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De la violence comme cercle vicieux

Par Balndorn
De la violence comme cercle vicieux
A History of Violence constitue une magistrale étude des engrenages à l’œuvre dans le cycle de la violence. Bien qu’ancré dans une histoire singulière, humaine, le film de Cronenberg démontre comment les manifestations violentes s’enchaînent les unes aux autres, jusqu’à former un mécanisme implacable sur lequel l’homme n’a plus de contrôle.

Le récit suit un principe de crescendo : le premier acte d’héroïsme de Tom Stahl, tenant d’un café dans une petite ville de l’Indiana, amène à sa suite un groupe de gangsters de Philadelphie. Les repousser ne changera rien à l’affaire : après eux, d’autres viendront, car la logique de la vendetta est fatale. Elle finit par dépasser la singularité de l’individu pour devenir mécanique, inhumaine ; et dans ses rouages, elle entraîne tous ceux qui l’ont appelée, jusqu’à défigurer leur identité.
Pris dans le piège de la violence, l’individu change de statut. À mesure qu’il tue, des doubles de lui-mêmes surgissent pour lui rappeler ses crimes. Tom Stahl honnête père d’une famille normale se retrouve soudainement confondu par les gangsters avec un certain Joey Cusack, redoutable tueur de la pègre de Philadelphie.
Les plans sur les corps accentuent les contrastes pour attiser la symbolique des scènes : le visage du bon papa se retrouve souillé par le sang de ceux qu’il vient de tuer. Un monstre existe en chaque être humain, et il n’attend qu’un seul geste de violence pour se libérer et nous dé-visager.
Car l’acte meurtrier n’est pas sans conséquences. Extérieur, il pénètre pourtant la chair. Bref, il hante cependant la conscience. Singulier, il détruit toutefois une collectivité. À chaque nouvelle fusillade, l’héroïsme de Tom Stahl s’effrite peu à peu, révélant à sa famille une formidable machine à tuer. Qui inspire et dégoûte. Le pire conflit se situe toujours en nous, dans le rapport à nos doubles.
Ainsi, l’homme est Janus. Biface. La séquence d’ouverture, tournée en un long plan-séquence latéral à l’air paisible, joue sur l’ambiguïté du visible et de l’invisible, de l’endroit et de l’envers. Deux hommes devant un motel, tranquilles ; l’un rentre et sort rapidement ; l’autre le suit : deux cadavres à l’intérieur.
L’American Monomythse renverse. La rédemption de la collectivité par le sang ne peut aboutir qu’à toujours plus de sang. La violence n’a d’autre fin qu’elle-même. Et pour y mettre un terme, il faut accepter l’épreuve de l’eau, qui purge jusqu’aux mâchoires de la vengeance.
De la violence comme cercle vicieux
A History of Violence, de David Cronenberg, 2005
Maxime

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