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Anne (2017) : nostalgie d’actualité

Publié le 29 mars 2017 par Jfcd @enseriestv

Anne est une nouvelle coproduction de huit épisodes entre CBC au Canada (diffusée chaque dimanche depuis la mi-mars) et Netflix (en ligne dès le 12 mai). L’action se déroule dans la province de l’Île-du-Prince-Édouard à la fin du XIXe siècle alors que Marilla Cuthbert (Geraldine James) et son frère Matthew (R.H. Thompson) planifient d’adopter un garçon pour aider ce dernier dans les travaux de la ferme. Seulement, l’agence fait une erreur et leur envoie Anne Shirley (Amybeth McNulty), une jeune orpheline qui se distingue à la fois par ses cheveux roux et son franc-parler. Reste à savoir si la chimie passera suffisamment entre les deux parties pour qu’ils puissent vivre tous ensemble. Étant donné la notoriété des livres de Lucy Maud Montgomery dont cette adaptation s’inspire, ainsi qu’une première série qui elle aussi a vu le jour à l’antenne du diffuseur public canadien en 1985, cette question relève plutôt de la rhétorique. Pourtant, on ne se lasse pas de revivre les aventures de cette adorable fillette et cette nouvelle version nous arrive avec une plus-value à laquelle il vaut la peine de s’attarder, sachant que l’on tombera rapidement accro.

Anne (2017) : nostalgie d’actualité

Une époque…

Lorsqu’il tombe nez à nez avec cette jeune rouquine laissée seule, Matthew n’a pas le cœur de l’abandonner. Sur le chemin menant vers les Pignons Verts (le nom de la propriété des Cuthbert), il se rend rapidement compte que ses histoires qu’elles soient inventées ou non viendront mettre un peu de piment dans leur morne quotidien. Passé le premier choc, Marilla accepte de prendre Anne à l’essai et après une violente incartade entre celle-ci et la voisine Rachel Lynde (Corrine Koslo), une certaine routine où tous y trouvent leur compte s’installe. La jeune fille se découvre beaucoup d’affinités avec Diana Barry (Dalila Bela) qui a son âge et c’est en revenant d’un goûter chez sa famille que la broche de Marilla disparaît. Persuadée que c’est Anne qui la lui a volée, elle décide de la renvoyer à l’orphelinat, mais à peine la rouquine a-t-elle quitté en train que l’on retrouve le bijou. Dans le second épisode, Matthew part à sa recherche dans les environs de Charlottetown et c’est in extremis qu’il répare les pots cassés. Au final, cette aventure aura cimenté les liens du clan Cuthbert-Shirley au point où Matthew et Marilla décideront de l’adopter légalement.

Anne (2017) : nostalgie d’actualité
Depuis la diffusion d’Anne la Maison aux Pignons Verts dans les années 80, on ne compte plus le nombre de reprises de la série, autant sur CBC que Radio-Canada, et ce, à toutes les cases horaires. En même temps, à l’heure où les grandes chaînes de télévision décident de dépoussiérer leurs vieux classiques dans le but de fédérer un large auditoire (Roots; History Channel, Poldark; BBC One, MacGyver; CBS pour ne nommer que celles-là), ne soyons pas surpris qu’au Canada ce soit au tour de l’adaptation des romans de Montgomery. Reste ensuite à déterminer quel est l’avantage de remettre au goût du jour une histoire que tout le monde connaît par cœur. Et voilà que quelques minutes à peine après le générique, le charme opère encore une fois et on est happé pour toute la saison. Il serait vain de comparer les deux versions qui chacune dépeignaient en quelque sorte une esthétique reflétant l’époque où elles ont été tournées. Il faut au moins souligner une acuité historique qui dans la nouveauté de CBC nous semble plus réaliste. C’est que dans celle des années 80, la maison des Cuthbert était remplie de draperies et lourdement chargée d’artéfacts qui convenaient peu à deux propriétaires terriens qui n’avaient pour revenus que les récoltes de leur sol. Ainsi, dans Anne, leur logis est pour le moins épuré et équipé du strict minimum, qu’il s’agisse de la vaisselle, des meubles et même des vêtements. Tout ceci reflétant un certain degré d’aisance dans la hiérarchie de l’île, on a à l’opposé les Barry qui incarnent de véritables bourgeois pour le moins snobs. Celui-ci se manifeste plus particulièrement à la fin du second épisode alors que les Cuthbert en compagnie d’Anne se rendent à un goûter d’anniversaire organisé justement par les parents de Diana. On y voit les invités beaucoup mieux vêtus qui cachent à peine leur indignation devant cette orpheline et les médisances qu’ils s’échangent entre eux à propos de la nouvelle arrivée traduisent une mentalité assez étroite reflétant l’époque.

Anne (2017) : nostalgie d’actualité

… et une jeune fille

C’est ce contexte socio-économique ou encore hiérarchique qui nous aide à mieux cerner notre héroïne. On comprend d’abord à quel point le fait d’être orphelin en cette fin de siècle vient avec son lot de préjugés : des voleurs, des menteurs, des indésirables, etc. Dès lors, il nous est plus facile d’éprouver de la sympathie à l’égard de la jeune rouquine lorsqu’elle affirme à Matthew : « I like imagining better than remembering », d’où le monde fantasque qu’elle se crée et qui lui sert d’évasion. Pour ajouter un peu plus de chair au personnage, le recours aux flashbacks où elle est victime d’intimidation se révèle très utile tout en se faisant l’écho d’une réalité à laquelle des pays comme le Canada ont été particulièrement sensibilisés ces dernières années, notamment avec l’arrivée des réseaux sociaux.  Dans le second épisode lorsque Matthew retrouve enfin Anne dans une gare à Charlottetown, il peine à la convaincre de retourner aux Pignons Verts et finalement affirme haut et fort aux autres voyageurs : « She’s my daughter! »… ce qui nous fait immédiatement monter les larmes aux yeux. Toute cette séquence, pour ne pas dire l’épisode en entier n’avait pas été portée à l’écran dans la version originale : une autre raison d’apprivoiser la nouvelle mouture.

Enfin, on ne peut passer sous silence les talents de l’actrice Amybeth McNulty. Pour ne rien enlever à Megan Follows, cette dernière avait 17 ans lorsqu’elle en incarnait une fillette de 14 tandis que la nouvelle a le même âge que son personnage, ce qui est davantage réaliste. Aussi, le fait qu’elle soit d’une beauté un peu moins classique que sa prédécesseure nous la rend plus vulnérable quand on entend les autres se moquer d’elle.

Outre les premiers téléfilms de la CBC, le personnage d’Anne n’est jamais tombé dans l’oubli. Entre l’Île-du-Prince-Édouard dont le tourisme ne dérougit pas d’un iota, la petite orpheline rousse a touché le cœur de millions d’étrangers de partout dans le monde, de la Suède en passant par le Japon. Ironiquement, c’est ce pays qui est à l’origine d’une nouvelle version en dessins animés à la fin des années 70 qui a entre autres trouvé preneur à… Radio-Canada à l’époque ! Et malgré des adaptations récentes, notamment un long métrage à PBS et une série jeunesse à YTV, l’incontournable est définitivement ce partenariat entre CBC et Netflix. Entre cette mise en ligne prochaine un peu partout dans le monde et celle du diffuseur public canadien ayant récolté une audience de 815 000 téléspectateurs pour son premier épisode et 780 000 pour le second, nul doute que d’autres saisons sont à venir.

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