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Petit pays, un roman écrit à hauteur d’enfant

Publié le 29 mai 2017 par Dress @lamouka_blog

C’est la première fois, oui je le dis haut et fort, que je parvienne à terminer un roman, depuis que je vis, depuis que je lis. C’est finalement Petit pays de Gael Faye qui m’a dépucellé. Je me demandais s’il fallait vous parler des personnages d’abord, ou de l’Afrique contée par Faye, décidément, j’ai opté pour le ressenti précédé du résumé bien résumé, j’adore cette formule.

Petit pays est pour ainsi dire une histoire troublante, je ne vous cache pas, je me suis ennuyée au début, j’ai voulu lâché, comme il était de coutume avec tous les ouvrages passés sous mes yeux, mais ça avait quelque chose, ça me faisait l’effet d’un deux pas en avant, un pas en arrière, mais il fallait que j’aille au bout, j’avais raison.

C’est l’histoire d’une famille normale, mais un peu à part, avec Michel le père « blanc », ce modèle de colon, d’expatrié que détestent les panafricanistes, il gère une usine et fait travailler les burundais, dans leur continent, bref, présenté comme ça, on se croirait à l’époque coloniale, right ? Mais ce n’est pas forcément sous cet angle que Faye à présenter son roman.

Yvonne, la mère, une rwandaise tutsie exilée avec toute sa famille au Burundi voisin à cause de cette chasse à l’homme ouverte contre sa tribu dans son propre pays. Anna, la dernière, voilà tout ce que j’ai retenu d’elle en dehors du fait qu’elle soit le modèle même de l’ignorance, de l’innocence, mais j’aurai aimé un peu plus de vie sur ce personnage. Anna est restée froide, sans vie dans presque tout le roman, mais peut être c’est ce que devrait être les enfants, des ignorants, des innocents qui ne connaissent rien aux subterfuges de la cruauté humaine, c’est peut être cela qu’a voulu montrer Sieur Faye dans son « petit pays ». Il y a aussi Jacques, un vieux blanc qui dénigre son cuisinier noir, il est pris au piège dans une Afrique qui est dorénavant ancrée dans sa peau, lui qui se sent désormais si noir au point de n’envisager aucun retour dans sa mère patrie. Ensuite, vient Gabriel, Gaby, le personnage clé de ce roman, celui là même qui, avec ses yeux d’enfant va nous raconter une Afrique, un Burundi, de l’humanité, une impasse et une bande de copain. Voilà un peu le condensé des personnages clés, il y a  aussi Donatien, le contremaître du père, un zaïrois immigré au Burundi, Innocent, un jeune burundais chauffeur et Prothé le cuisinier.

Les yeux de Gaby sont les yeux qu’on aimerait pour notre enfant, c’est ce que je me suis dit à la fin de la lecture de ce roman si bouleversant. Une histoire de nez, voilà comment s’ouvre le roman, nous plongeant dans une histoire de tribalisme vu à hauteur d’enfant, nos différences qui devraient être des atouts, des fiertés sont devenues des tares qui nous font couper le bras à la machette lourde.

Le quartier de Gaby ressemble à ceux là que j’enviais toute petite, la paisibilité de la bourgeoisie y règne, mais ce qui frappe c’est l’amour de Gaby pour ses camarades qui ne sont ni blanc ni noir pour lui, comme il le dit plus loin, vous êtes mes amis parce que je vous aime, pas parce que vous êtes Hutu ou Tutsies. Il présente également l’innocence de la jeunesse dans les extraits comme la correspondance entre Gaby et Laure, cette Laure qu’il n’a jamais vue mais à qui il envoie ses mots les plus profonds et tendres.

J’aime la façon dont Gaby aborde la guerre, le génocide. En commençant le livre, j’étais à 90% sûre de tomber sur un passage du genre « cachée derrière la porte, j’ai vu ce hutu dépiécer maman, lui enfoncer la lame dans la gorge », mais non, Faye a survolé ce génocide, mais ne minimisant pas pour ainsi l’événement, bien au contraire, tout en montrant sa gravité, tout en montrant les 2 faces de la pièce, avant, pendant et après la guerre. Il y’a eu une certaine pudeur pour raconter l’horreur, un coup de génie de la part de l’auteur qui a su trouver les mots exacts pour raconter cette guerre à travers le témoignage de sa mère qui dépourvu d’humanité faisait vivre des horreurs à la petite Anna dans une série de récits nocturnes.

L’histoire est racontée à hauteur d’enfant, il nous prête ses yeux, ceux là qu’il avait.

Petit pays, roman écrit hauteur d’enfant

crédit: Dave Tendresse // Comme la bande dans l’impasse du « petit pays ». Cette photo prise il y a longtemps décrit si bien l’insouciance de l’enfance et me rappelle l’impasse de Gabriel et de ses amis, Gino, les jumeaux

La vrai histoire est aussi celle de l’impasse et de la bande, les 400 coups des copains, les mangues mûres dont le jus dégoulinait sur lui, l’impasse de Gaby m’a fait pensé à ma jeunesse, moi en slip, le corps recouvert de gale ou de tâches par moment, dans les ruelles de chez moi ne me souciant de rien, profitant de la vie au maximum. L’impasse c’est cette enfance qu’on a tous eu, mais que le temps a finit par nous arracher. L’impasse et cette épave combi Volkswagen étaient la vie de Gaby et de ses camarades, il y avait dans cette carcasse de la bière, des cigarettes, (pas bien pour les enfants je vous l’accorde) mais ici Faye a voulu montrer ces petites bêtises qui pimentent notre enfance, ce petit gout du risque sans toute fois aller trop loin, ça ne tue pas.

J’ai éprouvé beaucoup de tristesse face à Francis, cet enfant méchant, mais après tout comment devient on méchant ? les blessures internes de la vie, comme pour Gino qui a vu les Tutsies tué son père, cette barbarie à rendu un pauvre enfant, qui n’avait que les bières pour lui faire croire qu’il était brave, mauvais, cruel, tribaliste, méfiant, ce qu’il y a de mauvais. Ensuite Gaby lui aussi malgré son refus de s’impliquer, malgré sa neutralité, se fera consumer par le feu de la violence, se verra tuer un homme sous les cris, ces cris qui sont le reflet de la pression de la société sur nous.

Le départ forcé, les jumeaux qui n’ont pu dire au revoir aux amis de la bande, la tristesse de Gaby dans ce passage est écœurante, ainsi que ses petites mains qui s’agitent devant l’avion face à son père resté dans ce Burundi plus tellement lui, on imagine la peine qu’un parent peut ressentir en envoyant les siens partir, en se séparant d’eux, en renonçant d’une certaine manière à eux dans le simple souci de les voir en vie, même s’ils ne sont pas heureux mais au moins en vie, encore l’absurdité de la guerre. Chez Gaby: «C’était ici. Certes, j’étais le fils d’une Rwandaise, mais ma réalité était le Burundi, l’impasse, Kinanira, l’école française. », L’impasse, encore l’impasse.

Impasse-Poule-2009-01-04

Vous savez « petit pays » est comme une drogue pour moi, je vais conclure, sinon, j’aurai toujours des choses à vous dire, je conclurai par une relation plus qu’inattendue, celle entre Gaby et Madame Economopoulos, elle que je n’ai apprécié au début du roman, à cause de son insouciance face au drame qui s’abattait dans la capitale, privilégiant seulement ses chevaux.

Cette relation nous montre comment des passions réunissent, comment au-delà des carapaces des gens, ils peuvent être des êtres supportables et vivables. Les mots sont la seule chose qui, d’après moi nous font, je ne vis que pour les mots, Mme Eco a su redonner à Gaby un brin d’espoir à travers les livres, ces vies qu’il n’aura peut être jamais, mais qu’il pouvait vivre loin de cette oraison qui s’abattait sur sa vie, son Burundi, sa bande, son impasse, qui était désormais submergé et tâché par la violence tribaliste de Gino et Francis, il cherchait à présent « d’autres réels supportables ». Ce roman est un récit digne de ce nom, mais plus encore, une vie.

Grâce à la lecture, le petit Gaby, comme l’avait demandé Madame Economopoulos avait veillé sur ses jardins secrets, s’est enrichi de ses lectures et n’as jamais oublié ce « petit pays » qui était sien.

Dave

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