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Gauchitudes 5 (Mondialisation et mon crédo socialo-traître)

Publié le 24 juin 2008 par Omelette Seizeoeufs

En politique, il est sûrement plus efficace de raconter n'importe quoi promettant des miracles, que de s'en tenir à la réalité et ce qui possible ou du moins probable. Il y a pourtant un risque. La dernière élection présidentielle et la déception qui en est aujourd'hui la consquénce fournissent un exemple. Pour la gauche, du moins pour la gauche dite "de gouvernement", la gauche bien molle et socialo-traître, l'exigence de réalisme est plus grande que pour toute la droite, ainsi que pour la "gauche-gauche vraiment à gauche".

La droite aux allures de banquier

Accordez-moi une petite digression où je raconte mes perceptions des choses. La droite, qui représente la classes dominantes et les puissances financières, passe d'emblée pour plus sérieuse. Dans l'imaginaire collectif, c'est elle qui est plus près des chiffres et des comptes en banque. Du coup, quelqu'un comme Sarkozy peut se permettre de raconter (et de faire) n'importe quoi, son aura de compétence financière reste intacte. Et puisque l'économie et la finance sont difficiles à expliquer au plus grand nombre, l'aura compte pour beaucoup. En même temps, on soupçonne la gauche réaliste d'être idéaliste et de trafiquer les chiffres pour vendre des utopies. La quasi-impossibilité pour la gauche de convaincre "les Français" (créature mythologique) que les 35 heures ont contribué à créer des emplois nous fournit un très bon exemple de cette réalité malheureuse. La moindre possibilité d'incohérence dans un programme économique de gauche sera exploité par cette droite qui a avalé le paquet fiscal, le "travailler plus" et les autres sornettes sans regarder la liste d'ingrédients. Telle est donc la situation d'une gauche "réaliste".

La gauche utopiste

Car la gauche idéaliste ne souffre pas des mêmes problèmes. Celle-ci, qui ne vise pas du tout le même public, n'hésite pas à extrapoler à partir des défauts et les insuffisances du capitalisme actuel une vision fantastique où tous les torts seraient redressés, les faibles rendus forts, l'économie définitivement soumise au désir politique collectif. En disant cela, j'ai sans doute l'air trop cynique, alors que j'ai une réelle sympathie pour cette démarche, à laquelle j'ai même cru quand j'étais jeune et influençable. Cette critique extrême du présent peut d'ailleurs donner des réflexions intéressantes. Marx reste excellent dans son analyse du capitalisme ; ses propositions sont un peu datées, en revanche.

Pour la socialo-traîtrise

Pour un parti comme le PS, cette porte reste plus ou moins fermée, même si de temps en temps l'aile gauche sort des contre-propositions qui rappellent ces mêmes fantasmes. L'un des domaines qui suscite le plus d'idées dans ce genre, c'est la mondialisation. Il est certainement rassurant de penser que pour reprendre le pouvoir, pour replacer la politique économique dans un cadre national, il suffirait de faire ci ou ça, taxe Tobin, nouveaux accords internationaux pour empêcher les délocalisations. Tirer ainsi des plans sur la comète, en faisant croire qu'avec l'impulsion de la France, les peuples du monde vont décider de freiner la mondialisation, c'est vendre une fiction compensatrice. C'est presque impossible au sein de l'Europe. S'il faut impliquer la terre entière, ce ne sera pas tellement plus simple.

On m'a dit, il n'y a pas longtemps : "vous avez beau ne pas aimer la mondialisation, elle est là". J'ai tendance à penser que, puisque ce nouveau système est là, qu'il faut le rendre véritablement équitable, autre chose qu'un moyen pour garantir que les grandes sociétés internationales aient accès aux marchés et aux ressources naturelles des pays du tiers-monde.

Pour une gauche qui se veut responsable, promettre de rétablir un équilibre calqué sur ceux du passé d'avant la mondialisation, c'est mentir aux gens. Les effets de la mondialisation peuvent en revanche être traités : faire des aides aux entrerpises un lévier pour empêcher les délocalisations, recentrer la politique industrielle sur des activités qui ne peuvent pas être délocalisées, protéger les citoyens avec un système de sécurité sociale efficace, rendre la politique et l'économie plus locales (pour revenir à ce que je disais dans des gauchitudes précédentes). De ce point de vue, il reste, j'en suis persuadé, beaucoup de politique à faire, au-delà de la simple bonne gestion. Mais faire semblant qu'une grande alternative va venir tout bouleverser et tout remettre comme avant est irresponsable.


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