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Chronique à Ibiza : le départ en vacances

Publié le 24 juin 2008 par Lacuisinedefabrice

Charles est sur son balcon et guette avec impatience l'arrivée de Bertrand. Ils doivent dîner chez Gundrun, la compagne de Bertrand. Elle vit en Allemagne, à 1h de route de Mulhouse. A minuit, une navette passera les prendre pour les conduire à l'aéroport. Il est 21h10 et il ne voit toujours pas le coupé sport dans la rue. Le modèle est ancien mais donne à Bertrand l'illusion de rester jeune. Ils avaient rendez-vous à 21h00. Charles commence à avoir mal au ventre. Il y a 48 heures déjà, l'agence de voyage appelait pour indiquer que le vol était avancé de 6 heures. Le décollage n'était plus à 9h00 mais à 3h00. Charles ne pourrait pas dormir de la nuit et sa première journée de vacances sera gâchée par le manque de sommeil. Célibataire endurcit, la cinquantaine, sa vie est organisée et ponctuelle comme une horloge suisse. L'imprévu est un mot inconnu dans son vocabulaire. Malgré des années de solitude, c'est un homme plein d'énergie, d'humour et d'humeur stable. C'est la personne que l'on aime avoir près de soi pour se distraire. Enfin, le klaxon de Bertrand retentit. Charles a les clefs et la valise en main. Il claque la porte et descend les escaliers en courant. Il habite un 90m2 au 4ème et dernier étage d'un immeuble sans ascenseur. Il grimpe dans la voiture et ne peut s'empêcher de faire une remarque :

-   « Enfin, quand même, Bertrand, on avait dit 21h00. Il est 21h15 »

-   « Oui, je sais, mais il y avait une jolie femme au club »

-   « Une femme ? Mais Gundrun nous attend ! »

-   « J'avais une touche »

-   « Bertrand, on ne te changera donc jamais, c'est incroyable »

Bertrand est un séducteur. Il se donne bonne conscience en fréquentant un club de fitness. C'est un lieu de prédilection pour repérer ses futures conquêtes. Son programme sportif n'apporte pas de résultats tangibles. Il a une relation obsessionnelle avec la nourriture. Il mange à toutes heures, avec une préférence pour le sucré. Ses 195 centimètres allonge sa silhouette, masque son 44 de tour de taille, son ventre rond et ses larges poignées d'amour. Le tout est supporté par de grandes cannes et une pointure 47. La quarantaine bien dépassée, il est persuadé de faire 10 ans de moins. Il s'habille comme un jeune et aime s'exhiber au sport avec de petits débardeurs. Malgré une apparence peu distinguée et une démarche balancée, il arrive toujours à trouver un public admiratif.

Après 1 heure de route, ils arrivent chez Gundrun. Employée de bureau dans une agence d'assurance, elle a acheté avec ses petites économie, un 60 m2 en duplex, au 4ème étage d'un immeuble sans ascenseur, à l'extérieur de la ville, en bordure de zone industrielle. Elle aime ce quartier car il est calme le week-end et les taxes sont faibles. Bertrand et Gundrun se sont rencontrés il y a 8 ans lors d'un échange entre deux associations de randonnées, l'une française, l'autre allemande. Frontalier, Bertrand parle allemand depuis sa plus tendre enfance et communique toujours avec Gundrun dans sa langue maternelle. Maîtrisant le français, elle pourrait demander sa mutation dans une agence en France et vivre avec Bertrand. Ils ont d'ailleurs acheté ensemble un grand appartement avec terrasse, dans la banlieue de Mulhouse. Cependant, elle connaît le faible de Bertrand pour la chair fraîche et préfère rester à distance. Ils ne souhaitent pas avoir d'enfant. Ils préfèrent une relation à distance. Ils alternent les week-end entre Mulhouse et Freiburg et passent toutes leur vacance ensemble. Le dîner chez Gundrun est fidèle aux habitudes germaniques. Il est froid et léger, composer de charcuterie, de fromage et de pain noir. Elle pose le tout sur la table et chacun se sert. Personne ne consomme de l'alcool. Gundrun et Bertrand sont fragiles et sensibles aux microbes, aux changements de température, aux courants d'air et à l'alimentation épicée. Pour conjurer le sort, ils boivent énormément de cola. Ils sont assurés que c'est bon pour la digestion. Après ce rapide dîner, ils regardent sur l'ordinateur les dernières photos de vacances du couple à Budapest. Ils ont moyennement apprécié. Gundrun s'est bloqué les lombaires dans l'avion car la mousse du siège était usée. Bertrand a attrapé froid à cause de la pluie battante à la sortie de l'aéroport. Enfin, ils ont connu de gros problèmes de digestion car ils n'ont pas supporté le paprika dans la cuisine locale. A 1h00, le taxi sonne à la porte. Chacun prend ses valises pendant que Gundrun verrouille toutes les ouvertures de l'appartement. Un cambrioleur pourrait lui dérober sa commode en plaquage chêne clair et son canapé en simili cuir rouge. Gundrun vient de fêter ses 35 ans. Avec ses 180 centimètres, elle aurait pu être mannequin si les critères de beauté étaient plus avantageux pour elle. Ses épaules rondes tombent sur son buste et sa poitrine est plate. Son bassin est la partie la plus large de son corps et son fessier fait plutôt penser à une jument. Ses cheveux sont déjà épars. C'est héréditaire chez les femmes de sa famille. Elles ont peu de cheveux et les portent coupés courts. Elle est peu coquette et fait rarement des efforts vestimentaires. Avant de partir en vacances, elle n'a pas épilé ses jambes et ses aisselles. Elle est nature mais Bertrand semble apprécier. A 2h00, ils sont à l'aéroport de Baden-Baden. L'avion est dans 2 heures, ce qui laisse largement de temps pour l'enregistrement des bagages. Le vol pour Ibiza est annoncé porte 4. Ils s'empressent tous au comptoir. Charles passe le premier. Sa valise pèse 25 kilogrammes pour 20 autorisés. Il écope d'une amende de 35 euros, ce qui l'agace énormément. Il justifie dans un allemand peu compréhensible ce dépassement car il part 2 semaines. L'hôtesse intransigeante et peu souriante, limite gardienne de prison, lui tend la facture. Charles paie et part s'asseoir en maugréant. Bertrand et Gundrun, assez radin, ouvrent aux yeux des autres passagers leur valiser. Ils retirent quelques paires de chaussures et les pulls pour les placer dans un bagage à mains. La file impatiente peut ainsi observer les culottes rayées en coton de la grande Gundrun. Les valisent posées sur la balance ne dépassent pas les 20 kilogrammes chacune. Il ne reste plus qu'attendre l'embarquement. L'attente est longue dans cette petite aérogare où les boutiques sont fermées. A 3h40, ils peuvent enfin prendre place dans l'avion. Charles espère se reposer un peu, mais les consignes de sécurité sont suivies du décollage, d'un petit déjeuner, du service de boisson chaude et du débarrassage. Le chef de cabine annonce déjà l'atterrissage dans 20 minutes. A 6h00, l'avion se pose avec un applaudissement général de tous les passagers allemands. Après 45 minutes d'attente pour récupérer les bagages, Gundrun se présente à l'agence de location de voiture. Luis, un ami espagnol, avait fait le nécessaire pour obtenir une voiture tôt le matin. La voiture chargée, Gundrun prend le volant, direction le centre ville, Hotel Appartementos El Splendos. La conduite avec elle, c'est comme une attraction de la fête foraine : un coup en avant, un coup en arrière, des balancements de droite à gauche et de gauche à droite, des ralentissements et des accélérations saccadés. A 7h00, ils arrivent enfin à l'hôtel. Encore une fois, Luis est intervenu pour réserver spécifiquement les chambres 610 et 611 dès l'aube. Elles sont à priori les mieux exposées et les plus tranquilles de l'hôtel. 5 années consécutives dans le même hôtel font d'eux des clients privilégiées et exigeants.

Luis, le beau garçon espagnol globe trotteur et sportif, et son amie Fanny, model à ses heures et clubeuse parisienne, doivent arriver le lendemain. Ils s'attendent à découvrir un hôtel charmant sur le port, à deux pas de la citadelle. En réalité, l'hôtel est encaissé entre deux tours de béton et offre une vue imprenable sur un terrain vague, en lisière de la centrale électrique de l'île.

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