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Chantons par nostalgie

Par Balndorn
Portraits d’Humphrey Bogart et de Lauren Bacall, références au cinéma classique américain, chansons nourries des meilleures comédies musicales de Vincente Minelli… La La Land, le dernier film de Damien Chazelle et le grand favori des Oscars, est plus qu’un simple hommage à ce qu’on appelle communément « l’âge d’or » des studios hollywoodiens : agrippé aux robes rutilantes d’une époque idéalisée, La La Land confirme l’écrasante nostalgie qui pèse sur les réalisateurs et les studios d’aujourd’hui.  

Fantasme des Fifties  
« City of Stars », chanson-phare du film, concentre dans le chant mélancolique de Sebastian (Ryan Gosling) toute l’amertume que ressentent les personnages du film en songeant à cet âge qu’ils supposent idyllique. Tous, à leur échelle, cherchent à l’imiter : Mia (Emma Stone) est serveuse au café des studios hollywoodiens, où elle vit entourée d’icônes et de reliques du passé ; Sebastian, de son côté, ne pense qu’à redonner vie au jazz tel que le pratiquait Charlie « Bird » Parker.  
La nostalgie culmine lorsque Mia et Sebastian s’en vont au Rialto, prestigieux cinéma qui ne projette que des films de patrimoine, pour voir La Fureur de vivre (Nicholas Ray, 1954). Mais contrairement au héros interprété par James Dean, aucun d’eux n’est habité par une passion destructrice et créatrice à la fois ; tous les deux souffrent d’un filtre, un écran, à l’image de celui du Rialto, qui leur renvoie leurs propres fantasmes des Fifties sans les pousser à agir dans l’Amérique des années 2010. 
Les paroles de « City of Stars » expriment le caractère doux-amer de leur vie : « City of stars / Just one thing everybody wants / There in the bars / And through the smokescreen of the crowded restaurants / It’s love / Yes, all we're looking for is love from someone else ». 
Quête d’un amour nécessairement imparfait, car il est le fruit de l’idéalisation trop poussée de l’être/de la chose désiré.e.  
L’American dream plutôt que la question sociale  
On aurait pu espérer de Damien Chazelle un tableau plus poussé d’une génération qui semble gangrénée par la nostalgie. Or, la promesse d’une exploration sociale de l’American psychecontemporaine – que nous offre avec panache l’extraordinaire première séquence d’automobilistes dansant et chantant leur amour et leur haine envers Los Angeles avant de rentrer bien sagement dans leur véhicule – est bien vite oubliée, au profit d’une histoire d’amour on ne peut plus banale.
Chômage, précarité, stagnation des classes moyennes… tout cela est évoqué dans le scénario, mais rapidement mis sous silence par l’énième réitération du rêve américain et de son envers, à travers le groupe de jazz que rejoint Sebastian et le one-woman-show dans lequel se lance Mia. Une intrigue battue et rebattue, simplement remise au goût du jour. Comme si, à bout d’imagination, les studios et les auteurs hollywoodiens faisaient de leur propre incapacité à se renouveler la matière même de leur cinéma.  
On retrouve là le même problème que Rogue One (Gareth Edwards, 2016) : à trop contempler le passé, on ne trouve plus la force d’aller de l’avant. Et on camoufle son impuissance à grands renforts de chorégraphies sympathiques et de couleurs pop, qui, si elles sont certes très belles et confirment le talent de mise en scène de Chazelle, ne font que piller les vénérables vestiges du cinéma hollywoodien.  
La La Land, de Damien Chazelle, 2017
Maxime

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