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Démocratie représentative ? Représentative de quoi ?

Par Roger Garaudy A Contre-Nuit

Marx remarquait, dès les débuts de la démocratie représentative en Europe, qu'en vérité les gouvernements ainsi désignés par le suffrage n'étaient que des fondés de pouvoir du Capital. Ils l'étaient pourtant bien moins qu'aujourd'hui ! C'est que si la démocratie est représentation, elle l'est d'abord du système général qui en porte les formes. Autrement dit : la démocratie électorale n'est représentative qu'autant qu'elle est d'abord représentation consensuelle du capitalisme, renommé aujourd'hui « économie de marché ». Telle est sa corruption de principe, et ce n'est pas pour rien qu'à une telle « démocratie », Marx, ce penseur humaniste, ce philosophe des Lumières, pensait ne pouvoir opposer qu'une dictature transitoire, qu'il appelait la dictature du prolétariat. Le mot était fort, mais il éclairait les chicanes de la dialectique entre représentation et corruption. Au vrai, c'est la définition de la démocratie qui pose problème. Tant qu'on sera persuadé, comme les thermidoriens et leurs descendants libéraux, qu'elle réside dans le libre jeu des intérêts de groupes ou d'individus déterminés, on la verra s'abîmer, lentement ou promptement selon les époques, dans une corruption sans espoir. C'est que la démocratie véritable, s'il faut conserver, ce que je crois1 1, ce concept, est tout autre chose. Elle est l'égalité devant l'Idée, devant l'Idée politique. Par exemple, pendant longtemps, l'Idée révolutionnaire, ou communiste. C'est la ruine de cette Idée qui identifie la « démocratie » à la corruption générale. L'ennemi de la démocratie n'a été le despotisme du parti unique (le mal nommé « totalitarisme ») qu'autant que ce despotisme accomplissait la fin d'une première séquence de l'Idée communiste. La seule vraie question est d'ouvrir une deuxième séquence de cette Idée, qui la fera prévaloir sur le jeu des intérêts par d'autres moyens que le terrorisme bureaucratique. Une nouvelle définition, et une nouvelle pratique, en somme, de ce qui fut nommé « dictature » (du prolétariat). 
Alain Badiou, "De quoi sarkozy est-il le nom ?" Nouvelles Editions Lignes, 2007, pages 122-123
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