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À Belval, un territoire en partage

Par Balndorn
À Belval, un territoire en partageThierry Boutonnier, Le Chemin du maïs
Belval-Bois-des-Dames, dans les Ardennes : ses trente-quatre habitants, ses cinq agriculteurs dont deux bientôt à la retraite, ses services publics abandonnés faute de moyens, et son domaine de chasse. Propriété de François Sommer, fondateur du musée de la Chasse et de la Nature à Paris, le domaine de Belval a d’abord constitué un parc animalier au potentiel touristique régional important, avant d’accueillir à présent des artistes en résidence.Six d’entre eux exposent à l’exposition Animer le paysage. Sur la piste des vivants. Tous se rangent derrière un verbe d’action qui qualifie leur geste : « Traquer » (Sylvain Gouraud), « Capter » (Sonia Levy et Alexandra Arènes), « Pister » (Baptiste Morizot et Estelle Zhong Mengual) et « Sillonner » (Thierry Boutonnier). Autant de modalités d’entrée dans un territoire, qu’on partage avec une pluralité d’êtres, et non de contemplation devant un paysage, qui n’engage pas le sujet.
Résistance rurale
Malgré la désertification du monde rural dont souffre Belval, « ce n’est pas encore le désert », clame un panneau du Chemin du maïs. Co-tracé par Thierry Boutonnier et des habitants du village, le chemin qui serpente au hasard des champs engendre de nombreuses réclamations, que l’artiste a gravées sur des panneaux, et autant de photographies de Sylvain Gouraud reproduites sur des assiettes. Un esprit de résistance que revendique Bruno Julliet, maire de la commune et l’un des derniers agriculteurs, qui garde le sourire et la tête haute malgré un phénomène de concentration agricole destructeur. En cause, l’ouverture du bocage, où se pratiquait traditionnellement l’élevage de vaches laitières, productrices de fromages à pâte molle tels Babybel et autres Apéricubes, consécutive à la diminution du nombre d’exploitations et à l’augmentation de leur surface, dans l’optique de produire toujours plus. En dépit de ces menaces, l’homme persiste, et voit dans le développement du tourisme vert et la mise en valeur des espaces forestiers une solution de rechange pour sa commune. Car le domaine de Belval est riche : d’animaux, de biodiversité, de visiteurs. L’école de chasse qui s’y trouve, l’une des seules de France, enseigne aux chasseurs de tous âges à « bien chasser », comme le dit Nicolas Pierrard, régisseur du domaine, chasseur et formateur, à entretenir un « rapport sain à l’animal, apaisé à la mort ». Une posture que recherchent Sylvain Gouraud, Sonia Levy et Alexandra Arènes. Tandis que le photographe travaille dans une série de petits portraits, pris au cours de chasses, l’ambiguïté d’être un chasseur aujourd’hui, qui traîne une mauvaise réputation alors qu’il connaît les animaux jusque dans leur intimité, les deux femmes mettent en images le partage sensoriel du territoire de Belval : dans une carte obtenue par diverses méthodes de captation s’entrecroisent martres, écologue, sangliers, promeneurs, chiens de chasse…
Le regardeur regardé
Le choix d’une carte n’est pas anodin : souvent associée au pouvoir, elle permet de tracer des frontières, d’organiser des territoires strictement délimités. Or, cette carte-ci renverse le rôle de l’objet : il ne s’agit plus tant de diviser que de mélanger. Et donc se pose la question éminemment politique du partage d’un territoire avec des êtres différents de nous, et pourtant nécessaires à l’équilibre global d’un écosystème.Ce renversement du point de vue, inspiré par les travaux philosophiques de Bruno Latour, traverse cette courte mais intense exposition, et culmine dans la discrète installation de Baptiste Morizot – pisteur et philosophe, auteur notamment de Les Diplomates : cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant – et Estelle Zhong Mengual. Le visiteur avance dans un étroit et sombre couloir, tapissé d’une neige artificielle où l’on repère les traces des autres passants, mais aussi d’un ours, d’un loup, d’un cervidé ; attentif aux marques d’autres présences, il ne remarque pas le piège photographique, dont le flash le surprend. Pisteur pisté, observateur observé : il se retrouve alors, non dans la peau, mais dans la posture d’un animal. Et contemple, sur la toile blanche installée au bout du couloir, l’apparition d’une figure animale, qui pourrait bien être son totem. 
Animer le paysage. Sur la piste des vivants, au musée de la Chasse et de la Nature jusqu’au 17 septembre
Maxime

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