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Le système éducatif français est-il vraiment si inégalitaire que cela ?

Publié le 31 août 2016 par Lagafr

Régulièrement quand sortent les études PISA, on peut entendre des avis divergents sur la position de la France dans les comparaisons internationales de l’OCDE. Entre autres, il y est dit que la France ne s’en sort pas si mal si la comparaison se limite aux pays européens ou encore que les inégalités sociales ne sont pas plus fortes qu’ailleurs, notamment si on compare la France à des pays de population et de taille identique. Qu’en est-il vraiment ?

Pour ce qui est de la performance moyenne, en soi, ce constat n’est pas erroné. La France se situe au niveau de la moyenne OCDE selon les résultats de l’enquête OCDE-PISA 2012, aussi bien quand les élèves de 15 ans sont évalués sur les mathématiques que sur les autres matières. Et même si la France a vu le taux d’échec scolaire augmenter depuis 10 ans, elle est toujours capable de produire une élite forte. Par exemple, à l’âge de 15 ans, environ un tiers des élèves scolarisés sont performants en mathématiques (au-dessus du niveau 4 dans PISA 2012), ce qui situe la France bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE. La situation n’est donc pas si catastrophique que ce que l’on peut lire et entendre parfois.

En ce qui concerne les inégalités sociales, le constat est bien différent. Elles se creusent depuis dix ans et sont bien plus prononcées en France que dans la plupart des pays de l’OCDE, qu’ils soient de taille identique ou non. En France, les élèves de 15 ans issus de familles défavorisées sont ainsi trois fois plus susceptibles d’être en échec scolaire. Pour illustrer cette réalité fort préoccupante, le graphique ci-dessous est éloquent et à mon sens le plus instructif sur ce thème. C’est du moins celui que j’utilise régulièrement lorsque je communique sur ce sujet.

Graphique : Performance en mathématiques des élèves de 15 ans par décile du statut socio-économique de leurs parents (PISA 2012)

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Les pays sont classés par ordre croissant du score des 10 % des élèves ayant le statut socio-économique le plus élevé. Source : OCDE, Base de données PISA 2012.

Le graphique met en évidence que les écarts de performance des élèves de 15 ans selon le niveau socio-économique de leurs parents sont en France parmi les plus marqués au sein des pays de l’OCDE. Sur les 34 pays membres de l’OCDE, la France se classerait ainsi 27ème si la comparaison en mathématiques portait uniquement dans chaque pays sur les 10% des élèves de 15 ans issus des milieux les plus défavorisés (dernier décile). Seuls le Chili, la Grèce, la Hongrie, Israël, le Mexique, la République slovaque et la Turquie obtiennent dans ce cadre de moins bonnes performances. A contrario, la France se classerait en 8ème position sur 34 si la même comparaison portait cette fois-ci uniquement sur les 10% d’élèves de 15 ans issus des milieux les plus favorisés (premier décile).

Le gain au classement est considérable, l’écart entre les deux groupes atteint 150 points (contre 117 points en moyenne dans l’OCDE), sachant que 39 points dans l’enquête PISA équivalent à une année de scolarité.Le système scolaire français est donc bel et bien inégalitaire, c’est indiscutable. C’est un constat plus que préoccupant, qui place la France en retard sur ce thème par rapport à la plupart de ses voisins européens.

Réduire la fracture scolaire doit être une priorité et il faut reconnaitre que nombre de reformes (discutés sur ce blog depuis plus de 2 ans) sont entreprises en ce sens (renforcement du volet pédagogique de la formation des enseignants, révision des programmes et élaboration de cycles de 3 ans, investissement plus conséquent dans le primaire et dans l’éducation prioritaire, valorisation de la formation professionnelle, limitation du redoublement pour davantage personnaliser les apprentissages, etc.).

Alors certes, c’est un chantier de grande envergure mais les inégalités sociales en France ne doivent pas être ignorées, minimisées ou encore considérées comme une fatalité ! D’ailleurs, selon PISA 2012, des pays comme l’Allemagne, la Pologne et le Portugal sont devenus plus égalitaires entre 2003 et 2012 en axant justement nombre de leurs réformes sur la réussite des élèves en échec scolaire ou issus des milieux défavorisés. Il est donc possible de s’améliorer. Mais pour cela, il faut en faire un axe de réforme prioritaire et de long terme.


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