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Lady Macbeth

Par Balndorn

Lady Macbeth
Plan large. Katherine, aussi raide que le cadre, attend, comme une jeune mariée bien éduquée de l’Angleterre victorienne. Qu’attend-elle ? Que les journées passent ?Sourd, un bruit d’ébullition monte lentement. Au bout de l’attente, au bout de l’ennui, viendra l’explosion. Et « The Young Lady » deviendra « Lady Macbeth ».
Sous le corset, un volcan
Le titre français, The Young Lady, dénature la violence du titre original. Si Lady Macbeth, premier long-métrage de William Oldroyd, surtout connu comme homme de théâtre, n’adapte pas la pièce de Shakespeare, le film en reprend la violence et la folie grandissantes. Il semble d’ailleurs que le cinéma contemporain ne retienne du drame écossais que son étude d’une psychologie vacillante ; de ce point de vue, Lady Macbeth et Macbeth (Justin Kurzel, 2015) se rapprochent.Néanmoins, comme le titre l’indique, le personnage de Katherine Lester (Florence Pugh) est un dérivé de Lady Macbeth. De cette dernière, Katherine emprunte la détermination, la froideur presque inhumaine, le désir d’assouvir sa passion. Mais il n’y a pas de Macbeth dans cette histoire, pas d’homme à porter sur le trône. La seule envie dont rêve Katherine, c’est la liberté de jouir, de s’arracher au corset. Et, telle Lady Chatterley, elle s’épanche de manière sauvage dans les bras de Sebastian (Cosmo Jarvis), le nouveau palefrenier, qui, entreprenant à l’origine, se retrouve peu à peu soumis au bon vouloir de sa maîtresse.Dans une société victorienne aussi étouffante, littéralement corsetée, Katherine incarne une soif avide de libération individuelle, et ses excès. Ni sainte, ni diablesse, Katherine pousse la jouissance dans ses retranchements, quitte s’il le faut à faire couler le sang des entraves patriarcales qui l’ont enfermée dans un cottage coupé du monde. C’est alors le caractère féministe du personnage que la mise en scène interroge. Katherine ne réclame pas la liberté pour toutes les femmes, seulement pour elle : il faut voir la manière dont elle traite sa domestique Anna (Naomie Ackie). Sa violence laisse tout autant perplexe : si elle paraît barbare, on peut cependant la comprendre au regard de la brutalité masculine de son beau-père et de son mari.Pareille au son de volcan qui scande le film, Katherine ne s’affilie à aucune cause : elle est une pure force, sur le point d’exploser dans un spasme sauvage et orgasmique.
Formalisme et projection de l’inconscient
Et cependant, la mise en scène volontairement rigide n’épouse pas les mouvements de l’âme des personnages. Les plans fixes, le plus souvent larges, se succèdent invariablement. Mises à distance, les émotions intérieures ne s’appréhendent que du point de vue extérieur du spectateur-juge, qui assiste à la montée en puissance de forces souterraines.Là encore se rencontrent Lady Macbeth et Macbeth. William Oldroyd et Justin Kurzel font tous les deux le choix du formalisme – au sens noble – pour exprimer, rendre sensorielles, les pulsions qui habitent les personnages du drame. Avec des procédés différents – plans fixes où gît une tension latente pour Oldroyd, filtres et ralentis pour Kurzel –, les deux réalisateurs envisagent la surface comme un écran où projeter l’inconscient.Dans leur refus marqué de l’introspection psychologique, les adaptations récentes de Macbeth semblent faire de la pièce shakespearienne une matrice du formalisme au cinéma. « Le bruit et la fureur » de Macbeth pourrait bien s’appliquer aux puissances expressives du cinéma.
Lady Macbeth
The Young Lady, de William Oldroyd, 2017  

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