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Le cri d'alarme d'une scientifique toulousaine : «On change d'époque»

Publié le 08 septembre 2016 par Blanchemanche
#anthropocèneCatherine Jeandel, océanographe toulousaine au LEGOS, préfère se déplacer à vélo/Photo DDM.Catherine Jeandel, océanographe toulousaine au LEGOS, préfère se déplacer à vélo/Photo DDM.
Catherine Jeandel est directrice de recherches CNRS au Laboratoire d'études en géophysique et Océanographie spatiales (LEGOS) de Toulouse. Elle fait partie du «Working group on the anthropocène», un groupe de travail réunissant une trentaine de chercheurs du monde entier (géologues, océanographes, climatologues, historiens, archéologues) qui travaille depuis sept ans sur la question de savoir si nous avons changé d'époque géologique. Actuellement réuni à Cape Town, en Afrique du Sud, ce groupe a considéré à la quasi-unanimité (34 voix pour, une abstention) que l'anthropocène était devenu une réalité. Catherine Jeandel nous explique la signification de cette dénomination, et ses conséquences.
Pourquoi pourrait-on désormais parler d'anthropocène ?
Il faut d'abord définir ce qu'est une époque géologique. Cela représente une période de l'histoire de la planète au cours de laquelle les conditions environnementales sont relativement stables. Ainsi, l'holocène, c'est-à-dire les dernières 10 000 années de la Terre, correspond à la sortie de la dernière glaciation. Auparavant, il y avait les mammouths, une faune et une flore différentes, des conditions générales différentes. Depuis 10 000 ans, on a connu un climat stable et des circulations océaniques stables, même si l'on a pu observer quelques variations, comme l'optimum médiéval. Les géologues ont besoin de définir ces périodes pour mieux écrire l'histoire de la Terre. Pour cela, on utilise des marqueurs, comme l'iridium, qui correspond au passage de l'ère secondaire à l'ère tertiaire – ce métal provenant vraisemblablement de l'explosion sur notre planète d'un astéroïde géant, une des raisons de l'extinction des dinosaures. La question est de savoir aujourd'hui si un «forçage» dû à l'activité humaine est repérable dans les couches géologiques pour établir si on est «scientifiquement» entré dans l'anthropocène et quand… Mais pour que ce terme d'anthropocène soit définitivement accepté par le congrès international de géologie, il faudra sans doute encore quelques années.
Pour vous, donc, il ne fait aucun doute qu'on est entré dans l'anthropocène, mais quand ?
On a appelé cela «La Grande accélération», qui correspond globalement aux Trente glorieuses : tout s'est accéléré après la dernière guerre. Certains voulaient faire partir l'anthropocène dès la révolution industrielle du XIXe siècle. Mais entre 1 800 et 2 000 la population a été multipliée par sept, tandis que la consommation d'énergies fossiles a, elle, été multipliée par cinquante ! Et après la guerre, on (l'Humanité) est devenu fous !
Quels sont les «marqueurs» de l'anthropocène ?
Il y a le changement climatique, mais pas seulement. On peut énumérer : les plastiques, ceux qui forment par exemple, le «Septième continent» dans le Pacifique, avec une durée de vie variable selon les matières. Pour donner un ordre d'idée, on a produit en quantité, de quoi entourer de film plastique trois fois la planète ! Et si on continue, on pourra aller jusqu'à 5 ou 6 épaisseurs…
D'autres marqueurs ?
La radioactivité artificielle enregistrée dans les sédiments. ! On lit clairement la trace des essais atomiques dans les sédiments marins, lacustres ou les sols. Il y a aussi l'aluminium, le béton, les fibres synthétiques, les nitrates rejetés dans le système naturel, la modification des processus de sédimentation avec les barrages… Sans parler de la sixième extinction : on assiste à un taux d'extinction des espèces animales comme on n'en a jamais connu !
Qu'est-ce que est irréversible ?
Presque tout ! La seule chose que l'on peut faire, c'est limiter les dégâts. Même si on stoppe toute émission de gaz à effet de serre, de toute façon, l'eau des océans montera de 40 centimètres d'ici 2 100. Si on ne fait rien, cela pourra atteindre 1,20 m ou 1,60 m… C'est très inquiétant !
Recueilli par D. D.
http://www.ladepeche.fr/article/2016/09/06/2413022-cri-alarme-scientifique-toulousaine-change-epoque.html

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