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Jardinage

Publié le 13 avril 2017 par Feuilly

Il faisait beau dimanche et un grand soleil nous faisait oublier les jours gris des longs mois qui venaient de s’écouler.

L’équinoxe de printemps était dernière nous. Je le savais, la roue avait tourné, irrémédiablement, comme chaque année, comme toujours.

Emporté dans l’immensité de l’espace sur ma petite planète, je méditais sur la notion de l’éternel retour si chère aux hommes de l’Antiquité.

A vrai dire, je ne méditais pas vraiment, car profitant de la bonne chaleur ambiante, je jardinais.

Jardiner est pour moi un plaisir. C’est un plaisir simple, certes, mais qui me procure des joies profondes. Surtout s’il fait beau et que tout autour de moi est calme et silencieux.  

Après avoir retourné la terre, il faut la sarcler pour casser les mottes, puis ratisser lentement, pour égaliser. C’est tout un travail, déjà, mais un travail plaisant, qui prend tout son sens puisqu’il a une finalité immédiate. Et cette finalité, c’est de semer et de faire naître la vie.

On se penche sur cette terre que l’on vient de retourner, cette terre qui doucement se réchauffe sous l’action bénéfique du soleil. C’est le printemps mais déjà c’est un peu l’été, tant il fait chaud.

On se penche et on trace un sillon avec le manche du râteau. Rayure qui délimite à jamais l’endroit où pousseront les plantes. Instant fatal, arbitraire (pourquoi ici et pas là ?) mais irrémédiable.

On ouvre délicatement le paquet de graines et on verse dans la paume de sa main les précieuses semences.  La vie est là, simple et tranquille, comme disait le poète. Ensuite, du bout des doigts on laisse tomber les graines une à une dans le sillon. Que voilà un geste simple, mais beau. Deux mille ans avant moi, mes ancêtres accomplissaient déjà le même rite, conférant au mouvement de ma main une sorte d’éternité intemporelle.

Là où le sillon a été mal tracé, il faut le refaire avec le doigt et insister délicatement, comme si on caressait le sexe d’une femme.

Ces graines que l’on vient de déposer lentement et avec amour dans la grande chaleur de ce dimanche, germeront demain. C’est l’avenir qu’elles portent en elles.

Il y aura toujours des graines pour tomber dans la terre après le grand équinoxe de printemps, même quand je ne serai plus là.  Mais aujourd’hui cette terre sur laquelle je me penche n’est pas celle la tombe, mais celle de l’espoir. Dans le silence de l’après-midi, je suis seul et heureux, parfaitement heureux.   

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