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Les conséquences connues du Brexit

Publié le 28 juin 2016 par Fabien Major @fabienmajor

Qui de mieux placer que les britanniques pour bien évaluer les conséquences du Brexit? La forte réaction négative des marchés boursiers semblent indiquer que la part d’inconnu et l’effet de surprise ont servi de détonateur. Pourtant, on connait déjà de nombreux éléments qu’entrainera le Brexit. On est loin de la catastrophe annoncée. Certains effets positifs pourraient nous surprendre. Voici l’opinion de Nick Mustoe, chef des placements chez Invesco Perpetual.

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Après plusieurs mois d’attente, les électeurs britanniques ont pris la décision historique de quitter l’Union européenne un peu plus de 43 ans après avoir joint son prédécesseur, la Communauté économique européenne en 1973. Le gouvernement, les institutions et l’ensemble des acteurs économiques du Royaume-Uni ont maintenant la lourde tâche de se pencher sur les multiples conséquences financières, économiques, budgétaires et politiques de ce vote.

À notre avis, la décision de quitter l’Union européenne aura probablement un effet immédiat sur la volatilité boursière, les conséquences possibles de ce vote créant une vague d’inquiétude et un afflux potentiels vers les valeurs refuges. Ce type d’instabilité boursière donne souvent lieu à des rajustements des cours généralisés, sans égard à la qualité des titres, et peut ainsi présenter des occasions d’achat attrayantes pour les investisseurs fondamentaux à long terme tels que nous-mêmes.

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Il semble acquis que la décision de quitter l’Union fera chuter la livre sterling et freinera la croissance économique du Royaume-Uni à court terme. La portée et la durée d’un tel contrecoup n’est que pure spéculation à l’heure actuelle. L’effet plus immédiat sur l’économie et la croissance au Royaume-Uni dépendra probablement de plusieurs facteurs nationaux et mondiaux, dont le commerce, la productivité et les investissements en capitaux (investissements nationaux de même qu’investissements directs à l’étranger) ainsi que des décisions des banques centrales en matière de politique monétaire.

À plus long terme, nous croyons que l’économie britannique sera non seulement en mesure de gérer sa décision de quitter l’Union européenne, mais continuera également de prospérer puisque nous restons optimistes quant à ses perspectives de croissance. Avec une croissance parmi les plus solides des pays du G7 depuis quatre ans, nous estimons que l’économie est bien positionnée pour faire face à ce que l’avenir lui réserve.

De notre côté, nous investissons dans les marchés mondiaux depuis plus de 30 ans. Et malgré les changements dans les marchés, nous sommes restés toujours fidèles à nos principes de placement. Cet événement ne fait pas exception. Ce faisant, nous restons concentrés sur ce qui est dans le meilleur intérêt de nos clients à long terme. Nous nous engageons à adopter un point de vue à long terme qui a été le facteur déterminant de nos rendements au fil des ans.

Pour vous donner une vue d’ensemble de notre équipe, je passe maintenant la parole à mes collègues Mark et Jeff qui vous feront part de leurs commentaires.

Mark Barnett, responsable des actions du Royaume-Uni, Invesco Perpetual

En termes simples, le vote britannique en faveur du Brexit nous propulse en terrain inconnu et crée un niveau d’incertitude sans précédent depuis longtemps. Au cours des semaines et des mois à venir, les dépenses de consommation, le recrutement par les entreprises et les investissements étrangers directs pourraient bien être remis à plus tard, en attendant que le pays et l’ensemble de l’économie mondiale ne se remettent de la décision. Ensemble, ces facteurs représentent des vents contraires forts pour l’économie britannique.

À plus long terme cependant, nous croyons que l’économie du Royaume-Uni peut composer avec l’après-Brexit et nous restons optimistes quant aux perspectives futures. Nous comptons sur une économie dynamique qui s’est bien adaptée aux changements par le passé – et qui devrait pouvoir s’adapter à nouveau à tout changement que l’avenir lui réserve.

La livre sterling sera un instrument clé à surveiller à court terme, puisque les fluctuations de la devise détermineront probablement l’étendue de la réaction globale des marchés. Nous nous attendons à ce que le sentiment initial soit négatif, accompagné d’une chute des marchés, mais la question est de savoir à quel point ces conséquences seront prononcées. Nous avons déjà assisté à un affaiblissement certain et une partie du sentiment négatif a déjà été incorporée dans les cours boursiers. Il y aura vraisemblablement une réaction impulsive, suivie probablement par un redressement des marchés lorsque les investisseurs commenceront à penser plus calmement aux conséquences plus larges d’un affaiblissement de la livre sterling.

En cas de forte chute de la livre, beaucoup de sociétés britanniques – en particulier les multinationales à grande capitalisation dont le chiffre d’affaires est réalisé en grande partie à l’étranger et qui constituent la vaste majorité de nos placements – pourraient bénéficier des répercussions de cette dépréciation sur leurs gains.

De façon plus générale, nous croyons que les meilleures entreprises seront bien positionnées pour composer avec les défis posés par le Brexit. Les entreprises britanniques ont résisté aux nombreux et variés vents contraires que nous connaissons depuis quelque temps – les débats autour de la politique américaine de taux d’intérêt, la direction du dollar américain et les prix des marchandises ont contribué aux conditions boursières hostiles.

En fin de compte, nous ne gérons pas nos fonds en fonction d’une perspective de trois mois ou de six mois, mais dans le meilleur intérêt à long terme de nos clients. Nous attendrons que les choses se calment un peu avant de procéder à des changements à nos portefeuilles. Il est pour l’instant difficile d’évaluer correctement les détails de ce que cette décision signifie pour les négociations internationales d’accords commerciaux et d’ordre réglementaire.

Les épargnants devraient savoir que nous nous efforcerons de prendre des décisions mûrement réfléchies basées sur les faits, au fur et à mesure que la situation se précisera. Nous n’apporterons pas de changements à la méthodologie que nous utilisons depuis de nombreuses années pour élaborer nos portefeuilles, ni ne dérogerons des processus que nous déployons pour analyser, comprendre et réagir aux occasions de placement qui se présentent dans les marchés des actions du Royaume-Uni.

Jeff Taylor, responsable des actions européennes, Invesco Perpetual

Le Royaume-Uni a voté et décidé de quitter l’Union européenne. Toute l’attention va désormais se porter sur la période de transition prévue et les négociations entre les deux parties (Royaume Uni et Union européenne), ce qui prendra du temps.

Nous ne connaissons pas pour l’instant toute la portée des conséquences sur l’économie européenne et la conjoncture politique. Les marchés n’aiment pas l’incertitude. Par conséquent,  nous prévoyons donc une certaine volatilité boursière des deux côtés de la Manche. En termes économiques, nous n’envisageons pas de risque majeur de répercussions durables pour le reste de l’Europe. En effet, la reprise de la zone euro, propulsée par la demande intérieure, a montré qu’elle était bien positionnée pour résister aux risques externes, comme nous l’avons vu depuis deux ans. On ne peut exclure des répercussions négatives sur la croissance européenne, sans toutefois imaginer que le continent tout entier sombre dans la récession à cause du Brexit. La Banque centrale européenne (BCE) et les principales personnalités politiques d’Europe (comme la chancelière Angela Merkel et le président François Hollande) connaissent les risques et utiliseront sans aucun doute diverses mesures pour contrecarrer les tensions à court terme. Il reste à voir quelle forme cette réaction prendra, mais il est très peu probable qu’ils restent sur la touche en spectateurs de la panique boursière.

Sur le plan politique, nous croyons qu’il serait faux de voir le Brexit comme un élément déclencheur de la désintégration de l’Union européenne. À court terme, nous prévoyons que la nouvelle animera largement le débat politique en France et en Allemagne où des élections générales sont prévues pour 2017. Dans ce contexte, ces deux pays ne donc peuvent pas se permettre de faciliter la tâche du Royaume-Uni. Sur le continent, l’euroscepticisme de bon nombre de personnalités politiques populistes ne signifie pas pour autant que le risque de contagion du référendum britannique se propage à d’autres pays. Par le passé, nous avons vu à quel point il ne fallait pas sous-estimer l’engagement des acteurs politiques et des institutions en Europe envers le projet de l’Union européenne (comme par exemple pendant la crise de la dette souveraine en 2012 et de la Grèce en 2015); tous les pays périphériques sont toujours dans l’Union et respectent les règles du jeu, même si le reste du monde avait prévu qu’ils auraient dû sortir à l’heure qu’il est. Le risque populiste existe à l’échelle mondiale (y compris aux États-Unis) et n’est pas un facteur unique à l’Europe.

Il convient de se rappeler que le vote du Brexit était à l’ordre du jour depuis un bon moment. Même si le résultat final reste une surprise négative, les données sur les flux dans les marchés européens trahissaient déjà une forte nervosité à l’approche du vote.

La plupart de nos portefeuilles sont généralement pro-cycliques dans leur positionnement. Un ralentissement de l’économie en général ne joue évidemment pas en notre faveur à court terme. Ce positionnement reflète les domaines dans lesquels nous décelons les meilleures évaluations à l’heure actuelle. Quelles que soient les circonstances, nous resterons fidèles à notre philosophie de placement à long terme basée sur notre analyse fondamentale en fonction des évaluations qui restent, selon nous, le facteur à long terme le plus important des rendements pour les épargnants.

Ce texte a été publié originalement sur le blogue d’Invesco Canada


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