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Art & Entreprises # 4 & … Une sensation cotonneuse !

Publié le 30 mai 2017 par Mainsdoeuvres
Art & Entreprises # 4 & … Une sensation cotonneuse !

« Je bois, systématiquement, pour oublier, tous mes emmerdements. Je bois la pire des vinasses, c’est dégueulasse, mais ça fait passer l’temps. Je bois dès que j’ai des loisirs, pour être saoul, pour ne plus voir ma gueule », chantait Boris Vian. Moi aussi, je bois, pour rendre hommage à Boris Vian. So chic. « T’es bourrée ? - Ben oui, c’est d’la littérature que j’fais là, pour Boris. – Boris ? Boris. [Silence] Sans mots couchés sur le papier. Comme Socrate. Je fais accoucher ton âme mon ami, sur le zinc du comptoir. Comme Diogène, je fais de la philosophie en actes. » Trois alibis en un. Trois cautions littéraires au service de l’ivresse, parce que je l’ai décidé.

Une autorité autoproclamée après minuit fait toujours foi. L’alcool est une alcôve feutrée pour les âmes esseulées, un paysage vallonné, pour les modérés, le pic du Midi des grands soirs, pour les aventuriers, et une oasis en plein désert, pour les sempiternels assoiffés. Les artistes ont consommé l’alcool, à l’instar de Rimbaud, ivre comme un bateau. Ils l’ont représenté, magnifié, décrié. L’alcool, quel qu’il soit, vous fait voir le monde au travers d’une grande paire de lunettes embuées. En avant pour le flou artistique, droit devant la réalité augmentée. J’ai gravi le pic, et j’ai parlé avec Boris, oui avec Boris, et j’ai bu l’eau de toute l’oasis, et puis j’ai ri, et puis j’ai pleuré, et puis j’ai fait accoucher mon pote de lui-même, et, et, et je me suis lovée dans l’alcôve. Sensation cotonneuse. Puis rien.

Happy Hour, ou l’heure heureuse. Heur-heur-euse. Comme un bégaiement qui annoncerait l’ivresse. L’Happy Hour s’étend sur nos terrasses ensoleillées de 18 à 20h et nous promet le bonheur. Alcool et bas prix seraient donc le prix de la félicité, le Graal, la montagne sacrée, l’Eldorado du quotidien pour les travailleurs chevronnés, pour les collègues qui s’aiment bien comme des amis, sans se le dire vraiment. Ou comment diluer sa pudeur dans l’alcool. Le concept même d’Happy Hour apparaît dans les années 1920. Aux Etats-Unis, pendant la Prohibition, les gens buvaient clandestinement après leur journée de travail, juste avant l’heure du dîner. Il était en ces temps pas si lointains impensable de tapisser publiquement ses douces lèvres d’un élixir vigneron. Inimaginable d’arroser à la vue de tous sa glotte des prouesses abbatiales du royaume de Belgique. Douteux de vanter la beauté de la grande région de Champagne et mal venu de ne pas humer la Sainte Vierge. Mais la bière, le vin rouge, le vin blanc, la Chartreuse, le Calva sont nos racines, le sang de nos terres et la chair de nos arbres fruitiers. Le Punch à la violette, le Vodka Martini, le Whisky Coca, la Pina Colada sont aussi le reflet de la société contemporaine dans ce qu’elle a de plus beau : des mélanges, des rencontres improbables entre différentes régions du monde, entre cultures dites populaire et savante, entre envies et personnalités de tous horizons. Et puis on est happy, parce qu’on est ensemble, et qu’on trinque à notre santé. Pardon Monsieur Evin, ceci n’est pas une apologie. En vain Evin ne vint au vin… Mais quel drôle de nom pour une telle loi ! L’ivresse est un état d’esprit. Ivre d’envies, d’amour, de joie et d’enthousiasme. Ivre d’art et de partage, de voyages et de surprises. Qu’importe le flacon, disait l’autre. Pourvu qu’on ait l’ivresse.

Marie Frampier, pour Mains d’Œuvres


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