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Tour : Fabio Aru se met à la Planche et défie Chris Froome

Publié le 05 juillet 2017 par Jean-Emmanuel Ducoin
Dans la cinquième étape, entre Vittel et le sommet de la Planche des Belles Filles (160,5 km), victoire de l’Italien Fabio Aru (Astana). Troisième de l’étape, Chris Froome s’empare du maillot jaune. L’exclusion de Peter Sagan était encore dans toutes les têtes…

Tour : Fabio Aru se met à la Planche et défie Chris Froome

Fabio Aru.

Planche des Belles Filles (Haute-Saône), envoyé spécial. Le bain des émois du Tour nous plonge périodiquement dans les remous de la raison. Les polémiques vécues en mondovision en témoignent. Hier encore, entre Vittel et la Planche des Belles Filles (160,5 km), alors même que la première arrivée au sommet se dressait fièrement – nous allons y venir –, l’exclusion la veille au soir de Peter Sagan occupait toutes les têtes et continuait de les enflammer. Le comportement ambigu du Slovaque lors du sprint de Vittel, attesté par son coup de coude à Mark Cavendish, classe-t-il désormais le crack du peloton parmi les « bad boy » auxquels plus rien ne doit être toléré? En somme, la décision de l’éjecter était-elle légitime?  Officiellement, Sagan aurait mis «en danger sérieusement» Cavendish – qui a dû abandonner en raison d’une fracture de l’omoplate droite – et d’autres coureurs. Mais l’action fut-elle intentionnelle, ce qui légitimerait cette sanction suprême? Autant dire que nous ne le saurons jamais, puisque l’intéressé le dément avec vigueur. Hier matin, tout à côté du village départ, le double champion du monde a d’ailleurs usé de son droit à la parole, devant une forêt de micros. Les cheveux hirsutes et une barbe de quinze jours, la star des réseaux sociaux paraissait méconnaissable en tenue «civile», comme hors de son élément quotidien, comme s’il réduisait son existence au statut de résidu, de pestiféré, lui qui ne jouissait jusque-là que d’acclamations, de bitures festives et de piédestaux. «Je n’ai rien fait de mal dans le sprint», a-t-il martelé avec une espèce d’expression de contrition affectée. L’anachorète cherchait sa ligne de défense: «Qu'est-ce que je peux faire? Je peux simplement accepter la décision du jury, mais je ne suis pas d'accord! Ce qui est mauvais, c'est la chute de Mark (Cavendish). Il est important qu'il puisse se rétablir. Je suis désolé pour ça. Vous l'avez tous vu, c'était un sprint fou. Ce n'est pas le premier et ce ne sera pas le dernier.» Cherchant autour de lui ce qui pouvait bien lui manquer, nous vîmes alors sa langue se mouvoir et sa mâchoire béer sans produire le moindre son. Tout était dit, à la vitesse d’une arrivée massive. Fait unique pour lui, Sagan, 27 ans, quittait la Grande Boucle avant son terme. Pour mémoire: lors de ses cinq premières participations, il avait ramené à chaque fois le maillot vert à Paris. Ceci explique sans doute la réaction de Marc Madiot, le patron de la FdJ: «Si ce n’était pas lui, on ne se poserait même pas la question!» Les organisateurs, qui, dit-on, ne partageaient pas l’avis des commissaires, apprécieront…
 Et puis la course, qui ne s’évalue qu’à travers l’attirail quantificateur des classements, reprit son usage courant. Il était 16h30 quand nous oubliâmes un peu le sort d’un Slovaque éploré pour éviter de confondre l’action avec sa trace. Le Tour entrait dans une phase autrement spectaculaire avec l’arrivée sur les hauteurs de La Planche des Belles Filles (5,9 km à 8,5%).Place aux ascensionnistes. L’enfant du pays, Thibault Pinot (FdJ), qui vit à quelques kilomètres, à Mélisey, avait prévenu: «Depuis que je suis tout petit, je l'ai montée peut-être une cinquantaine de fois, c'est une montée où tu n’as pas le temps de te poser, c'est vachement irrégulier, c'est ça qui fait mal.» Tandis que les six échappés du jour, parmi lesquels Thomas Voeckler (DEN), rendaient les armes dès les contreforts, l’avant-garde du peloton entama à très vive allure une véritable course de côte. Les anfractuosités du peloton devinrent béantes. Déjà victimes, Warren Barguil… et Pinot, récent quatrième du Giro, une contre-performance qui confirmait ses propos: «Je sais très bien que je n'ai pas la condition pour faire un Top 5. Donc je préfère perdre du temps pour me faire plaisir et faire de belles choses sur le reste du Tour.» Entre les favoris, il nous fallut attendre les deux derniers kilomètres pour entrevoir quelque chose. Très précisément quand l’Italien Fabio Aru (Astana) décida de s’extirper du groupe pour venir quérir une victoire de prestige et, pourquoi pas, défier officiellement le tenant du titre. Derrière, Chris Froome (Sky) plaça deux accélérations et rappela à tous que son corps, annoncé défaillant cette année, avait toujours cette sourde faculté à produire de l’effort. Geraint Thomas, légèrement décramponné, cédait volontiers le maillot jaune à son leader, finalement troisième de l’étape derrière Dan Martin. Signalons que Richie Porte (BMC), quatrième, se montra à la hauteur, tout comme Romain Bardet (ALM), cinquième. Ce qui ne fut pas le cas de Nairo Quintana (Movistar), qui concède 14 secondes à Froome, déjà installé aux commandes. Bref, pas de quoi nous extasier ni de tutoyer la légende. Ici pourtant, on raconte que la Planche des Belles Filles doit son nom à la fuite collective et désespérée de la population féminine de la vallée qui voulait échapper à un massacre pendant la Guerre de Trente Ans, entre 1618 et 1648. Les femmes et les filles des paysans des vallées locales auraient dévalé les pentes du Ballon d'Auxelles pour se jeter dans un étang aux eaux noires. Un autre bain des émois, disons plus mythologique que celui de Peter Sagan…[ARTICLE publié dans l’Humanité du 6 juillet 2017.]

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