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CERVEAU et NUTRITION: Le cerveau c'est le chef ! – Jean-Michel Lecerf/ Chef du service nutrition de l'Institut Pasteur de Lille

Publié le 30 août 2016 par Santelog @santelog

CERVEAU et NUTRITION: Le cerveau c'est le chef ! – Jean-Michel Lecerf/ Chef du service nutrition de l'Institut Pasteur de LilleLe cerveau c’est le chef, c’est dire s’il est important ! Il faut le soigner aux petits oignons. Dès le plus jeune âge, il est exigeant et dans le ventre de sa mère, puis à son sein, il reçoit les nutriments de ses membranes, EPA, DHA et autres acides gras oméga-3, mais aussi cholestérol, lactose, et carburants nécessaires. De sorte que les études expérimentales chez l’animal ont clairement montré qu’un déficit en acides gras oméga-3 entraînait un retard d’acquisition intellectuelle, visuelle et auditive. Chez le nouveau-né humain, les conséquences sont les mêmes.

Un déficit en acides gras oméga-3 entraîne un retard d’acquisition intellectuelle, visuelle et auditive.

D’où l’importance de la nutrition chez les femmes enceintes et allaitantes (l’allaitement est à encourager fortement). Quoi qu’on en dise pour le mercure, elles doivent consommer du poisson 2 fois par semaine minimum, dont au moins 1 fois du poisson gras. Chez les prématurés heureusement, les laits infantiles sont aujourd’hui enrichis en DHA. Si la croissance du cerveau s’arrête à l’âge adulte, le renouvellement de ses membranes, le remplacement de ses neurones, le développement de ses connections ne s’arrête jamais. Bien que protégé par la barrière hémato-encéphalique, il peut subir des agressions et est sensible au stress oxydatif compte-tenu de sa richesse en acides gras polyinsaturés. Il peut aussi être l’objet d’une neuro-inflammation, c’est-à-dire d’une inflammation bas grade.

Or, il apparaît de plus en plus clairement que le stress oxydatif et la neuro-inflammation sont des mécanismes impliqués dans le déclin cognitif lié à l’âge d’une part et dans la dépression d’autre part. Bien-sûr le clinicien sait distinguer ce qui relève de la pathologie, telle la maladie d’Alzheimer avérée sévère, pour laquelle les facteurs génétiques jouent un rôle important, ou la pathologie psychiatrique authentique liée à des facteurs génétiques et / ou à des événements traumatisants. Mais là aussi les données sont claires.

CERVEAU et NUTRITION: Le cerveau c'est le chef ! – Jean-Michel Lecerf/ Chef du service nutrition de l'Institut Pasteur de Lille
Ce sont les études épidémiologiques qui nous apportent le plus de données encourageantes. Beaucoup ont montré que les sujets ayant des apports nutritionnels plus élevés en micronutriments à effet antioxydant (vitamine E, C, caroténoïdes, polyphénols), en vitamine B9, en acides gras polyinsaturés oméga-3 à longue chaîne avaient un moindre risque de déclin cognitif lié à l’âge.

Il en est de même pour le risque de dépression. En outre plusieurs études suggèrent fortement qu’une alimentation de type occidentale trop riche en produits raffinés, sucrés, salés et gras et en produits carnés est associée à des signes neurologiques de neuro-inflammation et de dépression. Par contre un bonus particulier est attribué aux caroténoïdes xanthophylles (lutéine et zéaxanthine), présents dans les choux, les épinards, les œufs et que l’on retrouve dans le pigment maculaire. De même, les produits laitiers semblent associés à un moindre déclin cognitif : or ils sont sources d’un puissant antioxydant : le glutathion. Enfin la palme revient au poisson à la fois la plus grande source d’oméga 3 (ceux-ci agissent via la fluidité qu’ils confèrent aux membranes neuronales et via leur effet sur la neurotransmission) et riche en sélénium (antioxydant).

Cependant les études d’intervention, avec des micronutriments isolés, sont très décevantes dans le déclin cognitif lié à l’âge. Seule une étude avec une combinaison a entraîné une amélioration de quelques paramètres psychométriques. L’alimentation globale semble le meilleur allié, ainsi que l’a montré l’étude Prédimed qui a confirmé dans une étude d’intervention le bénéfice du régime méditerranéen. Quant à la dépression, de fortes doses d’oméga-3, en complément des antidépresseurs, exercent un effet bénéfique.

Si le cerveau n’a pas fini de nous montrer tous ses secrets, la nutrition n’a pas non plus fini de nous montrer tous ses bienfaits.

CERVEAU et NUTRITION: Le cerveau c'est le chef ! – Jean-Michel Lecerf/ Chef du service nutrition de l'Institut Pasteur de Lille

Source : La Lettre de la Nutrition- Lettre d’Information des Thermes de Brides-Les-Bains® N°20 – Août 2016

Auteur : Jean-Michel Lecerf / Chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille


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