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[Critique] Cézanne et moi

Par Régis Marton @LeBlurayphile
[Critique] Cézanne et moi

Un film de: Danièle Thompson

Avec: Guillaume Gallienne, Guillaume Canet, Alice Pol, Déborah François, Sabine Azéma, Gérard Meyland, Laurent Stocker, Isabelle Candelier, Freya Mavor, Pierre Yvon, Félicien Juttner, Flore Babled, Romain Lancry, Nicolas Gob

Ils s'aimaient comme on aime à treize ans : révoltes, curiosité, espoirs, doutes, filles, rêves de gloires, ils partageaient tout. Paul est riche. Émile est pauvre. Ils quittent Aix, " montent " à Paris, pénètrent dans l'intimité de ceux de Montmartre et des Batignolles. Tous hantent les mêmes lieux, dorment avec les mêmes femmes, crachent sur les bourgeois qui le leur rendent bien, se baignent nus, crèvent de faim puis mangent trop, boivent de l'absinthe, dessinent le jour des modèles qu'ils caressent la nuit, font trente heures de train pour un coucher de soleil... Aujourd'hui Paul est peintre. Émile est écrivain. La gloire est passée sans regarder Paul. Émile lui a tout : la renommée, l'argent une femme parfaite que Paul a aimé avant lui. Ils se jugent, s'admirent, s'affrontent. Ils se perdent, se retrouvent, comme un couple qui n'arrive pas à cesser de s'aimer.
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Le film s'ouvre sur la juxtaposition de deux arts, la peinture et l'écriture, où le pinceau et la plume sont montrés à l'exercice par une série de surimpressions mêlant toile et papier. Le film se veut être une rencontre entre les deux médiums, chacun incarné par un corps dépositaire. Soit Paul Cézanne et Émile Zola, deux personnages qui ont marqué leur temps, de façon radicalement opposée, initiant de nouvelles directions dans leur art respectif et unis par une amitié de toute une vie. Si le projet est noble et ambitieux, à la fois biopic et film d'époque, intrigue intime et recréation d'un temps disparu, le résultat est nettement plus douteux. On pouvait espérer de lui, au vu de son sujet, qu'il aborde la question de la création; celle de ses personnages dédoublée par celle du film. Or, il n'en est rien. Loin de se soucier du rayonnement qu'auront Cézanne et Zola, après sa mort pour le premier, de son vivant pour le second, Danièle Thompson se contente d'en esquisser un portrait psychologique et naturaliste, portant comme convenu sur la douleur d'être artiste. On pense forcément au Van Gogh de Pialat où Jacques Dutronc " incarnait " son personnage au sens fort du terme. Tout le contraire des deux Guillaume, dont la faiblesse de l'interprétation fait basculer le film dans un comique involontaire. Tout est forcé, de l'accent du sud de Gallienne en Cézanne (Pagnol n'en aurait pas demandé tant) aux colères vociférées de Cannet en Zola. Outre cette mauvaise direction d'acteur, le choix du casting est en soi un problème. N'oublions pas que Thompson est la scénariste de grands succès français, dont l'atout résidait dans un duo d'acteurs populaires, tels que La Grande Vadrouille et La Folie des grandeurs. Ici, la dimension bankable du film est si évidente et grossière par le choix des interprètes qu'elle oriente d'emblée le regard qu'on lui porte. Tout n'est que camaraderie affichée entre les deux acteurs qui n'ont de cesse de se taper sur l'épaule et de se regarder d'un œil humide. Les portraits qui en résultent sont, de fait, caricaturaux. Cézanne est réduit à son orgueil qui le rend particulièrement antipathique face à Zola, rendu si passif dans son rôle d'observateur discret qu'il en devient ennuyeux.

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Outre ces éléments autour des acteurs, la mise en scène ne suit pas plus. Académique au plus au point, sans l'ombre d'une idée, Thompson n'est pas plus inspirée par les paysages d'Aix-en-Provence que par ses personnages. Tous les accessoires, costumes et éléments de décor sonnent faux. Il faut voir les postiches que portent tous les acteurs masculins, presque un concours: perruques, moustaches, fausses barbes broussailleuses et faux ventre, qui en plus de ridiculiser l'ensemble du film lui donne un aspect vétuste. Le problème est que Thompson se désintéresse de ce qui a fait vibrer les deux personnages. Difficile en voyant le film de ce rendre compte de leur importance et ce n'est pas les quelques paysages filmés et les récitals de certains passages de Zola qui y suffisent. On aurait pu espérer un récit romanesque, miroir d'une société comme savait les dépeindre Zola, porté par la poésie des sensations peintes par Cézanne. Mais non. Au final, Cézanne et moi est au cinéma ce que le roman de gare est à la littérature et les croûtes à la peinture.

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