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L'impératif du beau temps en vacances

Publié le 24 juin 2008 par Anonymeses

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Crédit photo : Hortongrou/SXC

Christophe Granger, « (Im)pressions atmosphériques. Histoire du beau temps en vacances », Ethnologie française, 2004/1, n°97

C’est l’histoire, entre 1890 et 1980, de la fabrique d’une culture météorologique des vacances. Le goût pour le beau fixe et l’intolérance à certains météores, qui engagent un bouleversement de la cartographie vacancière, inscrivent profondément la météo au cœur des vacances. L’été des vacances évoque un temps bien spécifique. Le beau temps constitue un ingrédient décisif du pittoresque et du dépaysement vacanciers. Il réunit les vacanciers autour d’une mise en jeu essentielle : celle de la qualité des vacances. Des vacances réussies, ce sont des vacances au soleil et la pluie souffre d’une grande disqualification sociale. En vacances, les seuils de tolérance à la pluie sont particulièrement bas. Les précipitations, mêmes brèves, ont un effet déplorable sur le moral du vacancier 

La pesée du « temps qu’il fait » sur l’appréciation des vacances d’été est ancienne. Elle repose, en premier lieu, sur les conceptions médicales du climat, qui se développent à la Belle Époque, en une attentive hygiène des lieux. et qui s’affermit entre les deux guerres. La lecture thérapeutique fait alors dépendre le choix du lieu et la gamme des pratiques estivales de la composition de l’atmosphère, du degré d’ensoleillement ou de l’orientation des vents et, toujours, de leur résonance sur le tempérament individuel.

Ce discours hygiéniste préside à l’époque à l’envoi des enfants des milieux populaires et des quartiers insalubres dans les colonies de vacances. Les climats tonifiants de la montagne sont recommandés aux enfants apathiques, lymphatiques et anémiques ; les climats stimulants de la mer du Nord et de la Manche contribuent à « viriliser » les enfants indolents ou inertes. Cette même conception climatique des vacances préside au choix des destinations de villégiature des familles bourgeoises.

Sur ce point, le basculement essentiel s’opère dans les premières décennies du siècle : malgré le relatif maintien du mauvais temps dans la morale de l’effort chez les excursionnistes du tournant du siècle. Cette valorisation nouvelle de la chaleur va de pair, au début du siècle, avec une transformation des manières d’apprécier le soleil. Les techniques anciennes de protection ou d’évitement sont progressivement abandonnées. Disparaissent alors de la culture estivale les chapeaux, les voilettes, les gants et les en-tout-cas, mais aussi, en grande partie, l’habitude de moduler les activités à l’échelle de la journée selon l’intensité du soleil. S’efface un certain prestige de la fraîcheur, qui s’accorde à la transformation de la culture somatique à la Belle Époque.

Au cœur de cette appréciation nouvelle du climat, se fait jour une recomposition de la géographie vacancière, et avec elle c’est la construction d’une disposition, présentée comme naturelle, à apprécier positivement la chaleur estivale. Et, tout particulièrement dans les années trente, cette disposition est inscrite au cœur des valeurs et des normes de la société moderne. Elle s’accorde alors avec l’extension sociale du goût du hâle entre les deux guerres. Ce goût de la chaleur et du soleil participe, entre les années trente et les années soixante, à la construction sociale des notions de « temps de saison », ou de « vraie saison », qui standardisent les appréciations du temps météorologique des vacances.

Dans les années cinquante-soixante, cette valeur d’authenticité que porte le beau temps des vacances est au cœur des débats publics qui entourent la question de l’étalement des vacances. Les enquêtes menées révèlent un profond attachement à la période juillet-août, communément jugée la plus ensoleillée, la plus agréable, bref la plus adaptée à la morale météorologique des vacances....

par Frédérique

 


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