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Chant du cygne de Claude Onesta

Publié le 18 août 2016 par Podcastjournal @Podcast_Journal
Rédacteurs et stagiaires: cliquez sur cette barre pour vous connecter en back-office de la rédaction! Lorsqu'il récupère les rênes de l'équipe de France en 2001, Claude Onesta est face à un défi gigantesque. Il doit en effet tenir la comparaison avec Daniel Costantini, qui a lui même entraîné les Bleus pendant plus de quinze ans. Ce dernier a surtout apporté ses premiers grands succès à l'équipe de France, avec deux victoires en championnat du monde (1995, 2001).

Partisan d'un management aux antipodes de celui de son prédécesseur, Onesta rencontre des difficultés à imprégner son style et sa philosophie à l'équipe. Lors des championnats du monde de 2003 et 2005, l'équipe de France échoue à se qualifier pour la finale et doit se contenter de la médaille de bronze. Pire, lors de l'édition 2005, Onesta est même à deux doigts de se faire licencier par la fédération alors que son équipe rencontre toute les peines du monde à se qualifier pour le tour principal. Malgré la troisième place accrochée par l'équipe de France, il semble que les préceptes d'Onesta n'aient toujours pas été assimilés par les joueurs.

Paradoxalement, c'est cette épopée qui lance l'ère glorieuse du natif d'Albi à la tête de l'équipe de France. Au sortir de la compétition, plusieurs cadres du vestiaire - comme la vedette Jackson Richardson - tirent leur révérence. Onesta a alors pour défi de reconstruire une équipe en s'appuyant sur de nouveaux cadres et enfin imposer ses méthodes de management. Une organisation qui repose sur des principes simples comme "organiser la vie du groupe, comprendre le fonctionnement des joueurs, analyser leurs capacités à collaborer, installer les principes de vie qui permettent aux jeunes d'apprendre et aux vieux d'assurer".

Des méthodes qui portent visiblement leurs fruits, puisque de 2006 à 2015, l'équipe de France de Handball connaît une moisson de titres inédite pour le sport collectif français. Profitant d'une génération dorée construite autour des Thierry Omeyer, Daniel Narcisse, Jérôme Fernandez et autres Nikola Karabatic, les hommes de Claude Onesta écrasent la concurrence. En dix ans, ils s'offrent deux médailles d'or aux Jeux Olympiques (2008, 2012), trois couronnes de champion du monde (2009, 2011, 2015) sans oublier trois titres de champion d'Europe (2006, 2010, 2014).

Outre l'exceptionnelle génération que connaît l'équipe de France, celle-ci doit son succès aux méthodes de management particulières d'Onesta. Celui-ci admettant un caractère "rebelle à l'autorité traditionnelle, celle conquise par l'obéissance", il a toujours adopté des méthodes peu en vogue chez les entraîneurs, afin de tirer le meilleur de son groupe.

Tout d'abord, il délègue beaucoup de travail à ses adjoints. Par exemple il ne s'investit que très peu aux entraînements quotidiens, afin de "libérer les énergies" et se concentrer sur d'autres champs d'action. Il met notamment un point d'honneur à entretenir des relations humaines franches avec ses joueurs, au-delà de toute considération hiérarchique. Cela se traduit par une grande autonomie laissée à son groupe, qui connaît ses devoirs pour atteindre ses objectifs. Même en ce qui concerne les plans de jeux, Onesta tient toujours à avoir l'avis de son groupe avant de prendre des décisions.

De cette façon, ses joueurs se sentent personnellement très investis dans les résultats de l'équipe. Cela les pousse à donner le meilleur d'eux même et ainsi obtenir les résultats exceptionnels que l'on connaît. Pourtant, à bientôt 59 ans, Claude Onesta sait qu'il n'est pas éternel et que le moment de laisser la main approche à grand pas. Ce désir s'est déjà manifesté lors des derniers championnats d'Europe de Pologne, lors desquels son adjoint Daniel Narcisse a pris d'avantage des responsabilités. Si cette expérience ne fut pas un grand succès, elle est une nouvelle manifestation de la vision particulière de Claude Onesta sur son rôle. Celui-ci désire que son adjoint engrange un maximum d'expérience avant d'être seul en charge de l'équipe.

Lors d'un récent entretien au magazine Les Échos il confiait devoir accepter que son successeur "veuille construire une nouvelle aventure. Mais j'essaie de préserver notre mode de fonctionnement participatif, à base de mise en situation collective et d'écoute permanente. Il libère plus de puissance créatrice, de celle qui nourrit tout le groupe. Même celui qui a tendance à être "perso" a plus d'intérêt à être solidaire car sa récompense finale sera bien supérieure. C'est ça, le collectif."

Alors que les Jeux Olympiques de Rio s'annoncent comme son dernier grand défi, Claude Onesta peut s'avancer avec le sentiment du devoir accompli. Avec sa légendaire modestie, il estime que son rôle est avant tout d'être "utile, et de ne pas devenir un boulet pour ceux qui voudraient entreprendre à côté de moi, et qui peut-être n’osent pas". Une façon de rationaliser la pression qui entoure sa dernière participation à une grande compétition, dont il sait que son équipe est la favorite.

Fort d'une phase de groupe rondement menée (quatre victoires pour une seule défaite), son équipe a bien commencé la compétition. Avec l'objectif d'offrir à son entraîneur une fin aussi glorieuse que fut son parcours à la tête des bleus.

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