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Sur la démocratie directe

Par Roger Garaudy A Contre-Nuit

Sur la démocratie directe
Il doit être clair [...] que la « démocratie
directe » est un concept-limite, l'horizon de notre
combat. Nous ne sommes ni des anarchistes ni des
utopistes : la participation directe, immédiate et
totale de chacun n'est pas possible à tous les
niveaux de la décision. Elle est toujours possible et
nécessaire dans les unités de base. Mais même la
démocratie représentative se trouve transformée
lorsqu'elle se fonde, à la base, sur une démocratie
directe. En outre les techniques modernes d'information
et de communication permettent de plus en
plus de la faire pénétrer à des niveaux de plus en
plus élevés. Ce contre quoi nous combattons c'est la
conception dualiste de principe qui distingue, dès le
départ, ceux qui «savent» et ceux qui ne savent
pas, et érige en principe le dualisme de dirigeants
et de dirigés, les premiers apportant « du dehors »
la conscience révolutionnaire aux seconds.
La condition primordiale est que les masses prennent
conscience des possibilités nouvelles, que chacun
se sente personnellement responsable de les
mettre en oeuvre et de les réaliser.
Pour prévenir toute interprétation caricaturale
de la «démocratie directe», il est important d'en
donner une définition précise :
1) II y a démocratie directe lorsque à chaque
niveau les dirigeants ne présentent pas au niveau
inférieur des solutions préfabriquées auxquelles
il faut répondre par oui ou par non, comme dans
un référendum, une élection ou un congrès du
parti; lorsque la base n'est pas appelée à signer
un chèque en blanc à un président de la République
ou à un dirigeant qui réglera pendant plusieurs
années les problèmes dont dépend notre
destin; mais au contraire lorsque à chaque niveau
existe la possibilité réelle de participer effectivement
à la décision et à l'élaboration des décisions.
2) Il y a démocratie directe lorsque la base peut,
à chaque instant, montrer les conséquences des
décisions prises et intervenir efficacement auprès
des échelons les plus élevés.
3) Il y a démocratie directe lorsque chaque
citoyen ou chaque militant dispose d'informations
complètes pour faire son choix et prendre sa
décision.
4) Il y a démocratie directe lorsque à la hiérarchie
à sens unique et à la délégation de pouvoir
à un dirigeant tenu pour omniscient, se substitue
un dialogue permanent et opératoire entre
la base et le sommet.
Cette démocratie-là est la seule qui soit en harmonie
avec l'état actuel des forces productives,
des sciences et des techniques.
Ce qui est vrai de l'entreprise, et qui exige la
pleine efficacité des techniques nouvelles, est vrai
de tous les groupes humains, qu'il s'agisse de
l'Etat, des partis ou des syndicats.
Mais ce n'est pas sous la seule poussée des forces
productives, des sciences et des techniques que se
réalisera automatiquement une telle démocratie.
Un changement radical des rapports de production,
des rapports de classe et du régime de propriété
est nécessaire. Seul le socialisme peut conduire
à son terme la logique d'une telle démocratie
qui demeure impossible tant que subsiste le privilège
patronal de commander ou de déléguer son
pouvoir de commandement. La suppression de la
propriété privée des moyens de production est la
condition nécessaire mais non suffisante de cette
démocratie.
La deuxième condition étant celle que nous
avons exposée tout au long de ce chapitre : l'élaboration
d'un modèle nouveau de démocratie
socialiste et sa réalisation déjà à l'intérieur de
tout parti visant à construire le socialisme.
Dans cette levée de type nouveau chacun a place,
quel que soit son syndicat son parti ou sa religion;
y ont place aussi les non-syndiqués, les sans-partis,
les incroyants, à la seule condition qu'ils veuillent
participer à la tâche commune : la réalisation de ce
socialisme d'autogestion et d'autogouvernement.
Nous ne proposons pas une tâche facile ni une
bataille gagnée d'avance. Lorsque pendant des siècles
les hommes ont été dirigés, manipulés par des
régimes de classe, des gouvernements, des états-majors,
des directions, des parlements, des partis,
ce n'est pas une chose simple que de stimuler les
initiatives de la base, pour que chacun participe
activement, effectivement, à part entière à l'invention
et à la réalisation du futur, à la création de son
propre destin.
C'est pourtant la tâche essentielle que nous
impose notre époque, et c'est pourquoi nous appelons
à commencer cette longue marche vers un véritable
socialisme d'autogestion, cette Longue Marche
pour la reconquête de l'espoir.
Roger Garaudy
Reconquête de l’espoir
Grasset 1971
Pages 101 à 104
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