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Max | Dans l'ambiance

Publié le 09 mai 2017 par Aragon

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C'était une toute petite cérémonie religieuse dans l'église du quartier Départ (Orthez) tout à l'heure. Bien modeste, intime, je pensais pendant l'office à Brassens et à son "Pauvre Martin" qui ne voulut pas, jusque dans la mort, déranger les gens.

Contraste énorme avec celle de ce matin du côté de Pau ou le défunt au bout d'une très longue vie, ou temps de guerre, travail, engagement associatif, pratiques "festives" : pétanque, chasse, pêche, tout ça s'étant mêlé, avait fait qu'une foule considérable d'amis avait été drainée, les gens s'étaient même répandus sur la place, la petite église ne pouvant tous les contenir, le cercueil exultait recouvert d'un drapeau tricolore.

Cet aprèm c'était tellement différent, le défunt avait organisé ses obsèques, après une très longue vie lui aussi, il n'avait voulu qu'une poignée de personnes, moins d'une dizaine, la cérémonie fut sans enthousiasme car la famille n'était guère croyante-pratiquante mais il avait voulu un passage par l'église pour une surprise et le curé fut surpris de la surprise, ça le dégela au sortir de son pauvre office, il ne s'opposa pas ce brave curé, car je sais que certains curés raides dans leurs soutanes n'acceptent pas textes lus et musiques profanes, tout doit être catho de chez catho, estampillé et made in Vatican. Le brave curé chinois d'Orthez avait donc accepté la surprise de Jacques que sa fille mis en route alors que nous étions devant le cercueil posé dans le choeur, juste à la fin de l'office ; elle se dirigea vers un lecteur, introduisit une clé et mis à donf une ziq qui fit trembler l'église. Les gens commencèrent à bouger des pieds, moi aussi, le surplis du curé commençait à frémir, la veuve, les yeux fermés, souriait au cercueil. Nous eûmes droit à une super version de "In the Mood" de Glenn Miller. Les murs solennels n'avaient j'en suis sûr jamais résonnés sous telle musique. Ça devait les changer des sempiternels et lugubres "Credo" ou "Dies irae". Le mort avait dit qu'il ne voulait que personne ne soit triste à l'église le jour de son enterrement.

L'instant d'après je poussais le fauteuil roulant de la vieille dame veuve de l'entrée du cimetière jusqu'au caveau de famille et sa fille me racontait que son père et sa mère avaient vécus des moments particulièrement pénibles pendant la guerre et à la libération ils s'étaient retrouvés avec des soldats américains de l'orchestre de Glenn Miller, Paris exultait, Paris était en fête, et les parents de cette dame se sont souvenus toute leur vie de ces instants inouïs, de cette musique galvanisante pour un sortir de guerre, musique libératoire. Le papa avait tenu à ce que "In the Mood" soit joué dans l'église et ce fut fait aujourd'hui.

J'étais à côté d'Yvonne, la veuve, je l'ai entendu dire en pleurant "Au revoir mon petit coeur chéri", en touchant une dernière fois le cercueil avant que nous ne le descendions dans la fosse. Elle a jeté une brassée de roses multicolores. J'aime le métier que je fais...


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