplement bientôt. Mais en tout cas, viens si tu en as l'occasion ! - AV Salon de thé #4 : Drag queens, café, Islande

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