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Toronto 2016 : Snowden, héros ordinaire aux mains d’Oliver Stone

Publié le 10 septembre 2016 par Stenograf

Quand l'image d' Edward Snowden (le vrai) est apparue sur l'écran du Roy Thomson Hall, la grande salle du Festival de Toronto, le 9 septembre, à la fin de la projection de Snowden, d'Oliver Stone, la salle l'a applaudie. S'il n'en tenait qu'au public canadien, l'ex-employé de la NSA obtiendrait l'asile sur les bords du lac Ontario.

Ces applaudissements témoignaient aussi d'une cruelle réalité. Snowden, tel que l'ont écrit Stone et son coscénariste Kieran Fitzgerald, tel que l'interprète Joseph Gordon-Levitt est un homme ordinaire qui échappe à cette banalité par un acte hors du commun. La singularité et l'importance de cet acte se mesure bien mieux en voyant à l'écran le vrai Edward Snowden qu'en admirant la performance d'un acteur hollywoodien, aussi consciencieux et intelligent qu'il soit. D'où le prodigieux intérêt du documentaire de Laura Poitras, Citizenfour, tourné en grande partie à Hongkong dans la chambre d'hôtel où s'était caché Snowden après sa fuite en 2013.

Cette première mondiale du film d'Oliver Stone était patronnée par une compagnie téléphonique, Bell, dont les nombreux invités ont ovationné aussi énergiquement le nom du mécène que celui de l'homme qui a mis en lumière la complicité entre les agences de renseignements et les grandes sociétés de communication. Au rayon des contradictions, on a remarqué au générique que le film était adapté de deux livres, celui de Luke Harding, journaliste au Guardian, The Snowden Files et celui d'Anatoly Kucherena, avocat russe de l'ex-espion américain, The Time of the Octopus, un roman qui évoque la rencontre entre un fugitif américain et un avocat russe, dans un aéroport, épisode totalement absent du scénario.

Selon le New York Times, les tractations qui ont permis à l'équipe de Stone de tourner à Moscou les plans qui concluent le film ont ont été menée avec maître Kucherena qui a, par le passé, été compté au rang des fidèles de Vladimir Poutine. Lors de la conférence de presse organisée ce 10 septembre, Oliver Stone a répondu à un journaliste moscovite qui l'interrogeait à ce sujet qu'il n'avait fait aucune concession aux autorités russes pour accéder à Edward Snowden.

Joseph Gordon-Levitt, qui a parfaitement assimilé l'élocution un peu pédante d'Edward Snowden, sa raideur, a dit son admiration pour le " patriotisme " de son modèle, un patriotisme " qui demande des comptes au gouvernement ". Oliver Stone, qui a servi dans l'infanterie au Vietnam, fait grand cas dans le film de la tentative de Snowden pour intégrer les Marines (il a été réformé après s'être cassé les deux jambes), mais l'enthousiasme du réalisateur quant à la possibilité de voir son pays s'amender semble s'être émoussée depuis l'époque de Né un 4 juillet.

" Il fut un temps où Snowden aurait pu demander l'asile en Suède, en Allemagne, au Canada, a-t-il fait remarquer. Aujourd'hui nous vivons dans un monde plus américain ". De fait, le montage financier du film a été difficile et ne s'est fait que grâce à des apports européens (dont le vendeur international français Wild Bunch). Et tout en espérant que le film aidera au retour d'Edward Snowden aux Etats-Unis, Oliver Stone s'est montré très sceptique quant à un éventuel pardon présidentiel accordé par Barack Obama avant son départ de la Maison Blanche : " Nous vivons dans le plus grand système de surveillance qu'on ait jamais connu, et c'est lui qui a construit ce monde. "

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À propos de Thomas Sotinel

Toronto 2016 : Snowden, héros ordinaire aux mains d’Oliver Stone

Thomas Sotinel, né en 1958, entré une trentaine d'années plus tard au service culture du "Monde" pour écrire sur le rock depuis Paris, parti à Abidjan pour couvrir l'Afrique de 1996 à 1999. Depuis le début du siècle, est rémunéré pour s'enfermer dans les salles obscures, aller de festival en festival en passant par les plateaux de cinéma.

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