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De la nuit intérieure à la grâce avec Christophe Massin (1)

Publié le 27 juin 2017 par Acouphene
En 1974, Christophe Massin part pour l'Inde, où il rencontre Kangyur Rinpoché et Ma Anandamayi.
C'est son premier contact avec la spiritualité. À son retour, saisi par la lecture des livres d’Arnaud Desjardins, il entame une démarche spirituelle auprès de lui. À l'issue de ses études de médecine, il se spécialise en psychiatrie et rédige un mémoire sur les aspects psychologiques du Vedânta hindou et de l'enseignement de Swâmi Prajnânpad. 

« Tout mon travail est nourri par cet enseignement », confie-t-il.
De la nuit intérieure à la grâce avec Christophe Massin (1) La nuit est parfois associée aux tourments de l'âme, à des états intérieurs faits de souffrance. De nombreux mystiques, comme saint Jean de la Croix, mais aussi d'autres traditions, ont connu des nuits de doute, de crise... Certains ont même parlé d'une nuit de l’angoisse. Avec quel regard le psychiatre que vous êtes considère-t-il ces nuits psychiques ?
Lorsque l’on est habité par une forte aspiration à trouver la lumière, la conscience, l’amour. Dieu - quel que soit le nom que l’on donne à cette réalité -, on vit à la fois des instants de grâce et des heures d'extrême aridité, de coupure, où le cœur est fermé. Au cours de ces « nuits intérieures », on se sent coupé du divin, on doute de soi et des autres, on a des pensées négatives, on ne perçoit plus aucun horizon. Tout est récupéré par la pensée. On peut exprimer cela en termes religieux, à travers la notion du « diable » - celui qui instille le doute -, mais cette nuit du cœur, que l’on retrouve poussée à son extrême chez les grands mystiques, est aussi un phénomène psychologique que nous connaissons tous, à notre mesure. Chaque personne qui chemine plus modestement dans sa vie traverse des périodes difficiles, en ayant la sensation d’être fermée, l’impression de piétiner, de tourner en rond. Ce n'est pas la nuit de saint Jean de la Croix, mais nous avons tous nos périodes obscures, avec des flots de pensées négatives.
Le cheminement intérieur que vous proposez unit psychothérapie et spiritualité. En quoi cela consiste-t-il ?
Depuis plus de trente ans, je reçois des personnes engagées dans une démarche de transformation personnelle. Certaines viennent à la spiritualité au cours de leur thérapie, alors que d'autres décident d’entamer un travail sur les émotions car elles se sentent freinées dans leur cheminement spirituel par des blocages psychologiques. Le maître indien Swami Prajnanpad, qui avait constaté ce phénomène chez ses disciples, insistait sur le fait que pour aller plus loin il était essentiel d’entrer en contact avec notre vérité émotionnelle. Si toute pratique spirituelle mène à l'ouverture du cœur, il arrive le plus souvent que des émotions réprimées nous ferment le cœur. Pour vivre une transformation authentique, il est nécessaire de plonger en soi-même, d’entrer en contact avec nos émotions et nos peurs, de les accepter pour s’en libérer. Il ne suffit pas d'analyser nos émotions uniquement à la lumière de notre histoire, mais de voir comment notre sensibilité a été touchée, affectée et s’est refermée à la suite d’une blessure, d’une déception, d’une violence, d’un abus... Il est essentiel de vraiment comprendre cela dans tout son être et pas seulement dans sa tête.
Ce chemin de réconciliation avec soi-même passe par des séances de lying, que vous conduisez avec vos patients. Cette pratique de « libération des schémas psychologiques » n’est pas toujours agréable et demande un peu de courage...
Oui, car pendant les séances de lying, nous sommes confrontés à des émotions, des vécus, que nous avons refusé de ressentir, sur lesquels nous avons posé un couvercle. Accepter de découvrir la personne que nous sommes vraiment, au niveau de notre vie émotionnelle, demande effectivement du courage. Nous n'avons pas toujours envie d’aller explorer les lieux en soi où ça fait mal. Il ne s’agit pas de le faire par masochisme, mais - si on se réfère aux symbolismes anciens - pour « franchir les portes de l’enfer », « affronter son dragon intérieur »... Si nous nous ouvrons totalement à une douleur émotionnelle, en acceptant de la traverser, nous découvrons qu'il existe un plan de conscience en nous qui n'est jamais affecté. En laissant complètement les émotions être, nous réalisons que la conscience n’est jamais triste, désespérée, ou en rage... La conscience est toujours lumineuse et paisible. L'approche du lying permet de faire cette expérience fondamentale : au fond de nous, comme au fond de l'océan, tout est calme. Dès lors, on n'a plus peur des turbulences émotionnelles, et on se rend compte qu’il n’y pas à les raisonner ni à essayer de lutter contre elles, mais juste à les traverser comme on traverserait, en avion, d'énormes nuages.
Propos recueillis par Nathalie Calmé
Source : revue Sources

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