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Comment valoriser les filières professionnelles au lycée ?

Publié le 06 février 2015 par Lagafr

Le rapport intermédiaire de Regards sur l’éducation est sorti il y a à peine deux semaines (http://www.oecd.org/fr/edu/RSE-Rapport-Intermediaire.pdf) et confirme une nouvelle fois les difficultés d’insertion professionnelle des plus jeunes et des moins qualifiés en France.

Pourtant, la première lecture de ce rapport est plutôt positive. En effet, contrairement à l’idée reçue largement répandue, les jeunes français sont moins nombreux que leurs voisins de l’OCDE à quitter le système d’éducation sans diplôme ou avec des qualifications minimales. Ainsi, en 2013, seulement 11% des jeunes français de 15-19 ans ne sont plus scolarisés contre 13 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Ce chiffre plutôt encourageant ne doit pas néanmoins masquer une autre réalité cette fois moins réjouissante : sortir prématurément du système éducatif se traduit bien souvent en France par une précarité sur le marché de l’emploi. Parmi les 15-19 ans qui ne sont pas scolarisés en France, 73 % d’entre eux sont au chômage ou inactifs contre seulement 52% en moyenne dans les pays de l’OCDE.

On comprend alors aisément l’importance d’agir pour offrir davantage d’opportunités d’insertion ou de retour à l’éducation aux 150 000 jeunes qui sortent chaque année de l’école sans aucune qualification. C’est pourtant l’inverse qui se produit. En moyenne, en 2011, le pourcentage de jeunes adultes sans diplôme de 25 à 29 ans en formation, était de 7% parmi les pays de l’OCDE contre seulement 1 % en France. Cette proportion dépassait même 10% en Allemagne, au Danemark, en Finlande, en Islande, aux Pays-Bas, au Portugal, en Slovénie et en Suède.

Dans ces pays, la sortie sans diplôme n’a rien de définitif et les programmes de seconde chance sont particulièrement développés. À titre comparatif, en France,  les écoles de la deuxième chance destinées aux jeunes de 18 à 25 ans sans diplôme et sans qualification professionnelle ont accueilli en 2012 seulement 13 036 jeunes. Pire encore, 19 % des participants ont abandonné ce programme avant l’obtention du diplôme. Ce qui rend le dispositif coûteux et difficile à étendre à l’ensemble des jeunes sans qualification tant qu’il ne sera pas de meilleure qualité.

Permettre aux moins qualifiés d’obtenir une seconde chance et d’acquérir certaines compétences de base est primordial, valoriser les filières professionnelles au lycée (CAP, BEP ou baccalauréat professionnel pour la France) l’est tout autant. Pourtant, il ne faut pas se mentir, ces filières cumulent deux problèmes majeurs en France : elles  ne débouchent pas assez souvent sur des emplois qualifiés et n’offrent aux diplômés que des chances limitées de poursuites d’études alors même que certains programmes (DUT, BTS) sont censés les accueillir.

Les formations professionnelles sont davantage valorisées ailleurs. Ainsi, un diplôme de l’enseignement secondaire en filière professionnelle augmente les chances de trouver un emploi par rapport aux filières générales (incluant baccalauréats technologique et général en France) dans tous les pays de l’OCDE sauf en Finlande, en France et en Suède. L’écart dépasse même 10 points de pourcentage en Allemagne, au Danemark, en Italie et au Luxembourg (graphique 1).

Graphique 1 : Taux d’emploi des adultes âgés de 25 à 64 ans  diplômés du deuxième cycle du secondaire (Baccalauréat ou équivalent), selon la filière d’enseignement (2013)

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Il est indéniable que ces filières manquent de considération en France, en premier lieu de la part des entreprises, qui estiment souvent que les diplômés ne sont pas suffisamment qualifiés à la fin de leur cursus pour être directement opérationnels. C’est également le cas de la part du système éducatif puisque l’on retrouve bien souvent dans ces filières des élèves cumulant les plus grandes difficultés scolaires. A contrario, dans les pays où les filières professionnelles  sont valorisées par le marché de l’emploi, on observe une plus grande exigence dans le contenu des programmes.

De plus, le monde du travail et celui de l’éducation travaillent en étroite collaboration. Dans ces pays, l’apprentissage dans le cadre scolaire est ainsi largement combiné avec un apprentissage en entreprise. Ce type de formation dite « en alternance » est par exemple particulièrement développé en Allemagne, en Autriche, au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Suisse. Le fait de combiner, dans le cadre institutionnel, un apprentissage en milieu scolaire et un apprentissage en entreprise et d’encourager la participation active des parties prenantes, favorise l’intégration des élèves sur le marché du travail.

Une mesure s’impose donc en France : renforcer le partenariat entre les entreprises et les établissements scolaires. Jusqu’à présent, ces deux entités étaient trop éloignées l’une de l’autre alors que la réussite ne peut passer que par l’établissement d’une stratégie commune. Les bonnes pratiques au sein des pays de l’OCDE sont nombreuses. Ainsi, trois mesures mises en avant dans le rapport de l’OCDE « Formation et emploi : relever le défi de la réussite » s’imposent pour améliorer la qualité des filières professionnelles au lycée et consistent à :

  • Impliquer employeurs et syndicats dans l’élaboration des programmes des filières professionnelles et ne pas délaisser dans ces programmes les compétences générales (en calcul, lecture et écriture), gage de mobilité dans le déroulement de la carrière ;
  • Réformer les services d’orientation professionnelle afin que tous les élèves puissent obtenir des conseils utiles. Il s’agit de réfléchir à la profession de conseiller d’orientation et à son lien avec le monde du travail, et de mettre à la disposition des élèves des conseils et des services qui évoluent avec les changements du monde du travail ;
  • S’assurer que les enseignants et les formateurs ont une solide expérience professionnelle et qu’ils ont reçu une préparation, notamment pédagogique. Pour cela, il faut recruter suffisamment de formateurs et leur permettre d’actualiser leur connaissance des besoins des entreprises, en favorisant le travail à temps partiel en entreprise des formateurs mais également en facilitant le recrutement de professionnels au sein du corps enseignant.

Il devient problématique que les  seules filières professionnelles valorisées en France par le marché du travail soient celles de l’enseignement supérieur (IUT. BTS). Il convient donc de faire évoluer  les filières professionnelles au lycée pour qu’elles soient plus en phase avec les évolutions de la société  et du marché du travail. Aujourd’hui, on a cette étrange impression que le passage au collège unique en 1975 a fait oublier à la  France qu’une formation professionnelle de qualité pouvait aider à combler les pénuries observées dans certaines branches sur le marché du travail et contribuer en finalité à la croissance économique du pays.

Les filières professionnelles au lycée doivent cesser d’être considérées comme une voie de relégation que l’on choisit uniquement quand on a des difficultés scolaires. Elles doivent être exigeantes, offrir de meilleures perspectives d’emploi, mais également de meilleures opportunités pour ceux qui souhaiteront poursuivre leurs études si les résultats le leur permettent. Cette transformation ne pourra se faire que si les acteurs de l’éducation et ceux du monde de l’entreprise se mettent autour d’une table pour initier un dialogue constructif débouchant sur un véritable partenariat qui sera une première pierre posée pour améliorer la situation actuelle.


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