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[Critique] Patients

Par Régis Marton @LeBlurayphile
[Critique] Patients

Un film de : Grand Corps Malade et Mehdi Idir

Avec: Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Nailia Harzoune, Franck Falise, Moussa Mansaly

Se laver, s'habiller, marcher, jouer au basket, voici ce que Ben ne peut plus faire à son arrivée dans un centre de rééducation suite à un grave accident. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens.... Bref, toute la crème du handicap. Ensemble ils vont apprendre la patience. Ils vont résister, se vanner, s'engueuler, se séduire mais surtout trouver l'énergie pour réapprendre à vivre. Patients est l'histoire d'une renaissance, d'un voyage chaotique fait de victoires et de défaites, de larmes et d'éclats de rire, mais surtout de rencontres : on ne guérit pas seul.

Le premier film de Grand Corps Malade, co-réalisé avec Mahdi Idir, est adapté de son roman autobiographique du même nom, retraçant le parcours de l'auteur dans un centre de rééducation pour personnes handicapées après un accident. En dépit du programme de bon ton qu'il suit de bout en bout, le film installe un certain malaise, à force de connivence obligatoire. C'est sa visée esthétique, et donc politique, qui révèle ses failles. Car, en ne dépassant jamais la vision d'une publicité préventive pour les jeunes, le film ne sort jamais de son carcan de personnages archétypaux qui, s'ils avaient été réellement investis, auraient permis au film de s'élever.

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Le problème majeur réside dans l'évitement permanent de toute gravité en fuyant la dimension traumatique du handicap. Le choix de traiter ce sujet sous la forme de la chronique, où bien souvent l'anecdote l'emporte sur le romanesque, aseptise considérablement le film et restreint sa portée. On aurait pu espérer que les metteurs en scène fassent quelque chose de l'espace labyrinthique de l'hôpital, avec ses couloirs que l'on parcourt pour tromper l'ennui. D'ailleurs la question de l'ennui, de l'attente imposée par ces corps endormis, cette patience forcée (malgré le titre), n'est jamais abordée de front. Là encore, on préfère l'expression du " vivre ensemble " qui vire au copinage. Ces corps ne sont jamais regardés, ni pris en considération (on comprend vite l'intention pratique de l'auteur: en évitant la question du corps, il fait de ses personnages " des gens comme les autres "). Ils permettent seulement de se vanner à longueur de scènes. Ainsi, les deux personnages les plus intéressants, bien que secondaires, sont Samia et Steeve, précisément parce que leurs handicaps concernent directement la question de l' acceptation. Chez la jeune femme, c'est dans son origine que son handicap prend tout son sens, et chez le jeune homme, ceux sont dans ses répercussions, notamment psychologiques. Ils deviennent les personnages les plus complexes parce qu'ils portent en eux la question épineuse du suicide, que le film fuit. A côté de la colère de Steeve, qui se rebelle sans cesse contre son état, figure le héros du film, fade et consensuel. En voulant faire passer sa résignation naïve pour de la sagesse, les metteurs en scène le rendent antipathique. Il est sans défaut, effectue un parcours sans faute et devient le vecteur de la morale de bonne conduite du film. Avec son caractère de vieux sage dans un corps jeune, il tourne le dos à la vie et fuit ce qu'elle lui offre. Ainsi, la scène stupide où Ben met fin à une possible histoire d'amour avec Samia pour, tout raisonnable qu'il est, suivre ses parents en entamer un nouvelle vie. Sous couvert d'une histoire " basée sur des faits réels ", les deux réalisateurs ne manquent pas de faire la leçon à leur spectateur amadoué par la bonne humeur d'un film sage, aimable et à l'ambition éminemment populaire. Car c'est là que réside le véritable enjeu du film; celui de réaliser une comédie populaire à portée sociale et fédératrice. Le film s'inscrit ainsi dans la lignée d' Intouchables avec lequel il partage certains points communs. De fait, l'ancrage social est primordial et le film, naturaliste, ne décolle jamais de la visée sociologique qu'il s'est imposée. Les personnages deviennent des archétypes sociaux dont l'expérience de la vie découle directement de leur assignation sociale. Un propos tenu par Steeve révèle le sous-texte du film: seuls ceux qui sont nés en banlieue subissent le handicap, jamais les bourgeois. Le film s'inscrit dans ce discours plutôt rance, puisqu'il relève de l'échantillonnage opéré par les auteurs pour le besoin du récit. En voulant susciter à tout va l'empathie pour ses personnages, par le recours à l'humain sans retenue, le film ne manque pas de dévoiler sa visée démagogique.

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