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L’Argentine Susana Malcorra brigue le secrétariat général de l’ONU

Publié le 02 juin 2016 par Frontere
Le ministre brésilien des relations extérieures, José Serra, rend visite à son homologue argentine, Susana Malcorra, à Buenos Aires, le 23 mai.

Le ministre brésilien des relations extérieures, José Serra, rend visite à son homologue argentine, Susana Malcorra, à Buenos Aires, le 23 mai.

Six mois à peine après avoir été nommée ministre des relations extérieures de l’Argentine, Susana Malcorra, 61 ans, est candidate à la succession de Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies. Etrange décision d’un gouvernement de centre droit qui a trouvé une diplomatie malmenée depuis des décennies par les péronistes qui se sont succédé à la tête de l’Etat.

« Le président Mauricio Macri a estimé que ma candidature était positive pour la projection internationale de l’Argentine », explique Mme Malcorra, de passage à Paris. Haute responsable de l’ONU de 2004 à 2012, elle sait pertinemment que la succession de Ban Ki-moon devrait échoir à un ressortissant de l’Europe de l’Est, selon le système de rotation géographique en vigueur dans les organismes onusiens. A ce titre, Irina Bokova, à la tête de l’Unesco, faisait figure de favorite.

« La rotation est une tradition, elle n’est pas une règle inscrite noir sur blanc dans les textes, rétorque Mme Malcorra. Lorsque des candidatures d’Europe occidentale et de Nouvelle-Zélande se sont déclarées, je me suis dit qu’il fallait occuper le terrain. Je pense que mon nom pourrait représenter l’Amérique latine. Il y a un mouvement positif dans cette direction. »

Une candidature latino-américaine est une gageure, à un moment où la région semble écartelée par des divergences et des tendances centrifuges. L’Argentine et le Brésil, dont la convergence de vues était minée par la concurrence et le protectionnisme, essayent de relancer une relation que les deux pays ont toujours considérée stratégique pour la stabilité de l’Amérique du Sud. « Nous avons travaillé avec la présidente Dilma Rousseff, comme avec l’actuel gouvernement intérimaire, assure Mme Malcorra. Le nouveau ministre brésilien des relations extérieures, José Serra, a réservé sa première visite à Buenos Aires. »

Le gouvernement argentin estime donc qu’il n’y a pas eu de « coup d’Etat » au Brésil, comme le prétendent Dilma Rousseff, Cuba, le Venezuela et leurs alliés ? « Nous avons suivi pas à pas les événements et nous estimons que les normes constitutionnelles ont été respectées, il n’y a eu aucune surprise, répond Mme Malcorra. Il n’y avait donc pas de raison de saisir à ce sujet l’Unasur [Union des nations sud-américaines], Mercosur [l’union douanière sud-américaine] ou une autre instance régionale ou internationale. »

Les droits de l’homme, une priorité

L’empilement d’organismes régionaux dans les Amériques, outre l’Organisation des Etats américains (OEA), la plus ancienne, ne brouille-t-il pas l’horizon ? « Certains gouvernements en ont une vision idéologique et voudraient que la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (Celac) remplace l’OEA, à cause de la présence des Etats-Unis dans cette dernière, répond Mme Malcorra. L’Argentine n’a pas une position philosophique pour ou contre tel organisme. Mercosur est plus économique, la Celac est plutôt politique. L’important est de trouver le cadre adéquat et les mécanismes pour régler les conflits, sans opposer une organisation à l’autre. L’OEA reste une force d’intégration de tout le continent, avec une expertise reconnue dans plusieurs domaines. »

Outre l’observation des élections, un des domaines où le système interaméricain a fait ses preuves, notamment à l’époque des dictatures militaires, est celui des droits de l’homme. Or, la Commission interaméricaine des droits de l’homme, ainsi que la Cour interaméricaine des droits de l’homme, qui dérangent beaucoup de pays de la région, et non des moindres, se trouvent menacées par manque de financement. Cela ressemble fort à une mesure de rétorsion de ceux qui ne voudraient pas rendre des comptes sur les violations des droits de l’homme commises sur leur territoire par les autorités ou des agents de l’Etat.

« Cette question devra être réglée à l’Assemblée générale de l’OEA, à Saint-Domingue, des 13 au 15 juin, soutient Mme Malcorra. Nous ne pouvons pas cesser d’avoir la défense des droits de l’homme comme une priorité. »

Qu’en est-il à ce propos du Venezuela ? « Les Vénézuéliens ont besoin de retrouver des mécanismes de dialogue pour faire face à la crise économique, politique et sociale, plaide Mme Malcorra. Le pouvoir exécutif, avec le président Nicolas Maduro, et le pouvoir législatif, avec l’Assemblée nationale à majorité d’opposition, doivent trouver une issue. L’un et l’autre ont la légitimité du suffrage universel. L’Argentine, le Chili et l’Uruguay ont déclaré leur disposition à intégrer un groupe de pays amis du Venezuela pour tenter de rétablir la confiance entre les deux parties. »

Selon la ministre, Buenos Aires et Brasilia soutiennent désormais une même proposition en vue d’un accord entre le Mercosur et l’Union européenne (UE), des idées pour une évolution du Mercosur et l’ouverture vers l’Alliance du Pacifique (Mexique, Colombie, Chili, Pérou). L’accord Mercosur-UE est un serpent de mer depuis seize ans. L’époque n’est pas favorable aux traités de libre-échange ni aux intégrations régionales, pas plus en Europe qu’en Amérique latine. La méfiance a remplacé l’espoir, le repli sur soi a miné les ouvertures, le nationalisme a substitué l’internationalisme, la xénophobie revient au galop, comme si elle correspondait à une seconde nature des hommes.

« Malgré les vents xénophobes qui soufflent par-ci, par là, le monde n’a jamais été aussi intégré, tempère Susana Malcorra. Il faut trouver de nouveaux équilibres entre les intérêts nationaux, les intérêts régionaux et l’intérêt général de l’humanité. Renoncer à un accord Mercosur-UE à cause des questions agricoles ou autres, serait une erreur historique. »

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