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[Interprétation] Nocturnal Animals – Décryptage et explication du final

Par Wolvy128 @Wolvy128

Article révélant la fin du film

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Après avoir découvert le film cette semaine, et publié ma critique mercredi soir, je reviens à nouveau aujourd’hui sur le sensationnel Nocturnal Animals, pour partager cette fois mon interprétation de l’histoire, et revenir sur le dénouement ambigu que nous propose le réalisateur, et scénariste, Tom Ford. Une démarche loin d’être indispensable pour pouvoir apprécier le long-métrage mais qui s’avère particulièrement intéressante compte tenu de l’extrême richesse de la réalisation, tant sur le fond que sur la forme. Derrière l’apparente simplicité de certains événements se cache effectivement un récit dense, abordant avec subtilité des thématiques plutôt variées telles que l’amour, la créativité, l’art ou encore les regrets.

Pour rappel, Nocturnal Animals est l’adaptation du roman Tony and Susan, publié par Austin Wright en 1993. L’histoire s’intéresse à Susan Morrow (Amy Adams), une galeriste d’art de Los Angeles qui s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton (Armie Hammer). Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield (Jake Gyllenhaal), dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’œuvre qui lui est dédicacée.

Avant toute chose, il me paraît bon de m’arrêter brièvement sur le titre du long-métrage. Concrètement, que désignent les fameux « Nocturnal Animals » ? Au détour d’une conversation avec son assistante, Susan nous apprend dans le film que c’est le terme employé par Edward pour la désigner, elle qui éprouve les pires difficultés à dormir la nuit. C’est d’ailleurs le titre qu’il a utilisé pour son ouvrage (qui, faut-il le rappeler, lui est personnellement dédié). En prolongeant la réflexion à partir des informations glanées dans le récit, il est toutefois possible de compléter cette définition en y ajoutant, notamment, la notion de tristesse et de regrets, Susan étant complètement rongée par les remords lorsqu’elle regarde la tournure que sa vie a prise. Enfin, l’incapacité à suivre et à exprimer ses sentiments peut aussi être considérée comme une caractéristique des « Nocturnal Animals » puisque Susan ne cesse de se définir comme une personne réaliste.

Nocturnal Animals traitant simultanément de plusieurs intrigues se déroulant à des périodes différentes, et n’ayant pas forcément toutes une nature réelle, je pense qu’il est absolument primordial d’avoir une parfaite vision globale des événements pour pouvoir appréhender au mieux toutes les subtilités du récit. D’un point de vue purement chronologique, trois intrigues se jouent ainsi sous nos yeux pendant près de 2 heures : celle illustrant les souvenirs de Susan, celle montrant sa découverte du roman et celle représentant l’histoire du roman.

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Alors qu’elle travaille à New York, Susan tombe nez à nez avec Edward, qu’elle a côtoyé plus jeune lorsqu’elle étudiait au Texas. Lors d’un dîner, ils s’avouent mutuellement leurs sentiments respectifs. C’est le début d’une belle histoire d’amour. Contre l’avis de sa mère (superbe Laura Linney), qui juge Edward faible et inférieur à elle, Susan l’épouse. Petit à petit, le mariage commence néanmoins à se dégrader. Jusqu’au jour où elle remet en cause le talent d’écriture d’Edward, estimant que son ouvrage est trop personnel. Devant la réaction défensive de son mari, elle se réfugie derrière son côté réaliste et son manque de créativité. Mais le mal est déjà fait, elle sonne désormais comme sa propre mère. Plus tard, Susan quitte Edward pour Hutton, un jeune bourgeois rencontré lors de l’un de ses cours. En sa compagnie, elle avorte du bébé d’Edward, qui les surprend tous les deux à la sortie de la clinique.

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Près de 20 ans plus tard, on retrouve une Susan terriblement malheureuse. Elle a suivi les traces de sa mère, effectuant un travail qui ne la satisfait pas, vivant avec un mari qui la trompe et attendant des nouvelles d’une fille qui mène sa propre vie. C’est alors qu’elle reçoit le manuscrit du nouveau roman d’Edward : « Nocturnal Animals ». Devant la qualité de l’histoire, et surtout le talent d’écriture de son ex-mari, elle se met à se remémorer des souvenirs de leur vie passée et à questionner les choix qu’elle a pu faire. Pour la première fois depuis longtemps, elle retrouve la flamme de ce qu’elle a été, et de ce qu’elle pourrait encore être. Aussitôt la lecture terminée, elle contacte Edward pour lui faire part de son admiration et lui proposer de se revoir. Il accepte et fixe un rendez-vous. Le jour J, il ne se présente toutefois pas, laissant Susan seule avec ses cocktails à la table du restaurant.

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Le roman d’Edward met en scène Tony (également interprété par Jake Gyllenhaal), un jeune homme dont le trajet en voiture sur les routes du Texas va le mener à un gang. Après une violente altercation, sa femme et sa fille sont finalement enlevées par une partie du groupe, tandis qu’il se voit contraint de conduire à l’aveugle dans le désert. Il finit par s’échapper et contacte la police dès le lendemain. Très rapidement, les corps nus de sa femme et de sa fille sont retrouvés non loin du lieu où il a faussé compagnie à ses ravisseurs. A l’aide d’un enquêteur (Michael Shannon), Tony se lance à la poursuite des assassins et finit par les retrouver. Avec son soutien, il décide de se faire justice lui-même. Après avoir réglé son compte à l’un des agresseurs, il tue alors le cerveau de la bande (Aaron Taylor-Johnson), mais meurt quelques minutes plus tard de suites d’un coup de feu tiré accidentellement.

Avant de rentrer véritablement dans le vif du sujet, il est important de préciser que l’ensemble du long-métrage est montré selon le point de vue de Susan. Le fait de retrouver Jake Gyllenhaal dans la peau de Tony n’a donc rien de très surprenant puisque Susan sait de source sûre qu’Edward n’écrit que sur lui. Comment donc imaginer une autre personne que lui pour incarner le héros ? D’autres éléments viennent, de surcroît, confirmer le fait qu’Edward écrit bien sur sa propre personne, et plus précisément sur sa rupture avec Susan. C’est le cas notamment de l’enlèvement et du meurtre de sa femme et de sa fille dans le roman, qui peuvent facilement être associés au départ et à l’avortement de Susan dans la réalité. Dans les deux cas, il est d’ailleurs intéressant de noter que le personnage reste totalement impuissant face à la menace, se montrant faible, comme la mère de Susan l’avait initialement prédit.

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Une fois établi le fait que le livre d’Edward traite bien de son expérience personnelle avec Susan, il reste à présent à déterminer son sens, ainsi que le message qu’il a voulu faire passer à son ex-femme en lui envoyant une copie. Concernant le premier point, le film est assez clair. Edward exprime – tantôt explicitement (perte, détresse…), tantôt symboliquement (fauteuil rouge, voiture verte…) – l’épisode douloureux que Susan lui a fait subir en le quittant pour un autre homme et en lui refusant son enfant. En décrivant le parcours émotionnel torturé de Tony, c’est donc sa propre descente aux enfers qu’il manifeste. En cela, l’écriture du roman représente pour Edward un véritable acte cathartique, un moyen de libérer toutes ses pulsions pour surmonter le traumatisme vécu. Un moyen également de surpasser sa faiblesse initiale pour enfin tourner la page, à la manière de Tony dans la fiction qui domine sa lâcheté première en se faisant finalement justice lui-même.

Pour la raison qui l’a poussé à envoyer le manuscrit à Susan et à ne pas se présenter au rendez-vous, l’explication est par contre un peu moins évidente. De prime abord, le motif de la vengeance s’impose assez naturellement. Non seulement parce que le personnage a toutes les raisons de l’univers de vouloir se venger après ce que Susan lui a fait endurer, mais aussi, et surtout, car le film distille plusieurs indices sans équivoque tout au long du récit. Outre la toile arborant le mot « revenge » dans la réalité, on retiendra bien évidemment la vengeance viscérale de Tony dans le roman. Et quelle meilleure façon pour Edward de se venger de son ex-femme qu’en lui offrant l’espoir d’un nouveau départ avant de la (ré)abandonner ensuite à son monde de solitude et de vide ? Ne pouvant pas connaître la situation actuelle de Susan, je doute cependant qu’il ait vraiment voulu lui infliger une telle souffrance.

Selon moi, la démarche d’Edward va effectivement bien plus loin que la simple vengeance. Bien sûr, par ses actions (l’écriture du roman, l’envoi du manuscrit et l’absence au rendez-vous), il veut faire ressentir à Susan toute la douleur qu’elle lui a imposé en le trahissant de la sorte, et lui faire comprendre à quel point cet événement a conditionné tout le reste de son existence, mais l’objectif final est à mon sens davantage un cheminement personnel (nécessaire pour avancer) qu’une réelle envie de blesser l’autre. Malgré la violence de la rupture, celle-ci a quand même eu pour effet de l’endurcir et de le rendre meilleur écrivain. En ne se présentant pas au restaurant, il se prouve ainsi à lui-même, et surtout à Susan, qu’il n’est plus l’homme faible qu’il était autrefois. Après toutes ces années, il trouve enfin la force de la laisser partir, s’empêchant ainsi de devenir un « Nocturnal Animal », un être triste se réveillant la nuit avec des regrets et incapable d’évoluer.

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Plus qu’un film sur la vengeance, Nocturnal Animals est donc pour moi un film sur l’importance et la nécessité de l’expression artistique pour appréhender la réalité et surmonter les épreuves du quotidien. Rongée par ses regrets, Susan est incroyablement malheureuse. Contrairement à Edward, elle est incapable d’exprimer ce qu’elle ressent réellement, et donc d’avancer dans sa propre vie. En cela, la scène finale est à la fois terriblement brutale et remplie d’espoir. Brutale car l’évolution d’Edward lui renvoie son propre échec en pleine figure, et remplie d’espoir car je pense qu’elle comprend enfin que rien n’est vraiment figé en définitive. Certes, elle n’est pas une personne créative mais au final, l’acte de création importe plus que la création elle-même. En extrapolant, on peut même étendre cette nécessité de créer à Tom Ford et à son film, les artistes ne parlant en fin de compte que d’eux-mêmes.

Pour conclure, vous l’aurez compris, si Nocturnal Animals est un film pouvant tout à fait s’apprécier sans explication supplémentaire, il dispose néanmoins d’une richesse formelle et scénaristique qui offre une belle base de réflexion à tous ceux qui souhaitent prolonger l’expérience de visionnage. Certaines scènes, dont le dénouement final, ayant une vraie ambiguïté, n’hésitez surtout pas à réagir en commentaire si vous avez des questions, des remarques ou même, qui sait, une interprétation différente de la mienne.



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