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L’an zéro de la sculpture

Par Balndorn
L’an zéro de la sculpture
Rodin. L’exposition du centenaire a ouvert au Grand Palais il y a deux semaines. On pouvait attendre, cent ans après la mort du grand sculpteur, une expo qui remette en lumière la singularité de l’artiste. Or, la scénographie souffre du défaut récurrent des monographies : la course aux chefs-d’œuvre.
La chasse aux trésors
La première salle donne le ton : dans un grand espace s’empilent Le Penseur, Les Bourgeois de Calais, Saint-Jean Baptisteet L’Âge d’airain, soit quatre des plus célèbres sculptures rodiniennes. On ne peut faire entrée plus tape-à-l’œil. Et pourtant, hormis les selfies et les photos, on ne garde rien de l’endroit. Aussi colossales, aussi magnifiques soient-elles, les sculptures restent nues. Aucun carton didactique pour expliquer l’originalité d’un Penseurtout en muscles, sur le point de basculer, dans la représentation de l’acte de penser ; aucun rappel de la polémique à propos de L’Âge d’airain, dont les détracteurs de Rodin l’accusaient injustement d’avoir procédé à un moulage anatomique pour obtenir un corps aussi réaliste.Et il en va ainsi tout le long du parcours. Inlassablement s’alignent les chefs-d’œuvre : ici Le Baiser, là une partie de La Porte des Enfers, au milieu Les Bénédictions… Dans cette mise en scène à la manière du Salon, où tout s’empile pour attirer les regards, les pièces maîtresses de l’œuvre rodinienne rétrogradent au rang d’icônes artistiques, sacrées on ne sait pourquoi.Quant aux œuvres jugées « mineures », elles se retrouvent entassées sur les côtés, exposées dans des vitrines froides. Pourtant, quelques pièces retiennent l’attention : une perverse Femme accroupie, une superbe Cathédralede mains jointes, un douloureux Christ à la Madeleine… Mais à peine présentées par des cartons expéditifs, elles restent reléguées à l’écart de la grande mythologie du Sculpteur National que l’exposition célèbre une fois de plus.
Rodin, un génie hors de son siècle
Rodin. L’exposition du centenairesouffre d’un réel manque de contextualisation. Les trois maigres panneaux de présentation ne suffisent pas à replacer Rodin dans l’histoire de la sculpture. Loin de gâcher le talent de Rodin, un exercice de recontextualisation historique et artistique aurait mis en valeur l’originalité du sculpteur au sein de son époque et, par conséquent, ce qu’il aurait apporté à la sculpture moderne.Au contraire, absolument dés-historicisée, l’œuvre de Rodin ainsi exposée semble naître d’un génie intemporel, libéré de tout contexte de production. L’artiste paraît, tel un Christ de la sculpture, né par la seule grâce du Génie : ni maîtres, ni rivaux, ni passé. Comme si Rodin constituait l’an zéro de l’art moderne, et qu’auparavant vivotait une sculpture préhistorique.Seule la dernière salle ose un timide exercice d’histoire de l’art. En montrant l’influence stylistique qu’a pu avoir Rodin sur des auteurs aussi différents que Germaine Tillier, César et Willhelm Lehmbruck, l’exposition souligne l’empreinte du grand artiste dans les divers chemins qu’ont empruntés après lui les sculpteurs modernes.Mais aussitôt que surgit le regard critique s’interrompt l’exposition. Après tout, mettre en regard les œuvres de Rodin et de ses successeurs constitue un début d’hérésie : c’est commencer à désacraliser une figure de Père de la modernité, dont la vision linéaire de l’histoire de l’art a tant besoin pour sauvegarder son autorité.

Rodin. L’exposition du centenaire, au Grand Palais jusqu’au 31 juillet 2017 Maxime

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