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Le troisième héritage (3). Par Roger Garaudy

Par Roger Garaudy A Contre-Nuit

Le troisième héritage (3). Par Roger Garaudy Prendre conscience aujourd'hui de ce que nous devons à l'Islam n'est point spécialité d'historien, paradoxe de dilettante, ou délectation
de rêveur, mais besogne de tâcheron, de militant et d'inventeur
du futur. L'Islam, ce n'est plus « l'Infidèle » du temps des Croisades ou le « terroriste » de la guerre de libération de l'Algérie, ce n'est plus la pièce de musée que scrute l'orientaliste avec l'oeil d'un entomologiste des civilisations à partir du préjugé de l'exceptionnalisme occidental, ce n'est plus l'évasion exotique du romantisme et même plus cette étonnante explosion scientifique qui, au sortir du Moyen Age, aurait simplement frayé la voie à nos sciences « modernes » (en sous entendant qu'elle n'en était que la préhistoire), l'Islam, c'est cette vision de Dieu, du monde et de l'homme qui assigne aux sciences et aux arts, à chaque homme et à chaque société, le projet de construire un monde indivisiblement divin et humain comportant les deux dimensions majeures de la transcendance et de la communauté. Il a déjà sauvé de la désintégration de grands empires décadents au VIIesiècle de notre ère. Peut-il aujourd'hui apporter une réponse à l'angoisse et aux questions d'une civilisation occidentale, qui en quatre siècles, s'est révélée capable de creuser un tombeau à l'échelle du monde, et de faire capoter une épopée humaine construite, depuis deux millions d'années, à coups de créations et de sacrifices ? Tel est le problème que ce livre s'efforcera, sinon de résoudre, du moins de poser. L'Islam est indivisiblement une religion et une communauté. Une foi et un code de vie. Sa naissance et son expansion posent un problème spécifique : il serait vain de se contenter de dire que l'Arabie, La Mecque et Médine sont au croisement des grandes routes commerciales et des caravanes allant d'Est en Ouest, de l'Europe et du Proche-Orient à l'Inde et à la Chine, de la Méditerranée à l'océan Indien, car cela laisserait entendre qu'à ce carrefour de civilisations a pu s'opérer seulement un brassage de religions et de cultures dont l'Islam ne serait que la résultante et le porteur. Or, tout au contraire, c'est à partir de La Mecque et de Médine, de la péninsule arabique avec ses déserts et ses oasis, que va rayonner, pour des siècles, sur trois continents, de l'Inde à l'Espagne, et de1 ! l'Asie centrale au coeur de l'Afrique, une foi unique et une communauté
unique, d'où naîtra une même culture fécondant et renouvelant
toutes les autres. Cette expansion ne ressemble à aucune autre, ni à celles qui la précèdent (migration des masses innombrables des nomades de l'Asie lointaine), ni à celles qui l'ont suivie (grandes invasions des Européens jouissant, pour s'imposer, en Amérique et en Afrique, d'une supériorité militaire absolue : celle du canon, du fusil, puis de la mitrailleuse). L'Arabie n'était guère peuplée et les Arabes ne possédaient même pas les armes et les techniques militaires de la Perse ou de Byzance. L'empire arabe ne se fonda donc pas sur un rapport de forces lui assurant une écrasante suprématie. Pas davantage ne serait applicable l'une ou l'autre des thèses d'un marxisme sommaire et réducteur, tendant à chercher le moteur de l'histoire, de ses révolutions et de ses mutations, dans l'état des techniques, les rapports économiques et les luttes de classes qu'ils engendrent. La « levée » du Prophète, sa victoire en Arabie, la progression fulgurante de ses successeurs régnant, moins d'un siècle après sa mort, sur la quasi-totalité du monde alors connu, à l'exception d'une partie de l'Europe végétante et d'une Chine montant vers son apogée, ne peuvent se comprendre sans reconnaître une place première au message spécifique de l'Islam. On peut vainement épuiser l'arsenal des explications économiques, géopolitiques, militaires, diplomatiques ou autres, la victoire de l'Islam est inintelligible sans l'Islam, comme foi, et comme
communauté fondée sur cette foi.
Même si l'on n'est pas musulman et si l'on ne reconnaît pas dans le Coran un livre dicté par Dieu à Mohammed, il est impossible à l'historien de refuser de tenir compte comme d'une réalité irrécusable (quoique n'entrant pas dans les schémas et les préjugés du positivisme) de cette émergence d'une source de vie qui allait bouleverser le monde. La reconnaissance de ce fait fondamental n'exige nullement que l'on renonce à expliquer, mais simplement que l'on n'exclue pas a priori, de la totalité humaine toujours en naissance et en croissance dans l'histoire, telle ou telle dimension de la vie. Dans une histoire pleinement humaine, les fins jouent un rôle moteur autant que les causes. Par-delà les fausses dualités de l'esprit et du corps, des utopies et des abandons, des aliénations et des espérances, les projets que font les hommes pour inventer leur avenir sont un ferment aussi actif que les dérives et les déterminismes du passé qui les poussent. Surtout lorsque les projets et les révélations prophétiques répondent à une question et à une attente profondément vécues par les masses.
Toute « histoire sainte » est ainsi une « antihistoire », comme
l'oeuvre d'art, selon Malraux, est un anti-destin1, en ce sens qu'elle est L'émergence du radicalement nouveau à contre-courant des déterminismes du passé. La création continuée du monde et de l'homme est faite de ces surgissements, de ces défis à 1' « entropie », à cette dégradation des énergies et à cette croissance du chaos qui sont la loi du monde physique et aussi la loi de l'histoire chaque fois que les hommes s'abandonnent à ses dérives. Qu'il y ait, depuis trois millions d'années de l'histoire humaine, de tels jaillissements de sources, c'est l'expérience la plus quotidienne de la transcendance : s'il n'y avait pas eu de telles émergences de ce qui ne peut se réduire à un simple réagencement de forces déjà existantes, de ce qui n'est pas une simple résultante, il n'y aurait eu au monde ni poésie, ni invention scientifique ou technique, ni amour-sacrifice, ni révolution, ni création artistique, m prophètes. Cette source de vie, cette création permanente c'est ce que depuis des millénaires, les hommes ont appelé Dieu. Le prophète Mohammed n'a jamais prétendu enseigner une religion nouvelle, mais continuer, restaurer, parachever cette loi primordiale dont il trouvait dans la foi d'Abraham l'expression exemplaire. >> A SUIVRE Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur TwitterPartager sur FacebookPartager sur Pinterest Libellés : Islam, Roger Garaudy

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