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White trash (John King)

Publié le 03 novembre 2016 par Despasperdus

« Il est naturel que les gens essaient d'améliorer leur sort. Cela il l'accepte, aussi insignifiantes que soient leurs victoires, quand on les compare aux victoires des héros. Il souhaiterait que l'humanité soit délivrée de toute souffrance, mais il est réaliste. La vie est un combat, ainsi va le monde. La sélection naturelle est une loi de base. Cliché certes, mais non moins vrai : la vie est injuste. Aucune révolution n'y changera rien. Il y aura toujours des leaders, comme il y aura toujours ceux qui se laissent mener avec reconnaissance. Faute d'hommes instruits prêts à faire des sacrifices, toute la civilisation tomberait en ruine »

On retrouve une vieille connaissance, John King, auteur notamment de Human punk. White trash - "raclure blanche" - se passe dans l'Angleterre post Thatcher-Blair. Il s'agit d'un roman à deux voix où l'on suit le cheminement de deux pensées intérieures. Le contraste entre ces deux pensées est fascinant : deux univers totalement étrangers.

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« Ce sont des gens du peuple. Ordinaires. Sujets à la sentimentalité et à des accès de colère et de joie. Ils vivent et ils aiment et cela semble leur suffire. Quelle est leur ambition ? Leur ambition réelle. Non pas des espoirs en modèle réduit mais des rêves de grandeur nature. Il entend que ces gens ont certains rêves mais ils sont d'une telle petitesse qu'ils en sont insignifiants. Ils passent leur vie à travailler pour devenir propriétaires d'un modeste foyer comme si cela les distinguait de ceux qui louent. Ils habitent des appartements. Des maisons mitoyennes. Dénigrent le travail manuel et lui préfèrent le travail dans un bureau alors qu'ils viennent des mêmes quartiers. Ce snobisme est amusant, bien entendu, mais tout à fait ridicule. Les masses n'ont pas de pouvoir mais sont si stupides qu'elles se battent pour les miettes qu'on leur lance d'en haut. Cette étroitesse d'esprit le remplit d'un profond dégoût. Le cadenas de sa vie est bien plus large que celui du commun des mortels qu'on croise dans la rue. »

Les deux travaillent dans un hôpital public de la banlieue londonienne. Ruby, jeune infirmière célibataire, et M. Jeffreys gestionnaire missionné par le gouvernement pour "améliorer" la gestion de l'établissement. L'une est issue d'un milieu modeste, elle apprécie sa vie, ses amis et accomplit son travail avec conscience et dévotion malgré des conditions de travail déplorables. L'autre est l'archétype du fils de bourgeois qui après de bonnes études, est devenu haut fonctionnaire. Ce dernier fait montre de courtoisie pour être apprécié par les "petits employés" même si cela lui en coûte, car derrière son sourire avenant se cache un être pétri d’orgueil qui ne cesse d'intellectualiser ce qu'il voit et fait, de pontifier intérieurement sa vie et son œuvre, et de juger avec mépris ceux qui n'appartiennent pas à sa classe sociale.

« Jonathan a beaucoup d'admiration pour les valeurs américaines sur le lieu de travail. Beaucoup plus que pour la culture qu'il trouve superficielle, fondée sur la quantité que de la qualité, en revanche le dévouement américain à la libéralisation de l'économie de marché compense largement ce manque de finesse. Que la qualité laisse à désirer n'a rien de surprenant. Pas de liberté de consommation sans que la qualité en souffre. Les masses s'expriment à travers leur consommation et l'offre répond à la demande, interprète et met en boite leurs goûts bas de gamme. A quoi bon servir du caviar à un cochon»

Deux archétypes opposés. Ruby est proche de ses patients, elle fait preuve d'empathie, peut-être parce que sa mère souffre de la maladie d’Alzheimer. Elle est peinée par la mort d'un vieux patient parce qu'elle aimait échanger avec lui, l'écouter lui raconter certains épisodes de son existence de marin et d'ouvrier engagé. Quant à Jonathan, il apprécie sa position sociale, sa carrière, son hébergement temporaire à l'hôtel, son autonomie au travail inhérente à ses missions d'auditeur-gestionnaire.

« c'était un syndicaliste convaincu... un socialiste pur et dur... il voulait dire aux gens qu'il n'y avait aucune honte à être socialiste... rien à voir avec le communisme... il n'en revenait pas de la vitesse à laquelle on oubliait... ça le mettait dans tous ses états... il avait vu le bolchévisme à l'Est... les nazis à l'Ouest... la chute de l'ancien impérialisme et l'avènement d'une nouvelle version plus efficace... il s'inquiétait des changements des vingt dernières années... la plupart des gens ne savaient pas que les allocations, il avait fallu se battre pour les obtenir... ils croyaient peut-être que c'était un cadeau généreux... de la reine... ou des grosses boites... combien d'entre eux connaissaient le nom de quelqu'un comme Bevin... mais Ron n'était pas amer... le capitalisme avait gagné... l'étau se resserrait... il n'y pouvait rien... mais il avait pris du plaisir à ralentir tout ça... il fallait qu'il passe à autre chose... »

John King a brossé le portrait des deux pôles opposés d'un aimant, l'une pleine d'humanité, l'autre d'un cynisme absolu. Si White Trash est passionnant grâce à cette opposition qui permet d'appréhender si différemment le monde, il le devient plus encore quand, dans son dernier quart, le récit se transforme de manière inattendue en thriller .

Un roman à ne rater sous aucun prétexte.


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