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Antoine Compagnon, Un été avec Baudelaire, 2015, Paris, E...

Publié le 28 juin 2017 par Fmariet
Antoine Compagnon, Un été avec Baudelaire, 2015, Paris, E...
Antoine Compagnon, Un été avec Baudelaire, 2015, Paris, Equateurs France Inter parallèles, 72 p. 13 €
Antoine Compagnon,  Professeur de littérature au Collège de France, avait déjà proposé "un été avec Montaigne". Ce fut un succès. Il a récidivé avec Charles Baudelaire en 2015.
Travail de vulgarisation. Sans doute : tout le monde ne veut pas lire un gros volume sur Charles Baudelaire. En revanche, tout le monde peut reprendre un peu de Baudelaire, oublié peut-être depuis la préparation du baccalauréat de français à la fin de la classe de Première. Et ce n'est pas si saugrenu. Antoine Compagnon parvient à nous donner envie de re/lire Baudelaire : pour cela, il puise dans Les Fleurs du Mal, bien sûr, mais à bien d'autres sources aussi, la correspondance, les articles publiés dans la presse, les critiques, les poèmes en prose, etc.
L'ouvrage se compose de 34 chapitres courts, quelques pages chacun, la ration quotidienne. Quel est l'objectif de ce petit livre qui suit l'émission de radio de l'été 2014, que l'on peut encore écouter (ici) ? Inviter à fréquenter Baudelaire, à parcourir ses textes, "à sauts et à gambades", selon l'expression de Montaigne, pour le plaisir et pour réfléchir et le lire.
Que nous donne à penser cette ré-introduction à Baudelaire. Tout d'abord, on y perçoit que Baudelaire vit -mal - le début de la disruption de la société traditionnelle française, rurale, agricole, monarchiste. Le voici entrant dans une société industrielle, urbaine, qu'installe l'urbanisme des grands travaux haussmanniens à Paris, avec ses "rues assourdissantes" qui hurlent, la foule qui s'y presse (cf. Edgar Allan Poe). "Baudelaire n'aimait pas son époque", résume Antoine Compagnon. En effet, Baudelaire refuse "la croyance naïve dans le progrès", ce "fanal obscur", "cette idée grotesque, qui a fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne" : nouvelles techniques, éclairage au gaz, électricité, machines à vapeur, photographie, suffrage universel (la vérité dans le nombre), colonialisme, militarisme n'annoncent rien de bon et ne constituent certainement pas toujours un progrès. Le peuple n'a-t-il pas élu Napoléon III ! Charles Baudelaire se plaint de la presse certes mais pas de toute presse : "Les journaux à grand format me rendent la vie insupportable" mais, contre la presse de masse qui se développe, il loue "l'utilité du petit journal" qui harcèle.
Mais, Charles Baudelaire est aussi un classique, qui écrit comme Racine selon le mot de Marcel Proust en 1921, un dandy qui dénonce "le spécialiste", lui préférant l'humaniste, "l'homme de Loisir et d'Education générale". Baudelaire inclassable, paradoxal, étonne toujours. Il revendiquait "le droit de se contredire" : il en a usé ! Critique de la presse, il est journaliste à ses heures ; critique de Paris, il s'en éloigne rarement, et il en va ainsi de la photographie, de Victor Hugo... Homme de son temps, homme de notre temps ; de la révolution industrielle à la révolution numérique, il reste une fertile fréquentation.
Antoine Compagnon a gagné son pari. Nous relirons Baudelaire en nous demandant, comme il le fit, quel est aujourd'hui le "fanal obscur" qui aveugle et "jette des ténèbres" sur nos vies, sur notre monde. La numérisation, les écrans, le portable, les réseaux sociaux ? Quelle croyance nous fait avaler le numérique tout rond, ses pompes et ses ouvrages, sans mâcher, sans ruminer ? L'intelligence artificielle est-elle un progrès, à quelles conditions ?
"Un été avec ..." devient un genre littéraire, articulant l'oral de l'émission de radio et l'écrit d'un petit livre de synthèse, comme une brève anthologie. Un été avec Machiavel (Patrick Boucheron), avec Victor Hugo, avec Proust...
Allons ! Posons notre portable, et prenons notre été en main, avec Charles Baudelaire et Antoine Compagnon.


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