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Les artistes contemporains et les enchères

Publié le 12 mars 2017 par Aicasc @aica_sc

La sanction des enchères n’attend plus le nombre des années… La formation du prix des œuvres atteste aujourd’hui de la métamorphose de la demande, notamment d’un goût prononcé pour la découverte et les jeunes signatures. Vite exaltés par l’originalité d’une œuvre ou par un sursaut médiatique, les enchérisseurs actuels succombent souvent aux effets de mode, fugaces par définition. Sur l’année écoulée, plus de 4 000 artistes contemporains ont ainsi fait leur entrée dans le monde des enchères, une entrée souvent importante dans leur carrière car elle pose un premier jalon en devenant un référant pour les ventes futures. La grande majorité de ces nouveaux artistes ne tiendra pas la distance, retombant dans l’oubli aussi rapidement que leur apparition fut fulgurante. Les ascensions de prix étant parfois aussi rapides que leurs régressions, on est en droit de s’interroger sur la nature des indicateurs les plus fiables dans la fixation des prix.

Sur ce plan, l’accès à la « constellation culturelle«  donne un véritable sens au prix des œuvres. La « constellation culturelle«  est une formule empruntée à Olav Velthuis, professeur à l’université d’Amsterdam, auteur de plusieurs articles et ouvrages sur la globalisation du marché de l’art. Il dissèque l’interaction des différents acteurs culturels et économiques dans la construction de l’aura d’un artiste et dans la fixation de ses prix. Le premier acteur est le galeriste, dont le travail d’exposition, d’édition et la participation à des foires construit, à priori pas à pas, la notoriété des artistes. L’univers des galeries demeure cependant confidentiel, car les expositions organisées en galeries ne sont généralement visitées que par quelques aficionados de l’art, sans toucher un large public. La construction de l’aura d’un artiste, son rayonnement, dépend donc de l’ensemble du travail effectué en sous-marin par la galerie, à savoir les relations entretenues avec les journalistes, les critiques, les curators, les institutions. Elle dépend surtout de la notoriété et de la puissance financière de la galerie en question…

Aujourd’hui, l’actualité d’un artiste se répercute rapidement sur sa cote. L’offre comme la demande tiennent compte de toute l’information disponible, en affectant parfois lourdement la réalité des prix. Parmi les exemples récents, celui de Joe Bradley  (1975) est frappant. Mises en lumière en 2011 de chaque côté de l’Atlantique par les galeries Almine Rech et Gavin Brown Enterprise, l’artiste commence à intégrer des expositions collectives au MoMA (dans le cadre de deux exposition en 2014) et des salons de référence (la Frieze de Londres et la FIAC de Paris). Parallèlement, ses œuvres prennent d’assaut les salles de ventes, où son chiffre d’affaires annuel passe de 100 000 $ en 2010 à 10 m$ en 2015… un record mondial est établi à 3m$ fin 2015, quatre mois avant l’ouverture de son premier solo show à la galerie Gagosian de New York. Il paraît évident que l’accès par la grande porte au sein de cette puissance galerie soit la raison première pour qu’un artiste trentenaire multiplie les millions en un seul coup de marteau, car Larry Gagosian est le  » faiseur de cotes »  le plus efficace de la planète. Maîtrisant plus que tout autre marchand l’art du business, il a construit un modèle de « galerie globale »  avec 16 galeries et plus de 200 employés à travers le monde… Sur le site de la galerie, après une rapide introduction de moins de 10 lignes sur son oeuvre, Joe Bradley montre  « patte Blanche »  aux investisseurs grâce à un CV nourri d’expositions en des lieux aussi clefs que la Saatchi Gallery, la De la Cruz Collection, le MoMA, Le Consortium de Dijon, la fondation MACRO à Rome, etc…

A l’image de Gagosian, plusieurs galeries ont étendu leurs réseaux d’influence à l’échelle planétaire, ouvrant largement le rayonnement de leurs artistes et activant la demande. Rares sont celles ayant ce pouvoir, une dizaine tout au plus, les plus puissantes étant les galeries Marian Goodman, Hauser & Wirth, Pace, Perrotin, Zwirner, Blum & Poe et Fergus McCaffrey. L’accès rapide au marché « haut de gamme »  est à ce prix : il faut intégrer le sérail des plus grandes galeries occidentales dont la transformation du local au global a suivi celle du marché secondaire, celui des salles de ventes. Aujourd’hui, les grands prescripteurs sont moins les critiques d’art et les journalistes que les grands marchands et les collectionneurs réputés. La fixation du prix et l’évolution d’une cote découlent donc naturellement du « crédit »  culturel, économique et social de la galerie ou du collectionneur engagé.

Chaque année, de nouvelles recrues font leur apparition sur le second marché : les artistes américains sont généralement privilégiés à New York, les chinois à Pékin et les français à Paris. Mais il en va tout autrement à Londres, capitale de la mixité aux enchères. Seuls deux britanniques se retrouvent classés dans les dix meilleures entrées sur le marché londonien (pour des résultats de ventes compris entre 16 000 et 35 000 $) : Mike Figgis (né en 1948) et Erin Shirref (née en 1975). Les autres noms à retenir à l’heure actuelle sont ceux de l’artiste Hongroise Attila Szucs (née en 1968), de la Suisse Claudia Comte (née en 1983), du Belge Thomas Lerooy (né en 1981), des Américains Richard Mosse, Babak Golkar et Torey Thornton. Ces artistes sont soutenus par d’importantes galeries depuis plusieurs années : Torey Thornton par les galeries Modern Art et Almine Rech à Londres, Claudia Comte a participé à des expositions chez Perrotin et chez Gladstone, Thomas Lerooy est soutenu par la galerie Nathalie Obadia en France et par Rodolphe Janssen en Belgique… quant à Richard Mosse, représenté depuis 2008 par la galerie américaine Jack Shainman, il prépare une grande exposition à Londres dont l’ouverture est prévue en février, la demande est donc attentive aux œuvres en circulation (Richard Mosse, The Curve, Barbican Centre, Londres, 15 février-23 avril 2017). Une introduction sur le second marché se doit d’être préparée… Un soutien préalable de l’artiste est requis avant d’affronter l’arène des enchères et il préférable que ce soutien proviennent de galeries solides plutôt que d’une poignée d’amateurs localisés.

source © artprice.com

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