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Les poèmes de Robert de Montesquiou consacrés au Roi Louis II de Bavière (8): Corda

Publié le 27 décembre 2016 par Luc-Henri Roger @munichandco
Les poèmes de Robert de Montesquiou consacrés au Roi Louis II de Bavière (8): Corda Corda, un poème du Comte Robert de Montesquiou-Fezensac, publié dans son recueil  Les chauves-souris : clairs-obscurs, édité par G.Richard à Paris à partir de 1893. (Notre extrait: page 276 de l'édition remaniée de 1907).
Il s'agit du huitième poème d'une série tout entière dédiée au Roi Louis II de  Bavière et dont le titre général est REX LUNA (Le Roi lune)

Note de l'auteur à propos de la composition de CordaAu cours de cette pièce, l'oeil lettré distinguera sans peine par quel artifice prosodique d'une seule voyelle faisant, de deux en deux vers, chavirer la rime, l'auteur a tenté de représenter mécaniquement l'hésitation de ce caractère tout de soubresauts et de sursauts, d'anomalies et d'incohérences, ballotté du meilleur au pire, du suprême à l'extrême, d'une alternance incurable.

Le Comte Robert de Montesquiou(1855-1921)
Le comte Robert de Montesquiou, est un homme de lettres, un dandy et critique, né à Paris le 7 mars 1855 et mort à Menton (Alpes-Maritimes) le 11 décembre1921.  Poète, homosexuel et dandy insolent,  il aurait servi de modèle à des Esseintes dans À Rebours (1884) de Huysmans. Il fournit à Marcel Proust l'un des modèles du Baron de Charlus dans À la recherche du temps perdu, ce qui le rendit furieux malgré les dénégations de Proust. (Plus sur Wikipedia, source de cette introduction biographique)

CORDA
Enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon coeur. René
On ajoute : A Munich, on t'installe une Chambre
Des Coeurs, 
Pour abriter le tien, dont, en son urne, tremble *  La vacillation de fureurs à langueurs.
Cent coeurs ont concouru pour cette servid'humbre,
D'amour ; 
Mille, dix mille coeurs : le plus fort, le plus humble,  Ont offert, l'un, sa nuit, l'autre, versé son jour.
La décoration de cette salle sombre,
Et d'ors, 
S'emprunte à tous les flancs, toutes les fleurs, et comble  D'une adoration la pyxide où tu dors.
O Coeur mystérieux, en tes nids de pin cimbre,
Caché 
Perpétuellement !... monstrueux, et très simple !  Perché dans tes châteaux, sur tes sofas, couché !
Par tes cygnes, traîné, dont le méandre souple
Berçait 
Ta vaste nostalgie, et dont l'allure noble  Sous chaque frénésie incurable perçait.
O Coeur correspondant parfois aux gestes amples
Souvent ; 
Entre l'énormité des Tibères de Naples  Et la naïveté des Purs-Simples, rêvant.
O Coeur obnubilé par des luttes plus sombres
Toujours ! 
Paraissant expier d'antérieurs opprobres ;  Sans changer de soucis, variant de séjours.
Toi que nulle union féminine n'accouple,
Tout seul 
Dans le fond de tes bois de couleur de sinople,  Tout vivant inhumé sous l'inhumain linceul.
Quelque chose qui luit — quelque chose qui souffre.
Voilé ; 
Et ce qui se refuse, auprès de ce qui s'offre ;  Et Nadir ténébreux sous Zénith étoile.
Bacchus tumultueux enguirlandé de pampre,
Auprès 
De quelque Oreste plus orageux et plus âpre,  Entouré d'Euménide et coiffé de cyprès.
Fleur de la Passion douloureuse qui grimpe
Au front, 
Près de la rose Anacréontique, et s'agrippe  En bandeau mélangé d'ornement et d'affront.
Souverain esseulé même au sein de son groupe;
Forcé 
De se prononcer contre, en ces luttes d'Europe,  Notre pays où son amour s'est amorcé.
O désorienté reflet qui glisse et rampe !
Lueur 
D'un exilé flambeau muré sous une trappe  Dont la félure à peine avoua la bleueur.
O stature en défaut qui se voûte et se cambre,
Hélas! 
O Pégase effrayé qui s'abat et se cabre,  Audacieux et mol, impétueux et las !
Signature de roi qu'un bonnet de fol timbre :
Louis ! 
Ton hésitation est-elle à la fin libre,  Chauve-souris énorme aux cercles éblouis?
Mais puisque, dans München, on te vote une chambre
Du Coeur, 
Puisse le souvenir de ton cycle macabre  Dans ce doux Ex-voto dépouiller sa rancoeur!
Chambre d'autant de coeurs qu'on voit d'yeux, en tel nombre,
Aux paons 
De Linderhof, là-bas, dans ton kiosque peu sobre  De style, de pourpris, de luxe et de dépens.
Voici des coeurs de rose, en le soir qui s'estompe,
Chéri 
De ton goût pour Vesper, où la course galope  Du coursier de Brunhild, du cheval de Kundry !
Voici le coeur des lis à la divine hampe,
Choeurs fous ! 
Et le coeur d'Amfortas saignant comme une grappe,  Et tels que nous voici, Monseigneur, après Vous !

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