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Hiver à Sokcho, d'Elisa Shua Dusapin

Publié le 31 août 2016 par Francisrichard
Hiver à Sokcho, d'Elisa Shua Dusapin

Sokcho, connue pour ses calamars, est une ville portuaire de la Corée du Sud située à soixante kilomètres de la frontière avec celle du Nord, dans la province de Gangwon. En hiver, il n'y a pas grand chose à faire dans cette station balnéaire, dont la plage se déroule jusqu'aux monts Ulsan gonflés vers le ciel comme des seins de matrone et qui se trouve à une heure de la réserve naturelle de Seoraksan, un massif montagneux qui domine la ville.

La narratrice du roman d'Elisa Shua Dusapin est métisse, ce qui est aujourd'hui encore à Sokcho la source de commérages. Son père, un Français, a séduit sa mère il y a vingt-trois ans, l'âge qu'elle a maintenant, puis il est parti sans laisser de traces. Sa mère, à qui elle rend visite le dimanche soir et le lundi, son jour de congé, est poissonnière et elle est seule dans la ville à avoir licence de cuisiner du fugu, un poisson dont les tripes renferment du poison mortel

La jeune franco-coréenne travaille depuis un mois dans la pension en bord de plage du vieux Park: elle fait le ménage des chambres, lave le linge et, surtout, cuisine des mets succulents. En hiver les clients sont rares. Du reste l'établissement fonctionne au ralenti depuis le décès de la femme de Park il y a un an. Dans la maison principale toutes les chambres sont occupées: celles du premier étage ont été vidées. Mais il y a une annexe de l'autre côté de la ruelle où la mère Kim a son échoppe.

Un jour Yan Kerrand, un Français, originaire de Granville en Normandie, né en 1968, se présente à la réception de la pension. Il compte rester quelques jours, le temps de trouver autre chose. Qu'est-il donc venu faire cet Hiver à Sokcho? lui demande-t-elle:

- J'ai besoin de calme.

- Vous avez choisi la bonne ville.

lui répond-elle en rigolant.

Yan Kerrand loge donc dans l'annexe, dans une chambre qui jouxte celle de la narratrice. Laquelle ne manque pas d'épier ce client qui l'intrigue, peut-être parce qu'il est Français, comme son père, et qu'il est l'auteur de bandes dessinées. Sur Google.fr elle découvre des extraits de ses albums. La série la plus connue des BD de Yan a pour héros un personnage solitaire qui lui ressemble: Ses contours se détachaient bien nets quand les autres personnages n'apparaissaient souvent qu'en ombres...

Entre la narratrice et Yan, qui s'attarde à Sokcho, se nouent des relations furtives, tout en nuances, éphémères, avec pour cadre cette ville où l'hiver n'a jamais été aussi froid depuis des années. Il se dégage de ce récit un charme indéniable, sans doute parce que les dialogues ne disent pas tout - les personnages sont sur la réserve de leurs différences -, sans doute aussi parce qu'il est à la fois précis quand il s'agit du dessin des choses et sibyllin quand il s'agit de la pensée des êtres.      

Francis Richard

Hiver à Sokcho, Elisa Shua Dusapin, 144 pages  Zoé


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