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Le 6ème Prix des Lecteurs du Télégramme # 9

Publié le 24 mai 2008 par Lebibliomane


"La femme de l'Allemand" Marie Sizun. Roman. Editions Arléa, 2007.

Aussi loin que remontent ses souvenirs, la petite Marion a toujours eu conscience que quelque chose clochait dans sa vie. Sa mère, Fanny, qu'elle adore comme tout enfant est censé aimer celle qui l'a mise au monde, fait preuve à certains moments d'un comportement pour le moins inquiétant.
Ce sont de brusques accès d'irritation, des propos étranges, une conduite insolite, qui lui valent d'être traîtée médicalement et d'accomplir des séjours en hopital psychiatrique.
« Pourtant, dans le discours à mi-voix qu'il (le médecin) tient à la tante, un mot attire ton attention, un nom, le nom d'une maladie, la maladie de Fanny, sans doute, un joli nom, sonore et singulier, qui revient à plusieurs reprises : un nom en ose et en ive, compliqué ; il t'échappe, mais voilà qu'il revient, tu le saisis au vol : psychose maniaco-dépressive. C'est le terme qu'il emploie, et tu l'entends pour la première fois. »
Cette maladie que Fanny porte en elle était-elle inscrite dans ses gènes ? Ou est-elle est la conséquence d'un douloureux secret qui prend ses racines dans les années noires de l'Occupation ?
Car Fanny, à l'âge de dix-huit ans, étudiante aux Beaux-Arts, a rencontré puis aimé un jeune officier allemand. Cette relation, découverte et réprimée par la famille de la jeune femme, s'avérera sans suite, le jeune homme ayant disparu sur le front russe à la fin de la guerre.
Sans suite ? Quelques mois plus tard naîtra Marion.
Est-ce la douleur d'avoir perdu celui qu'elle aimait qui a fait basculer Fanny peu à peu vers la folie ?
Est-ce le refus de ses parents d'accepter que leur fille se compromette avec un représentant des forces d'occupation ? Peu à peu, l'état de Fanny s'aggrave au gré de ses déceptions professionnelles et sentimentales.
Quant à Marion, elle grandit auprès de cette mère, « la femme de l'Allemand », dont les périodes de rémission alternent avec des crises de démence qui l'obligent à effectuer des sejours plus ou moins longs dans des institutions psychiatriques. Lors de ces périodes d'internement, Marion est confiée à ses grands-parents et à sa tante Elisa. C'est auprès de celle-ci qu'elle découvrira la vérité sur ses origines, sur la figure de ce père absent qui ne cesse de la hanter. Mais elle retirera bien peu d'éléments sur la personnalité de celui-ci, ignorant jusqu'à son nom ainsi que les circonstances exactes de sa disparition.
Elle ne cessera pourtant, au cours des années, de tenter de percer ce mystère afin de faire toute la lumière sur ce secret honteux qui a poussé Fanny à se brouiller de manière définitive avec ses parents. Marion n'est-elle pas, après tout, « la fille de l'Allemand » ?
Avec ce roman, Marie Sizun nous conte une histoire douloureuse et bouleversante, un récit sur une relation mère-fille érigée sur des non-dits, sur l'image, comme une empreinte en négatif, d'un père inconnu et définitivement disparu. Elle nous relate ces sentiments d'amour, d'inquiétude,de défiance, puis de haine, et enfin de pardon, qui vont s'installer progressivement entre une mère et sa fille, toutes deux marquées à jamais par le sceau du destin et par le poids de l'absence de l'autre, qu'il soit le mari ou qu'il soit le père.D'une grande sensibilité, loin de tout effet mélodramatique, le texte de Marie Sizun nous renvoie à l' éternelle quête des origines au travers d'un récit superbement maîtrisé, d'une sobriété et d'une puissance narrative remarquables. Un très beau roman qui séduira, je n'en doute pas, celles et ceux qui auront apprécié « Lambeaux » de Charles Juliet ou encore « J'apprends » de Brigitte Giraud.
Les avis de Flo, d'Hélène, de Clarabel, de Sylire, de Marie, de Joëlle, de Chatperlipopette.


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