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Fillon et le choc libéral des candidats à la primaire de droite

Publié le 21 novembre 2016 par Raphael57

Fillon et le choc libéral des candidats à la primaire de droite

La victoire de François Fillon lors de ce 1er tour de la primaire de droite est non seulement une surprise mais surtout un coup de pied dans la fourmilière du politiquement correct. En effet, à force de répéter qu'Alain Juppé gagnerait cette primaire et affronterait Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle en 2017, les médias ont omis que les sondages pouvaient être déjoués par la réalité comme aux États-Unis, comme au Royaume-Uni, comme en Colombie, comme...

Dans ce billet, je vais revenir sur une proposition qui semble faire consensus à droite (et curieusement aussi dans ce qui reste de Parti socialiste dans ce pays), à savoir réduire massivement la dépense publique dans le but d'abaisser le déficit public et la dette publique. Beaucoup de public donc dans cette proposition, qu'il va falloir examiner de près !

Les résultats surprenants du 1er tour

C'est peu dire que dimanche soir le grand perdant fut Nicolas Sarkozy et qu'Alain Juppé en est sorti sonné :

Fillon et le choc libéral des candidats à la primaire de droite

[ Source : Europe 1 ]

Les programmes des candidats à la primaire

J'ai trouvé une infographie sur Nice Matin qui résume à peu près l'essentiel du programme des uns et des autres (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

Fillon et le choc libéral des candidats à la primaire de droite

[ Source : Nice Matin ]

Si vous souhaitez connaître les détails des différents programmes, il vous suffit par exemple de consulter cette page du Figaro qui vous permet de créer votre petit comparateur personnalisé, ce que j'ai fait pour les besoins de ce billet.

Pour ma part, bien qu'il y ait tant à dire sur toutes les facettes des programmes, comme annoncé plus haut je vais me concentrer sur la réduction de la dépense publique et l'éternelle question de la dette publique. Voici ce que proposent les candidats, tout d'abord du côté des dépenses puis des recettes (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

Fillon et le choc libéral des candidats à la primaire de droite

[ Source : Le Figaro ]

Fillon et le choc libéral des candidats à la primaire de droite

[ Source : La Croix ]

Au total, la plupart des candidats proposent une baisse drastique des dépenses publiques, conjuguée assez curieusement à une baisse des recettes fiscales (abaissement du taux d'impôt sur les sociétés, des droits de succession, suppression de l'ISF, etc.). Bref, le cocktail idéal pour que le déficit public ne se réduise pas et que l'endettement public continue sa progression.

Pourquoi un tel programme est-il voué à l'échec ?

Rappelons tout d'abord que cette volonté de réduire drastiquement les dépenses publiques pour abaisser le déficit public sous les 3 % du PIB est l'alpha et l'oméga des politiques économiques européennes depuis au moins trois décennies, avec les résultats que l'on connaît et dont j'ai souvent rendu compte sur ce blog et dans un des chapitres de mon précédent livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées aux éditions Ellipses. J'avais même publié une tribune dans Le Monde pour alerter sur les conséquences de ce mauvais remède apporté à un mauvais diagnostic.

Hélas, je suis forcé de constater que nombreux sont encore les politiques persuadés que la crise est la résultante d'un endettement excessif des administrations publiques. D'où la multiplication des règles et autres corsetages imposés par l'ordolibéralisme allemand (TSCG, "six-pack", "two-pack", etc.), et repris comme un mantra par la majorité des dirigeants européens.

Pour résumer mon propos pour ceux qui n'auraient pas envie de lire mon livre ou les nombreux billets de blog que j'ai consacrés à la question, on peut dire que ces politiques de coupes drastiques dans les dépenses publiques procèdent d'une incompréhension du rôle de l'État dans le fonctionnement économique d'une nation. Il est en effet facile de répéter que les dépenses publiques représentent 57 % du PIB en France, ce qui place notre pays quasiment en tête du classement des pays européens selon ce critère.

Mais qui expliquera que ce niveau de dépense trouve son origine essentiellement dans des choix de société faits par un État qui demeure, qu'on le veuille ou non, jacobin ? Qui expliquera que les dépenses publiques correspondent moins à du fonctionnement (salaires, électricité, loyers, etc.) comme certains le laissent insidieusement penser, qu'à des dépenses au service de l'intérêt général (infrastructures, services publics, etc.) ? Qui expliquera que la différence entre fonctionnement et investissement n'est que très peu pertinente en comptabilité publique, en ce sens que le salaire d'une infirmière est comptabilisé en fonctionnement alors qu'il représente assurément un investissement ? Qui expliquera qu'une grande partie des dépenses de l'État sont des transferts vers d'autres agents économiques comme les collectivités (Dotations...) et que par conséquent, couper ces dépenses revient à condamner nos communes et nos départements à ne plus assurer leurs missions sociales dans le cadre de l'État providence ?

Alors bien sûr nul ne peut nier l'existence de dysfonctionnements à certains endroits, dans certains services. Mais on ne voit pas très bien comment les choses pourraient aller mieux avec 110 milliards de coupes budgétaires et 500 000 emplois publics en moins. En lieu et place d'une véritable réorganisation de la fonction publique et d'une mise à plat des missions poursuivies par l'État, le gouvernement à venir se contentera comme les autres de passer un coup de rabot sur les dépenses en espérant que cela réglera les problèmes... ce qui peut hélas améliorer les chiffres à très court terme et donner l'illusion d'une politique efficace.

Mais à long terme, horizon qui n'est jamais l'objet des discours politiques actuels, la réalité nous reviendra en pleine figure lorsque l'État aura été totalement désorganisé et sera dès lors incapable de remplir ses missions même régaliennes ! Et si cette politique du chiffre doit conduire à privatiser le système de santé pour faire baisser les dépenses de santé, je crains que les patients en paient le prix fort dans quelques années lorsque les objectifs de rentabilité, qui existent par ailleurs déjà dans les hôpitaux avec le résultat qu'on sait (pensez aux effets de la T2A...), seront la norme.

Enfin, le choix de baisser parallèlement les impôts des uns tout en augmentant la TVA pour tous (ce qui n'est rien d'autre qu'une forme de TVA sociale à laquelle j'ai consacré un chapitre dans mon livre Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées, car cette TVA est un très vieux serpent de mer...) est curieux, car il revient à plomber la consommation au moment où elle commence déjà à tousser.

Mais j'imagine que dans les concepteurs de ce programme économique, on en est resté à la bonne vieille antienne "trop d'impôt tue l'impôt" qui préside à toutes ces mesures et qui n'a jamais fonctionné, même pas aux États-Unis sous Reagan, et que Trump a également sortie du formol. À l'arrivée, ce genre de politique s'achève en général par une augmentation du déficit public puis de la dette publique...

Fillon et le choc libéral des candidats à la primaire de droite

[ Source : Le Figaro ]

En définitive, c'est bien un choc libéral de grande ampleur que nous promet François Fillon (report de l'âge de la retraite à 65 ans, retour aux 39h dans la fonction publique, négociation du temps de travail dans le privé, 110 milliards de baisses de dépenses publiques, réduction des impôts sur les entreprises, révision des seuils sociaux, etc.) doublé d'un conservatisme sur les questions de société (universalité des allocations familiales, restriction pour la PMA, retour du récit national, etc.).

Certains évoquent même depuis quelques jours le côté thatchérien du programme économique de François Fillon. Mais qui se souvient encore qu'au mois de juin dernier les Britanniques ont rejeté le libéralisme en votant pour le Brexit ? Et qui se souvient encore que dès sa nomination au poste de Premier ministre, Theresa May a annoncé une politique industrielle interventionniste au Royaume-Uni à des années-lumière de celle de la Dame de fer ?

Mais je prends d'ores et déjà le pari qu'à la primaire de gauche, on entendra bon nombre de candidats répéter inlassablement le même catéchisme sur la nécessité de baisser les dépenses publiques...


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