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Cet autre référendum qui inquiète Matteo Renzi

Publié le 23 juin 2016 par Ephemere

Les adversaires du premier ministre ne sont pas tous les cadors qu’ils croient être. Ni Matteo Salvini (patron de ligue du Nord), ni Luigi Di Maio ( la nouvelle star du Mouvement 5 étoiles), ni Renato Brunetta (vieux routier de Forza Italia), ni Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia, postfaciste), n’arrivent individuellement à la cheville du Premier ministre et ne peuvent prétendre le faire chuter de son piédestal. Mais, juchés sur les épaules des uns et des autres, ils le dépassent de plusieurs têtes; coalisés, comme ils l’ont fait lors du second tour des élections municipales le 19 juin, il peuvent lui faire mordre la poussière.

C’est une des grandes leçons de ce scrutin. A trop vouloir chercher la lumière, à trop se croire au-dessus de ses adversaires, à négliger les alertes qui lui venaient de l’intérieur même du Parti démocrate (PD, centre gauche) qu’il dirige, Matteo Renzi apparaît comme le principal artisan de sa défaite symbolisée par la perte de Rome et Turin au profit du Mouvement 5 Etoiles. Ce dernier remporte également 19 des 20 duels dans lesquels il était engagé contre le PD au second tour.

Voilà désormais que celui qui représentait le point fort de la gauche italienne, la tête de gondole de la social-démocratie européenne déclinante, un pôle de stabilité dans un pays en pleine reconstruction politique n’est même plus capable de faire gagner son parti à des élections locales. Le pouvoir use vite. Il y a deux ans, le PD raflait 40% des suffrages aux élections européennes. Un an plus tard, lors d’élections régionales partielles, Matteo Renzi était tellement certain de son triomphe qu’il jouait à la Playstation dans l’attente des résultats.

Vendredi 24 juin, il est sorti de son silence pour s’exprimer dans un long entretien au quotidien La Stampa pour reconnaître une nouvelle fois sa défaite (c’est assez rare pour être salué) et admettre qu’il devrait peut-être changer « de style et de ton ». Mais le plus dur reste à venir. En octobre, le Président du conseil a annoncé qu’il mettrait son mandat en jeu lors du référendum confirmatif sur la fin du bicamérisme. « Je confirme tout ce que j’ai dit », ajoute-t-il. Et s’il était désavoué? Ses adversaires y croient. Après l’avoir fait trébucher le 19 juin, ils le verraient bien tomber en automne.

De la Playstation à la roulette russe, il n’y a qu’un pas. Les référendums sont une arme à double tranchant comme on vient de le voir au Royaume Uni. En 1969, le Général de Gaulle avait lui aussi mis son titre en jeu dans une consultation populaire sur la régionalisation à laquelle les Français n’avaient rien compris. En revanche ils avaient bien saisi que l’occasion se présentait de se débarrasser d’un leader usé. Les Italiens – même s’ils ne s’ intéressent que de loin à ce qui n’est pas eux-mêmes – pourraient bien les imiter.

Philippe Ridet


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