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Photographie post mortem : évolution d’une tradition picturale du XIXème siècle à nos jours

Publié le 02 novembre 2016 par Daniel Leprecheur

Qu’en est-il exactement ?

Le portrait post-mortem : une mode victorienne

Durant la première partie du XIXème siècle, le daguerréotype s’impose comme une avancée capitale, qui annonce l’émergence sociale, technologique et artistique de la photographie. Le portrait devient très vite un phénomène de mode dans les milieux riches et bourgeois, … et cela jusque dans la mort.

En effet il devient rapidement de mise, dans les familles importantes, d’immortaliser les défunts sur leur lit de mort (on dispose par exemple de nombreux clichés d’hommes politiques décédés, ou d’auteurs comme Victor Hugo).

Cette tradition évolue vers des représentations qui imitent la vie. Les cadavres sont habillés et mis en scène dans leur milieu quotidien, avec leurs objets favoris. Assis sur un canapé, calés debout contre un portant spécialement destiné à cette scénographie, ils sont immortalisés dans une attitude ordinaire.

Leur proches n’hésitent pas à poser à leur côté : de nombreux documents iconographiques témoignent de véritables réunions familiales autour d’un parent, d’un enfant défunt. Les animaux domestiques étaient également ainsi honorés.

Outre la gestion du deuil, ces photographies d’un genre particulier constituaient souvent l’unique opportunité de conserver l’image du disparu, puisque la photographie était alors beaucoup moins usitée qu’aujourd’hui.

La photographie mortuaire aujourd’hui

Pratiquée telle quelle, comme une mise en scène de la mort, la photographie post mortem demeure utilisée en Europe de l’Est notamment. Il faut néanmoins reconnaître que cette coutume a perdu de son sens, avec notamment l’évolution de la notion de cadavre et du respect dû à la dépouille.

Aujourd’hui, qu’est-elle devenue ?

La photographie post mortem est désormais le fait principalement des médecins et scientifiques de la police médico légale, qui interviennent sur les lieux de mort violente et d’homicide, ainsi que durant l’autopsie. Leur but est d’identifier les victimes, de garder trace du positionnement des corps, de leurs attitudes, des lésions et blessures infligées, afin d’accumuler indices et preuves pour mener une enquête et étayer un procès.

On en retrouve également trace dans l’approche journalistique : on se souvient par exemple des photographies effectuées à l’ouverture des camps de concentration et qui ont révélé dans les journaux du monde entier les massacres perpétrés par les nazis ; on pense également aux clichés pris à Naples dans les grandes guerres entre clans mafieux, les images des cadavres des grands dictateurs exécutés comme Mussolini ou Saddam Hussein …

Citons également la survivance de la photographie mortuaire artistique avec le travail d’artistes comme Joël Peter Witkin ou Andres Serrano dont la série The Morgue datée de 1992 représente des corps de victimes photographiées dans un institut médico-légal, dans des attitudes qui évoquent les statues baroques italiennes du XVIIème siècle.

Le point de vue de la loi

Est-il aujourd’hui encore possible de photographier ses morts ?

En théorie rien ne s’y oppose, et toute personne est en droit de conserver le portrait d’un époux, d’un parent ou d’un enfant sur son lit de mort ou dans son cercueil.

Cependant il faut toujours garder en mémoire que le corps humain, même défunt, doit être respecté, ainsi que le stipule l’article 16-1-1 du Code civil, lui-même issu de la loi du 19 décembre 2008, relative à la législation funéraire.

Ce respect suppose par exemple que ces photos ne soient pas divulguées n’importe comment sur internet, ou vendues au plus offrant.

C’est alors qu’intervient le droit à l’image ainsi que le respect de la vie privée tel que l’expose l’article  9 du code civil. Photographier une victime de meurtre et diffuser ce cliché est à la fois inconvenant et irrespectueux du droit d’autrui. C’est aussi valable quand un paparazzi cherche à photographier une star défunte.


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