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En flux continu

Publié le 31 décembre 2016 par Gauchiste

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais on perd notre autonomie. Je ne parle pas d'être grand, d'avoir une pensée, d'être indépendant, tout ça ; je veux dire que mon action dépend de plus en plus de l'action de quelqu'un d'autre. Et de mon action dépend de plus en plus celle d'une autre personne. C'est confus ?

Imaginez que vous soyez à l'usine. Vous travaillez dans une chaîne de fabrication. Si celui qui est avant vous dans la chaîne arrête, alors vous ne pouvez plus travailler. Et bien cela commence à être pareil dans la vie. En fait, ça devient dramatique sitôt que quelque chose ralentit. Nous vivons à la chaîne...

Par exemple. Le bouchon sur la route. Horrible. On sera à la bourre pour tout. Aller chercher les enfants, faire les courses avant que ça ferme, libérer la nounou, on arrivera en retard à la soirée... juste pour un bouchon. Et je ne parle pas des rares épisodes de neige. Tout devient pressé. Lorsque Christine Boutin avait proposé (sous Chirac) une esquisse du revenu universel, je me rappelle ce qu'elle disait à la radio : elle disait que certains n'arrivaient pas à suivre. Le train s'arrête 1 minute à la gare, les vieux ont du mal à descendre, les autres s'impatientent... pour 1 minute !

Mais il y a pire. Regardez à quoi ressemble l'état du pays quand les pompes à essence sont fermées. Il ne faut pas 48h pour que toute l'économie soit en crise, et avant 1 semaine, l'armée est dans coup, les politiques sont sur les dents, les gens s'engueulent...

On ne demande plus un numéro de téléphone, mais un 06. Parce que comme ça, on peut vous joindre tout de suite, n'importe où. Il est normal que je sois sollicité à tout moment. Mon employeur qui appelle le week-end parce qu'une poussière dans l'engrenage de l'entreprise pourrait devenir un fâcheux problème si on n'agit pas rapidement, la mode du « BlackBerry » pour que les employés soient corvéables en vacances, et pour eux, le plaisir de se sentir indispensable au prix de leur vie privée.

Pour gratter quelques centimes un peu partout, ils nous font des méthodes de management qui scrutent les moindres temps morts au point que les salariés se suicident car ils n'arrivent pas à tenir le rythme...

Et si La Poste ne livrait le courrier que 3 fois par semaine ? Au lieu d'arriver le lundi, la même lettre arriverait le mardi. Ça changerait la face du monde ? Et si les livraisons interurbaines ne se faisaient qu'à vélo ? On est à la minute près ?

Pendant ce temps, les gens deviennent boulimiques de l'urgence : pas de SMS de sa copine pendant 5 minutes et c'est l'enfer, frénésie pour assister à la première de Star Wars (parce que 1 semaine après, c'est moins bien), regardez à quoi ressemble la sortie du nouvel IPhone ou de la Playstation dans les magasins alors que les premiers modèles ont parfois le plus de pannes...

Ne vivez pas en flux tendu, l'usine de la vie peut attendre. Chassez cette angoisse pour vous occuper d'autres problèmes. Prenez le temps d'un thé pour vous reconstruire. C'est urgent.


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