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La véritable origine de l’automne (53)

Publié le 02 novembre 2016 par Nicolas Esse

Ève se pencha vers le serpent et lui parla tout bas. En guise de réponse, Satan se contenta de hausser les anneaux. Suivit un moment de silence où Dieu sembla réfléchir.
– Est-ce que c’est vrai, Ève, tu veux vraiment partir d’ici ?
– Mais non, elle veut rester, c’est clair. Le vrai problème, c’est Adam. Qui accepterait de vivre avec lui jusqu’à la fin des temps ? Personne, surtout pas elle : vous l’avez regardée, la première femme ? Elle n’a besoin de personne, même pas de Dieu.
– C’est vrai, Ève, que tu n’as pas besoin de Moi ?
– Pas vraiment. Pas tout le temps.
– C’est plutôt reposant, non, quelqu’un de libre et d’indépendant. Ça change du gros bébé.
– Le gros bébé ! Quel gros bébé ?
– Le gros bébé qui pleure tout le temps. Le gros bébé qui a toujours mal à son petit serpent.
– Tes écailles, je vais te les faire bouffer en salade !
– TAIS-TOI ADAM, tais-toi ou je ne réponds plus de Moi. Taisez-vous tous.
Toi, le serpent, pour être monté sur l’arbre et avoir détaché le fruit de sa branche, tu ramperas éternellement. Tu glisseras sans bruit sur le sol. Parfois les gens te marcheront dessus. Tu les mordras alors, par réflexe, pour te défendre, et parfois tu les tueras sans raison. Ils te haïront pour ça. Ils te chasseront. Ils t’enfermeront dans des cages de verre. Tu seras l’animal le plus détesté de la terre. Et quand tu seras mort, ils t’exhiberont aux yeux de leurs enfants, étendu et inerte, pour que leur peur se transmette de génération en génération.
Adam ! Adam. Toi, je vais te mettre au travail. Là où tu vas, il n’y a pas de rivière où coulent le lait et le miel. L’herbe est rare, les arbres peu nombreux et les animaux courent bien plus vite que toi. La terre est dure, là où tu vas. Tu passeras des heures penché sur elle, à creuser, à gratter, pour qu’elle te donne à peine de quoi manger. Pour boire aussi, tu devras creuser, chercher un filet d’eau dans les profondeurs de la terre. Tes jambes te feront mal. Tes bras te feront mal. Tes mains saigneront. Le soir, quand tu te coucheras, tu seras si fatigué que tu n’auras même plus la force de te plaindre. Tu dormiras peu et tu seras encore plus fatigué quand tu te réveilleras. Tes jours s’écouleront, toujours gris, toujours pareils, sans saveur, sans odeur, sans rien qui te fasse espérer en un lendemain.
Quant à toi, Ève, lorsqu’ils auront enfin détruit tout ce qui vit ici, tu maudiras le jour où tu as mis au monde le premier de tes enfants.



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