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Le chien, de Jean-François Fournier

Publié le 14 janvier 2017 par Francisrichard
Le chien, de Jean-François Fournier

Je suis à bout de forces et le pouvoir m'est aujourd'hui indifférent. Les gens et mon journal l'ont d'ailleurs toujours été. En revanche, la mort, le sexe et mon père habitent, eux, mon quotidien.

Scott F. Battle, 51 ans, règne sans partage sur la salle de nouvelles du plus puissant journal de la capitale, le Post, Washington. Mais cela indiffère désormais celui que l'on surnomme le Chien, autour des desks et dans le petit peuple des rédactions. Car ce ne sont plus que la mort, le sexe et son père qui habitent son quotidien.

La mort. En six mois il a perdu une femme et trois enfants. Après vingt-quatre ans de mariage, sa femme, Joaline, l'a quitté pour l'un des plus gros lobbyistes associés de Washington. Elle est partie en emmenant avec elle leurs enfants, Zera, Tiny et Lipi. Et ça les a tués, car elle a eu un accident de voiture...

Dans l'accident, qui a eu lieu à Chappaquiddick, où mourut Ted Kennedy, Jo et Zera sont morts, puis Tiny deux jours plus tard. Seul Lipi n'est pas mort: il était hospitalisé au Georgetown Hospital, où il survivait grâce à une chimiothérapie. Mais il lui a été pris, suite à une dénonciation au service de l'enfance...

Le sexe. Il se dit érotomane arriviste... Il a toujours combattu l'habitude par l'instauration d'une nouvelle vie érotique sans rapport avec les précédentes. Il s'est toujours gardé d'amour sérieux: il croit que seules les femmes et les perdants sacrifient à ce rite qui épuise, laisse vide et esclave de l'autre.

Son père. Après avoir tué un cambrioleur qui s'était introduit chez lui, William S. Birdie, est parti de Philly, bien que toute charge ait été abandonnée contre lui, la légitime défense lui ayant été reconnue malgré les dix-sept coups de couteau donnés à l'intrus, dont l'oreille droite n'a jamais été localisée...

Alors F. part à la recherche de W.S. Il ne veut plus prendre le risque d'un mort de plus dans [sa] vie. Il se lance dans cette quête, sur la 77 et quelques autres, avec Kerry Lee pour tout bagage. Kerry est la serveuse du Double Door de Mooresville Lake Norman, avec laquelle il a conclu un accord, un bon accord, mais pas beaucoup plus:

Pas de condition, pas d'attente, pas d'obligation. Le soir ou le jour, on verra quand, on dormira un peu partout. Tu auras ta chambre. Pas de sexe au programme. Pas de drogue. En revanche, aucune question sur nos rencontres ou les lieux visités. Je te demande juste de m'accompagner sept jours!

K. accepte. Elle doit seulement contrôler chaque matin qu'il aura écrit la nuit précédente cinq pages dans le Moleskine vierge et noir qu'il lui tend. Ce sont ces pages que le lecteur a sous les yeux et qui racontent comment Le Chien tente de débusquer l'homme aux étiquettes, le surnom donné à son père naturel:

Dans l'appartement de cinq pièces de Birdie, scène de son crime, chaque objet, chaque habit, chaque gadget, chaque produit porte encore l'étiquette de sa provenance et de son prix...

Cette quête du père est une tentative de F. pour donner un sens ultime à sa vie. Que demande-t-il? Il aimerait juste un regard de lui avec le secret espoir qu'il [l'] étonne, qu'il lui dise quelque chose que personne ne lui aura dit auparavant, pour que [sa] mort n'intervienne pas sans un événement majeur:

Qu'elle fasse de moi un autre, quelqu'un d'acceptable. Celui que Joaline aurait aimé. Celui dont Kerry rêve un peu depuis quelques jours, ce qui me glace le coeur. Celui qu'auraient mérité Zera, Tiny et Lip'...

Francis Richard

Le Chien, de Jean-François Fournier, 176 pages, Xenia (sortie en librairie le 31 janvier 2017)


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