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523ème semaine politique: Macron, la stratégie du sommeil.

Publié le 13 mai 2017 par Juan

523ème semaine politique: Macron, la stratégie du sommeil.

Où l'on se surprend à être soudainement apaisé, calmé, presque endormi par les premiers pas de Monsieur Sourire, notre nouveau président. Où l'on comprend que cette stratégie du sommeil du nouveau président inauguré en pleine messe un dimanche n'est pas fortuite mais bien pensée.
Premières interrogations... en marche
Elu dimanche avec 66,1% des suffrages, Emmanuel Macron continue, souriant et apaisant. Son double discours au soir du 7 mai est confondant de vide et litotes. On n'apprend pas grand chose, comme souvent. Puis il y a ce moment surréaliste et ô combien préparé: Macron marche seul, longtemps, vers la Pyramide du Louvre où l'attend un joyeuse foule saoulée à la techno et les reprises d'Eurovision. Le nouveau président élu apparaît presque grave. Son discours de victoire est déclamé, sans chaleur. Il répète des évidences - protéger les Français " en luttant contre toutes les formes d'inégalités ou de discrimination" -il enfonce des portes ouvertes, qui tranchent avec la réalité de son programme. Il veut défendre la France, "ses intérêts vitaux, son image, son message". On se pince devant tant de platitude désormais au sommet de l'Etat.
Où sont passés de Gaulle, Mitterrand et même Chirac ?
Macron déclame. Il est forcément ému. Il n'a que 39 ans.
Il ravale quelques sanglots. Puis Brigitte arrive et la foule a scandé, "Brigitte ! Brigitte !".
Lundi 8 mai, le jeune monarque est toujours souriant. On célèbre la fin de la Grande Boucherie, Hollande est souriant. Tout le monde est souriant. Ces sourires nous fatiguent déjà.
Après TF1 et France 3, voici C8 (Bolloré) et France 2 qui diffusent à leur tour des reportages/documentaires laudatifs sur le président élu. Le jeune candidat y apparait toujours souriant, mais cette Bliz-Krieg publicitaire est ... épuisante. 
Mardi 9 mai, journée anniversaire de la construction européenne, Emmanuel Macron apparaît sur ... Twitter et Youtube. Comme dans tous ses discours, Macron se répète mais avec des formules différentes. Il déclame beaucoup. Il abuse aussi de formules aussi cliquantes et creuses  qu'un slogan publicitaire comme "Je veux que l’Europe soit digne des promesses d’hier pour porter les promesses de demain." Ou encore: "Je ne serai pas un président assis". Oui, le climat, c'est "important" et la guerre, c'est "mal".
Le président élu publie un selfie, souriant, avec toute son équipe de campagne. C'est moderne. Cela ne changera pas l'avenir des salariés de l'usine Whirlpool d'Amiens.
Dans les rédactions et les partis, on s'interroge forcément sur la suite. Mais qui sera donc le premier ministre du nouveau monarque pour conduire la bataille des législatives ? On murmure les noms aussi sexy et modernes que ceux de Sylvie Goulard, Xavier Bertrand, Nathalie Kosciuko-Morizet, Bruno Le Maire. Il y a surtout le juppéiste etc maire de Rouen Edouard Philippe. Et ça négocie sec. Philippe veut venir avec des camarades juppéistes, cinq à 6 ministres, rien que ça.
Tu la sens, la rénovation ?
"En Marche!" est vite renommée "La République en marche!". Encore une fois, ça sent bon comme un slogan d'agence publicitaire. Et comment appellera-t-on les nouveaux élus ? Des Républicains comme ceux du parti de Sarko ?
Rendormez-vous.
Premières trahisons ... en marche
Jeudi, le suspense s'achève partiellement sur le futur dispositif politique du président élu: 428 candidats investis par le mouvement En Marche sont dévoilés. La moitié des retenus n'a aucune expérience d'élu, un renouvellement que l'on avait déjà constaté... au Front national lors des élections intermédiaires précédentes. 149 circonscriptions ne sont pas pourvues: les heureux investi(e)s ne sont que 428 et non pas 577 comme promis en début de semaine. Il fallait laisser de la place aux tractations en cours avec d'autres partis ou sous-partis en place - Parti socialiste, PRG, Parti Radical, la fraction juppéiste des Républicains et, surtout, le Modem de Bayrou.
Dans les circonscriptions laissées vides, il y a des surprises: 3 des 13 députés LR du fief sarkozyste des Hauts-de-Seine n'ont pas de candidat En Marche contre eux.
Il y a évidemment des couacs: un candidat du PRG refuse son investiture tant qu'il n' a pas "une parfaite information des engagements que (il) devra prendre". Puis un "membre de la société civile" et par ailleurs producteur de fictions télévisées est heureusement dégagé de son investiture après des tweets douteux sur Israël
Il y a aussi les déçus, au premier rang desquels... le meilleur allié de Macron, François Bayrou. La politique, même chez Monsieur Sourire, est cruelle.
Macron a sans surprise investi une large part de socialistes et proches du François Hollande, au point d'énerver déjà son meilleur allié François Bayrou: "C’est une opération recyclage du Parti socialiste. La grande lessiveuse. Je ne laisserai pas faire ça". Ce premier déchirement, grave tant le ralliement de Bayrou à Macron avait été décisif, surprend... ou pas. Vendredi, l'affaire est close, Bayrou a obtenu gain de cause et, surtout, près d'une centaine de circonscriptions supplémentaires. Il y a encore quelques responsables machinistes pour expliquer, avec le même sourire que leur mentor, que ce n'est pas "un accord d'appareil".
Autre déçu, et franchement humilié, Manuel Valls. Sur les ondes, l'ancien premier ministre déclare sa flamme et sa candidature sous la bannière En Marche. Patatras ! Il n'est pas investi. Les stratèges de la Macronista trouvent une parade: En Marche ne présentera pas de candidat contre Valls.
Tu la sens, la rénovation ? Rendors-toi.
Premières intox... en marche
Le quotidien Le Monde s'enthousiasme sur le processus inspiré du secteur privé - "plateforme", "séminaire de travail", "audition" pour recruter les candidats à l'investiture: inscriptions en ligne, algorithme et notations, puis auditions et, à la fin, arbitrage final par le PDG Macron. On nous endort avec des mots et des images. La réalité est différente: ainsi le maire socialiste de Sarcelles François Pupponi a confié publiquement sa surprise d'avoir été investi par En Marche pour les législatives sans jamais n'avoir postulé... Le fils de Marielle de Sarnez dément également vouloir une circonscription. Même Gaspard Gantzer, l'ex-conseiller ès communication de François Hollande décline son investiture.
En revanche, la belle-fille de Macron, Tiphaine Auzière, et tout le cercle proche (Richard Ferrand, Christophe Castaner, Benjamin Grivaux, etc), pour la plupart des quasi-inconnus du grand publics, ont sans souci obtenu une investiture.  
Ailleurs, on s'interroge et on s'inquiète sur le projet toujours flou du candidat Macron. "Le monde de l'école s'alarme", sans attendre l'investiture du président élu. "Marche ou crève" est le slogan de la Macronista, l'héritière souriante de Sarkofrance, écrivions-nous. Sur la retraite, la députée dépitée Karine Berger (PS) s'inquiète du projet macroniste de revenir sur la prise en compte de la pénibilité dans le calcul des retraites. Monsieur Sourire sait-il ce qu'est un travail pénible ? 

Le programme néo-libéral de Macron est connu. Yannis Varoufakis l'explique très bien. L'ancien ministre grec des finances avait appelé à voter Macron contre Le Pen, et quelques macronistes avaient compris qu'il soutenait carrément le programme de leur mentor. Il n'en est rien: "Voila pourquoi, Emmanuel, nous serons contre toi" écrit-il dans une tribune cette semaine. Dans les premières mesures promises par le candidat, la libéralisation du code du travail, et notamment placer les employeurs, et non les branches, en responsabilité de décider des conditions de travail.
Dimanche, Christine Boutin est furieuse. L'investiture de Macron remplace la retransmission télévisée de la messe. Boutin avait appelé à voter Marine Le Pen, cette candidate qui promettait aux immigrés légaux de ne plus toucher le chômage pendant 6 mois, et de retirer l'aide médicale aux clandestins malades. Pour celles et ceux qui croient en un Dieu, Christine Boutin mérite un stage en enfer, n'est-ce pas ?
Le Front national, méthode couée.
Et le FN dans tout cela ? Le FN, ce parti qui il y a quelques jours à peine était présenté comme aux portes du pouvoir par une coalition médiatico-politique bien organisée. Ce FN dont la candidate Marine a révélé son incompétence crasse lors d'un débat de second tour presque drôle tant elle était nulle et non avenue. Ce FN dont tous les sondages prévoyaient pourtant la défaite. Ce FN contre lequel nous furent sommés de voter quoiqu'il arrive, quoiqu'il en fut, et en faveur de n'importe quel candidat.
Bref, ce FN a tapé son plafond de verre, une fois de plus. La nouvelle défaite de Marine Le Pen passe mal. Bien sûr, la candidate frontiste a réuni 11 millions de suffrages sur son nom, un score glaçant et jamais atteint par l'extrême droite dans cette République. Mais la vague mariniste s'est arrêtée sous la barre des 35%, de surcroît face à un candidat mal aimé qui n'a pas obtenu le référendum républicain sur son nom qu'il espérait. Dès mardi, la jeune nièce Marion quitte le navire: elle ne sera pas candidate aux législatives de juin. Puis c'est Florian Philippot, l'omniprésent vice-président qui menace de partir à son tour si les ambiguités sur la sortie de l'euro ne sont pas levées.
Le Parti socialiste est à peine mieux loti. On attend qu'il disparaisse, sans doute pour renaitre plus tard. Tandis que Valls se précipite chez Macron, Hamon décide d'annoncer la création de son propre mouvement... Une réaction contre la décision du bureau politique d'abandonner les quelques mesures phare de son programme présidentiel pour la campagne législative (revenu universel et taxe sur les robots). Le PS officiel se prépare à être "Macron-compatible". Qu'il disparaisse chez En Marche sans faire trop de chichis. A droite, les mal-nommés Républicains ont également évacué de leur programme législatif les plus grosses outrances libérales du candidat Fillon comme cette hausse de TVA. Mais ça tangue. Bruno Le Maire annonce sa disponibilité pour travailler avec Macron. Estrosi quitte la présidence de la région PACA. Macron n'a pas encore réussi à faire exploser LR qu'il l'a brillamment réussi avec le PS.
La France insoumise lance sa campagne. Le programme est connu, il n'a pas changé. Les candidats sont prêts. Mélenchon se présente à Marseille, l'un des meilleurs scores, pour l'emporter contre LR et le FN, et surtout le candidat socialiste local Menucci. Forcément, ça dérange. Ce qui reste du PS aurait préféré que Mélenchon aille se faire les dents ailleurs, alors qu'il faut au contraire remplacer et vite, un PS en voie de disparition.
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Dimanche, François Hollande rend les clés de l'Elysée. On pensera à lui, quand même. Puisqu'il nous a débarrassé de l'ancien monarque. Et que cela n'était pas gagné.
Ami macroniste, marche ou crève.

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