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Manners maketh man… and movies

Par Balndorn

Manners maketh man… and movies


En bon gentilhomme anglais, en bon Kingsman, Galahad (Colin Firth) a pour devise : " Manners maketh man ".
Autrement dit, pour s'accomplir en tant qu'homme, il faut vivre une vie sophistiquée, où les codes sociaux servent à ennoblir le caractère et à distinguer l'aristocrate du vulgaire.
Prononcée juste avant une scène de baston générale, la profession de foi chevaleresque a de quoi faire rire, et pourrait paraître parfaitement contradictoire avec la violence dont Galahad use pour rosser des gamins du quartier.
Et pourtant, au-delà d'une simple contradiction à valeur burlesque, il faut y voir la profession de foi cinématographique de Matthew Vaughn. Une esth-éthique de la violence burlesque et distinguée.

Nouvel avatar de l'humour anglais au cinéma, Vaughn prend plaisir, à l'instar des Monty Pythons ou de Rowan Atkinson, à multiplier les situations absurdes. Comme eux, le décalage absurde entre un personnage et son monde est source d'un rire ravageur : de même que l'éthique nobiliaire des chevaliers de la Table Ronde dans Sacré Graal ! se voit dégradée face au redoutable lapin tueur, de même l'éthique aristocratique de Galahad bascule dans la géniale scène de l'église, où le preux Kingsman massacre à tour de bras.
Mais à la différence deSacré Graal ! et des sketches de Mr Bean, l'absurde ne verse pas dans le chaos. Chez Vaughn, l'absurde le plus dévastateur prend la forme d'une chorégraphie maniérée, où, de la violence la plus excessive, se détache un semblant de grâce.
Presque point à point se répondent la tuerie finale deKick-Ass et la scène de l'église deKingsman. Ralentis, accélérations, travellings qui tourbillonnent autour du meurtrier, dont les gestes mortels apparaissent comme les mouvements élégants d'une danse avec ses victimes.
On pourrait parler dire du cinéma de Matthew Vaughn qu'il estmaniériste. Les propos que Daniel Arasse, historien et philosophe de l'art, consacre aux peintures de Raphaël et Pontormo, nées dans un XVIe siècle troublé par le protestantisme, la conquête des Amériques, le sac de Rome ou encore les révolutions scientifiques de Copernic, Galilée et Vésale, semblent s'appliquer au cinéma de Vaughn : "[Le maniérisme] traduit ce sentiment de l'instabilité universelle du monde. Dans le fond, le cosmos est en train de se défaire et l'univers n'est pas encore là, pour prendre sa place, comme dirait Koyré. Cette instabilité, l'art est là pour la manifester, et très souvent pour en jouer. [...] Le maniérisme met en scène le trouble, l'incertitude, pour en jouer, et peut-être aussi pour en exorciser le caractère inquiétant. "
Comme Raphaël et Pontormo, Vaughn met en scène le déséquilibre des corps. Si les personnages chutent, c'est pour mieux cabrioler dans les airs et retomber sur leurs pieds.
La force du cinéma de Vaughn, c'est qu'il pourrait bien apporter une réponse artistique et ludique à un sentiment général de crises en tous genres. Mais plutôt que la déconstruction ou la déception, Vaughn choisit la joie du vertige, l'ivresse du paradoxe, le bonheur du corps suspendu.
Art délicat du funambule, que Vaughn maîtrise en tous points.

Manners maketh man… and movies

Kingsman : Services secrets, de Matthew Vaughn, 2015


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