Magazine

Algérie : un besoin crucial de liberté économique

Publié le 05 août 2016 par Unmondelibre
Version imprimableVersion imprimable Algérie : un besoin crucial de liberté économique

La chute des prix du pétrole et du gaz a porté un coup sévère à l’économie algérienne fragilisée par le manque de diversification de son économie. Pour diversifier, il y a besoin de liberté d’entreprendre et d’échanger. Si l’économie algérienne manque de diversification, c’est parce qu’elle manque de liberté économique.

Pourtant la liberté économique y est garantie par la Constitution mais ça reste une « liberté de façade » réservée à la nomenklatura. A l’origine de cette situation, une fausse libéralisation dans les années 1988 après l’échec du régime socialiste. A l'issue de cette « ouverture », l’Etat s’était désengagé de l’importation totale ou partielle de nombreux produits de première nécessité sur lesquels il protégeait des monopoles (céréales, café, sucre, matières grasses, matériaux de construction, etc.). Cette décision a été illusoire car le contexte ne permettait pas l’émergence d’une véritable concurrence. Ainsi cette ouverture n’a profité que quelques oligarques, militaires et amis du pouvoir qui se sont partagés les secteurs d’importation entre eux, au détriment de la liberté réelle du commerce et de la concurrence. En d’autres termes, ils ont remplacé des monopoles publics par des monopoles privés.

Le mauvais classement de l'Algérie en terme de liberté économique (indice publié par Wall Street Journal et l’Heritage Foundation) illustre bien cet état de fait. En effet, l’économie algérienne a enregistré la septième plus grande régression dans l'indice de liberté économique en 2015. Elle a été déclassée de onze rangs et occupe désormais la 157ème position sur un total de 178 pays. Cette dégringolade n’est plus une surprise quand on prend conscience de l’hostilité de certaines lois et réglementations à la liberté d’investissement et du commerce et, in fine, à la diversification.

Ainsi, le Conseil national des investissements (CNI) limite le seuil des investissements à 15 millions d’euros, ce qui est complètement aberrant compte tenu du déficit d’investissement dans le pays et son besoin de diversification des activités hors hydrocarbures.

Cette institution, chapeautée par le premier ministre, veille également à l’application des modalités d’investissements initiés par les étrangers. Ces investissements doivent être réalisés obligatoirement en partenariat avec un ou plusieurs investisseurs nationaux résidents, publics ou privés (51% du capital de la société créée doivent être détenus par la partie algérienne et 49 % par la partie étrangère). Considérée comme un frein important au développement des investissements étrangers en Algérie, cette règle n’a pas été éliminée du nouveau code des investissements (adopté en juillet 2016 par la chambre haute et dont le contenu devrait entrer en vigueur d’ici la fin de l’année). Ainsi, le nouveau code des investissements dont le projet était annoncé à grande pompe, ne devrait avoir aucun impact positif sur l’environnement des affaires. Pas de bol d’oxygène pour l’économie algérienne essoufflée.

En plus de la règle 51/49, un autre obstacle à la liberté d’entreprendre demeure dans le nouveau code, celui du droit de préemption de l’Etat. Ce droit permet à l’État de s’opposer à une transaction en se positionnant prioritairement sur le rachat. Cela permet d’écarter des investisseurs que le pays ne souhaite pas accueillir.Ces mesures anéantissent le flux d’investissements étrangers, déjà affectés par le durcissement de la réglementation algérienne des changes, et portent également atteinte au respect du droit de propriété, condition de toute diversification.

Notons que le commerce extérieur en Algérie est dominé par un fort taux d’importation (de l’ordre de 60-75%) alors même que le pays défend tellement sa souveraineté. C’est d’ailleurs pour  freiner les importations et booster les exportations que la politique monétaire en Algérie a toujours favorisé la dévaluation du Dinar. Cette politique inflationniste a été contreproductive, car non seulement elle n’a fait que renchérir la facture des importations, mais n’a pas stimulé le taux d’exportation hors hydrocarbures qui n’a jamais dépassé les 2 à 5 % depuis plusieurs décennies ! De plus, « le flottement dirigé » ne permet pas de mettre en exergue l’état réel de l’économie du pays. La dévaluation du Dinar algérien a provoqué un déséquilibre financier difficile à soutenir pour un investisseur, notamment les importateurs de matières premières et de produits stratégiques. Il faut rajouter à ce risque les tracas imposés aux investisseurs par les restrictions sur les changes. Enfin, rappelons que l'inflation a érodé, entre autres, la valeur des investissements, du patrimoine et de l'épargne, ce qui freine grandement les investissements productifs à long terme, puisqu’elle s’apparente à une expropriation déguisée.

Plus grave, si l’ancien « grenier de l'Afrique » n'arrive plus à satisfaire ses besoins, c’est parce que le secteur agricole est miné par l’insécurité juridique relative au foncier rural. La législation et les formalités sont complexes et il faut rajouter à cela la lenteur bureaucratique dans la délivrance des actes de propriété ainsi que leur coût élevé. Cela décourage l’investissement car les agriculteurs ne peuvent valoriser leurs titres fonciers pour accéder au crédit bancaire nécessaire pour financer la modernisation de leurs exploitations. Les industriels, quant à eux, souffrent de la rareté et la cherté des terres. De nombreux industriels sont dans l’attente de la délivrance d’un titre leur permettant de sécuriser leurs investissements.

Avec la chute des cours des hydrocarbures plongeant l’économie en crise, les autorités algériennes ne peuvent plus se contenter de faire semblant. Désormais, elles doivent s’atteler à mettre en place une véritable ouverture de l’économie en changeant radicalement  les règles du jeu économique vers une plus grande liberté économique. Pour cela il faut : renforcer la liberté de choix des ménages et des entreprises en limitant l’ingérence de l’Etat ; réhabiliter l’Etat de droit pour sécuriser les investissements privés locaux et étrangers ; et enfin consolider la liberté de concurrence en supprimant les obstacles au commerce international et aux IDE de même qu’en assouplissant les réglementations des affaires et des marchés pour garantir l’égalité des chances économiques. C’est seulement à ce prix que l’Algérie pourra diversifier son économie pour répondre à la baisse des prix du pétrole.

Lahouari BOUHASSOUNE, journaliste algérien. Le vendredi 5 août 2016.


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

  • Proactif : Comment devenir ?

    Proactif Comment devenir

    Lorsqu'une situation imprévue se produit, il y a deux façons d'agir: blâmer les circonstances et attendre désespérément que quelqu'un fasse quelque chose ou... Lire la suite

    Par  Newton14
    CÔTÉ FEMMES
  • Les jardins des lumières, de retour a Montréal

    jardins lumières, retour Montréal

    crédit photo: Espace pour la vie (Claude Lafond)Les Jardins de Lumière c'est une exposition grandiose dans l'un des plus beaux sites urbains de la région: le... Lire la suite

    Par  Nanatoulouse
    ENFANTS
  • Nintendo propose des manettes NES pour la SWITCH

    Nintendo propose manettes pour SWITCH

    La console (Nintendo Entertainment System), lancée en 1987 en Europe, n'en finit pas de revenir sous une forme ou une autre. Après la commercialisation de sa ... Lire la suite

    Par  Golem13
    HIGH TECH, JEUX VIDÉO
  • Mondialité(s)

    Mondialité(s)

    Sarah Wagenknecht.Être de gauche face à l’immigration, c'est assumer la mondialité du développement et l’universalité des droits – l’internationalisme en... Lire la suite

    Par  Jean-Emmanuel Ducoin
    CULTURE, HUMEUR, MÉDIAS, POLITIQUE, SOCIÉTÉ
  • Comment attirer plus de clients dans son magasin ?

    Gagner des clients est vital pour une entreprise. Sa croissance et sa survie en dépendent bien évidemment. Pour cette raison, développer une stratégie pour... Lire la suite

    Par  Aude Mathey
    CULTURE, MARKETING & PUBLICITÉ, MÉDIAS
  • Et si on prenait la bicyclette ?

    prenait bicyclette

    Entre la voiture, la moto, les transports publics, le vélo, le vélo électrique et la marche, quel est le mode de déplacement le plus sain ? Sans surprise, le... Lire la suite

    Par  Santelog
    SANTÉ
  • 50 millions d'iPhone X vendus dans le monde

    millions d'iPhone vendus dans monde

    Alors qu'Apple vient de présenter ses nouveaux iPhone (XR, XS et XS Max), le cabinet d'analyse Canalys rappelle que le constructeur américain est actuellement l... Lire la suite

    Par  Next51
    HIGH TECH

A propos de l’auteur


Unmondelibre 432241 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte