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Le salaire minimum relève de l'idéologie progressiste

Publié le 09 mai 2017 par Magazinenagg
André Dorais
Le salaire est le prix de la main-d'œuvre.  Si les autorités décrètent qu'il ne peut pas être établi en deçà d'un seuil minimum, alors on risque d’obtenir un surplus de main-d'œuvre, toutes choses égales par ailleurs.  Cet effet n'est pas automatique, car il dépend de plusieurs variables.  Ce qui est certain, cependant, c’est que plus le salaire minimum est établi à un niveau élevé, plus grande est la probabilité qu’il provoque un surplus de main-d’œuvre.  Autrement dit, le travail, comme tous les biens économiques, est sujet à la loi de l’offre et de la demande.
Sachant cela, toutes les études empiriques qui cherchent à démontrer qu'une hausse du salaire minimum n'a pas d'effet sur la quantité de main-d'œuvre constituent, au mieux, une perte de temps.  Au pire, elles démontrent ou bien un biais idéologique, ou bien une incompréhension de la loi de l'offre et de la demande.
Il va sans dire qu'un salaire minimum établi par la loi à 2$ l'heure, en un lieu où le salaire moyen est 10 fois plus élevé, risque peu d'engendrer un surplus de main-d'œuvre.  De même, un salaire minimum qui est sensiblement identique au salaire qui serait offert par un employeur sans cette loi, risque de n'avoir aucun impact sur le nombre d'individus en emploi, car les conditions de travail ne se résument pas au seul salaire.  Nul besoin d'études empiriques pour obtenir ces résultats.
Doit-on conclure que ceux et celles qui effectuent ces études remettent en question la loi de l'offre et de la demande?  Est-ce parce qu'ils la comprennent mal?  Qu'ils considèrent qu'une hausse du salaire minimum en constitue une exception?  Qu'ils cherchent à déterminer l'impact d'une hausse particulière du salaire minimum sur le chômage? 
La nature de la loi de l'offre et de la demande
Un chercheur qui conclut qu'une hausse du salaire minimum ne conduit pas à un surplus de main-d'œuvre peut avoir raison dans la mesure où sa recherche est limitée dans le temps et l'espace.  Malgré cette possibilité, la loi de l'offre et de la demande n'en demeure pas moins valide, car elle indique une direction ou une tendance.  Pour autant qu'on puisse la faire parler, on dira d'elle qu'elle ne cherche pas la précision mathématique et conséquemment, un salaire qui se différencie du salaire minimum à quelques sous près ne l'offusque pas.  
Cette loi n'a rien d'automatique puisqu'elle ne relève pas de la mécanique.  Elle n'a pas non plus la précision de la physique ou des mathématiques, car elle ne porte pas sur des objets inanimés, mais sur les actions humaines qui visent un but.  Celles-ci ne se conduisent pas comme ceux-là, par conséquent on doit en tenir compte si l'on veut bien les décrire.  Parce que trop d'économistes envient la précision de la physique, ils utilisent les mêmes outils qu'elle dans le but de décrire leur objet de recherche, qui pourtant s'y prête mal. 
Parce que les moyens qu'utilisent les économistes sont précis, ils concluent que leurs résultats le sont autant.  Or, il va sans dire que les résultats des analyses économiques ne pourront jamais être aussi précis que les résultats des analyses de la physique étant donné que la nature humaine n'est pas aussi prévisible que la nature inanimée.  À trop penser que les analyses économiques sont précises parce qu'on utilise des mathématiques et des statistiques pour les effectuer, on finit par altérer la réalité pour la rendre conforme aux moyens qu'on utilise pour la décrire.  Un bon économiste ne modifie pas la réalité pour l'adapter à la loi, il modifie plutôt la loi pour l'adapter à la réalité.
Les impacts d'une hausse du salaire minimum se font sentir uniquement lorsque la différence entre celui-ci et le salaire envisageable par l'employeur est trop importante à ses yeux.  Dans ce cas, l'employeur cherche d'autres moyens d'améliorer sa production, ou ses services, au détriment de certains chercheurs d'emploi.
L'imposition d'un salaire minimum n'a peut être pas de conséquence automatique et immédiate sur la quantité de main-d'œuvre d'une région donnée, mais elle ne risque pas moins d'affecter plusieurs individus.  En effet, d'une part elle limite les choix que l'employeur peut faire de ses ressources, d'autre part elle réduit la possibilité de certains individus d'être employés et salariés.  Les conséquences potentielles sont multiples et non immédiates, par conséquent difficiles à constater et à mesurer. 
Chose certaine, plus le salaire minimum est établi à un niveau élevé, à la grandeur d'un territoire où l'économie est diversifiée d'une région à l'autre, plus il réduit les choix et des employeurs et des chercheurs d'emploi.  Autre conséquence tout aussi certaine, les choix des consommateurs sont réduits d'autant que les choix des uns et des autres sont limités. 
Si des économistes et d'autres chercheurs tentent de démontrer, via des études empiriques, qu'une hausse du salaire minimum n'a pas d'impact sur le nombre d'individus en emploi, c'est entre autres raisons parce que les moyens qu'ils utilisent pour décrire leur objet de recherche prennent le dessus sur celui-ci.  C'est-à-dire qu'il devient plus important, ou à tout le moins aussi important à leurs yeux, de préserver leurs outils d'analyse que de bien décrire la réalité.  Cela permet à plusieurs d'entre eux de promouvoir leurs idéaux sous le couvert de la science.  
Par exemple, lorsqu'ils disent que «de nouvelles dépenses gouvernementales sont favorables à la création de richesse puisqu'on constate une augmentation du PIB», c'est qu'ils considèrent que leurs observations et leurs mesures de richesse sont précises et leur permettent de corroborer que lesdites dépenses conduisent à une augmentation de richesse.  Ils accordent la même confiance à leurs mesures de chômage lorsqu'ils disent que «la hausse du salaire minimum n'a pas d'impact sur la main-d'œuvre puisqu'on n'observe pas de hausse du taux de chômage». 
Trop d'économistes mènent leurs études d'abord d'après un préjugé favorable aux interventions de l'État dans les échanges économiques.  Ensuite, parce qu'ils corroborent leurs préjugés par des chiffres, donc de manière scientifique à leurs yeux, ils concluent que leurs préjugés sont plutôt des faits incontestables.
À trop penser que ces mesures statistiques sont précises d'une part et d'autre part, à trop considérer qu'il y a injustice dès lors qu'un écart de richesse est trop grand ou qu'un salaire soit trop bas à ses yeux, on finit par modifier la réalité, la décrire de telle manière qu'elle soit conforme à ses idéaux plutôt qu'à la réalité même. 
L'idéologie qui prend le dessus sur la science
Une science mal comprise est sujette à toutes les critiques.  Dans ces circonstances, la tentation est alors grande de l'utiliser à ses propres fins, d'avancer ses propres idéaux en son nom, soit au nom de la science.  Trop de chercheurs considèrent que le salaire minimum doit relever de l’éthique égalitariste.  Elle doit être imposée à tous, car il en va du bien de la collectivité, disent-ils.  Ils ne peuvent pas s'imaginer qu'on laisse à des commerçants le soin de dicter les salaires, par conséquent ils recommandent aux législateurs d'établir un seuil minimum afin d'avoir la conscience tranquille. 
Or, ce minimum est constamment bafoué par les législateurs eux-mêmes.  En effet, ceux-ci offrent à pratiquement tous les employeurs les moyens d'engager des milliers de travailleurs à un salaire plus bas que le  salaire minimum.  Pour ce faire et sauver les apparences, ils subventionnent des milliers d'emploi dont plusieurs se traduisent, pour les employeurs, à payer un salaire moindre que le salaire minimum.  Précisons que l'employé ne reçoit pas moins que le salaire minimum puisque son salaire est payé à la fois par son employeur et le gouvernement qui le subventionne.  En d'autres mots, cette entente permet à l'employeur de débourser moins que le salaire minimum pour obtenir les services d'un employé qui recevra plus que le salaire minimum grâce à une subvention gouvernementale.  Morale de l'histoire, le gouvernement impose le salaire minimum sous le prétexte d'éviter les abus des employeurs, notamment du secteur privé, alors qu'il constitue le principal agent économique qui ne respecte pas la loi.  Sa propre loi! 
Qu'un gouvernement soit obligé de subventionner des salaires à un point tel que plusieurs de ces salaires constituent, pour les employeurs qui les paient, un salaire moindre que le salaire minimum, signifie d'abord que ce minimum est trop élevé non seulement pour plusieurs employeurs, mais aussi pour le gouvernement.  À son tour, cela signifie que le gouvernement se donne le beau rôle, de justicier ou de moralisateur, tout en étant le plus hypocrite.  
Ces subventions tendent à contrecarrer la loi de l'offre et de la demande en ce sens qu'elles évitent d'augmenter, à court terme du moins, le surplus de main-d'œuvre (le chômage).  Toutefois, leur effet sur le chômage est éphémère, car ces subventions ne constituent pas qu'un simple transfert de coût, des employeurs aux contribuables et aux consommateurs, mais un coût additionnel pour ces derniers.  En effet, puisque l'administration de ces subventions n'est pas gratuite, le gouvernement devant embaucher une panoplie d'agents pour les administrer, tôt ou tard ces coûts se répercutent non seulement sur le nombre total d'individus en emploi, mais sur la richesse globale d'une société. 
La loi de l’offre et de la demande demeure valide malgré les subventions salariales et on ne voit pas l’idée d’effectuer des recherches empiriques pour essayer de démontrer que le salaire minimum en constituerait une exception, car cette loi n’en souffre pas.  On conclut donc que ces recherches sont effectuées ou bien pour promouvoir ses idéaux, ou bien par ignorance.  

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